vendredi 9 octobre 2009

La société japonaise confrontée à la question de la peine de mort

Les opposants à la peine de mort au Japon abordent avec espoir la Journée mondiale contre la peine capitale, le 10 octobre. La raison : l'arrivée au pouvoir du Parti démocrate du Japon (PDJ) au terme des élections législatives du 30 août. Le nouveau gouvernement réunit plusieurs personnalités connues pour leur engagement contre la peine capitale, à commencer par Keiko Chiba, la nouvelle ministre de la justice.
Dès son entrée en fonction le 16 septembre, Mme Chiba a émis le souhait de l'ouverture d'un débat public sur la peine de mort. Elle pourrait ainsi décider d'un moratoire sur les exécutions alors que l'Archipel en a effectué sept depuis le début de l'année 2009.
La peine capitale a déjà été discutée au Japon. A la fin du XIXe siècle, des gardiens de prison y voyaient une contradiction avec leur mission de réinsertion des prisonniers. Dans un pays épris de modernité, certains la considéraient même comme un vestige du passé. Des moratoires ont été imposés, entre 1989 et 1993 notamment.
Mais sa suppression n'a jamais été décidée. En 2007, Tokyo avait réagi à l'adoption d'une résolution onusienne appelant à un moratoire en arguant qu'"il n'existe pas de consensus international en faveur de l'abolition". Et la peine capitale reste soutenue par plus de 80 % des Japonais. "Beaucoup pensent encore qu'elle permet de réduire le nombre de crimes", regrette l'auteur de documentaires Tatsuya Mori dans un livre-débat, Le Japon, un pays où il y a la peine de mort.
"Envisager l'abolition reste malheureusement prématuré, confirme Makoto Teranaka, secrétaire général de la branche japonaise d'Amnesty International. Notamment parce que les Japonais connaissent mal le déroulement d'une exécution capitale."
De fait, l'une des principales critiques contre le système japonais est son opacité. Les condamnés restent confinés dans un des sept centres de détention spéciaux du pays. Enfermés dans des cellules individuelles de 6 mètres carrés sous l'oeil d'une caméra activée en permanence et obligés de rester assis, ils attendent leur exécution - par pendaison, en vertu d'un décret de 1878. La lumière reste allumée la nuit pour empêcher les suicides. Seuls les membres de la famille ou les avocats peuvent leur rendre visite.
"Vengeance"
La date de l'exécution, décidée par le ministre de la justice, est inconnue. "Ils ne l'apprennent que quelques heures avant, déplore M. Teranaka. Chaque jour peut-être le dernier. C'est très cruel." C'est seulement la sentence appliquée que l'information est transmise aux familles. Le public n'est pas informé du nom des personnes pendues.
Tout cela, à l'instar des mauvais traitements signalés et les problèmes psychologiques causés par les conditions de détention, reste peu connu des Japonais, par ailleurs abreuvés d'informations sensationnelles sur les faits divers, de plus en plus présents dans les médias. "Dans un unique souci de soigner leur audience, les médias font appel à l'émotion, constate Tatsuya Mori. Ils exacerbent l'opposition victimes-criminels, facile à comprendre."
Les interventions des proches de victimes qui pardonneraient ou s'opposeraient à l'exécution capitale sont peu reprises, car elles seraient "difficiles à comprendre" et "loin du cliché de la famille de victimes". "La tendance actuelle entretient l'idée d'un pays non sûr", ajoute M. Teranaka.
"Les gens perçoivent la peine de mort comme une vengeance susceptible de les consoler de la perte d'un être cher, déplore Takeko Mukai, pasteure qui a adopté un condamné à mort. Mais ils se trompent."
Désireuse de lancer le débat, la nouvelle ministre de la justice souhaite divulguer un maximum d'informations sur la peine capitale. La tâche s'annonce délicate en raison des réticences de son administration. En 2005 et 2006, l'avocat bouddhiste Seiken Sugiura, chargé de la Justice dans le gouvernement de Junichiro Koizumi, avait subi de fortes pressions en interne pour revenir sur sa promesse de ne signer aucun ordre d'exécution.
Philippe Mesmer

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