Odell Barnes Jr.

L'association Lutte Pour la Justice (LPJ) a été créée en 1999 pour soutenir Odell Barnes Jr., jeune afro-américain condamné à mort en 1991 à Huntsville (Texas) pour un crime qu'il n'avait pas commis et exécuté le 1er mars 2000 à l'aube de ses 32 ans. En sa mémoire et à sa demande, l'association se consacre à la lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et en particulier au Texas. (voir article "Livre "La machine à tuer" de Colette Berthès en libre accès" )

lundi 20 juillet 2020

Opinion | Pourquoi je me bats contre la peine de mort - rédacteur de DPN

Un ami tentait de me convaincre hier soir, au cours d'une discussion que j'ai pourtant pris l'habitude d'éviter depuis des années, qu'il existait des "cas", des crimes d'une telle monstruosité qu'ils justifiaient la peine de mort, notamment les crimes contre les enfants. 

Cette discussion était inutile -- mais je le savais en m'y engageant. Elle n'a débouché sur rien, sinon de l'animosité et des haussements de ton. Elle a renforcé mon ami dans ses convictions, mon apparente "cécité face à la réalité" légitimant un peu plus sa position et la justesse de son point de vue. J'ai décidé de ne pas pousser le débat plus avant. 

Le texte d'Albert Camus reproduit ci-dessous explique admirablement pourquoi je me bats depuis des années contre la peine de mort, quel que soit le crime commis par le condamné. Le deuxième paragraphe est celui qui définit mon combat :


"Peu avant la guerre de 1914, un assassin dont le crime était particulièrement révoltant (il avait massacré une famille de fermiers avec leurs enfants) fut condamné à mort en Alger. Il s'agissait d'un ouvrier agricole qui avait tué dans une sorte de délire du sang, mais avait aggravé son cas en volant ses victimes. L'affaire eut un grand retentissement. On estima généralement que la décapitation était une peine trop douce pour un pareil monstre. Telle fut, m'a-t-on dit, l'opinion de mon père que le meurtre des enfants, en particulier, avait indigné. L'une des rares choses que je sache de lui, en tout cas, est qu'il voulut assister à l'exécution, pour la première fois de sa vie. Il se leva dans la nuit pour se rendre sur les lieux du supplice, à l'autre bout de la ville, au milieu d'un grand concours de peuple. Ce qu'il vit, ce matin-là, il n'en dit rien à personne. Ma mère raconte seulement qu'il rentra en coup de vent, le visage bouleversé, refusa de parler, s'étendit un moment sur le lit et se mit tout d'un coup à vomir. Il venait de découvrir la réalité qui se cachait sous les grandes formules dont on la masquait. Au lieu de penser aux enfants massacrés, il ne pouvait plus penser qu'à ce corps pantelant qu'on venait de jeter sur une planche pour lui couper le cou.

"Il faut croire que cet acte rituel est bien horrible pour arriver à vaincre l'indignation d'un homme simple et droit et pour qu'un châtiment qu'il estimait cent fois mérité n'ait eu finalement d'autre effet que de lui retourner le cœur. Quand la suprême justice donne seulement à vomir à l'honnête homme qu'elle est censée protéger, il paraît difficile de soutenir qu'elle est destinée, comme ce devrait être sa fonction, à apporter plus de paix et d'ordre dans la cité. Il éclate au contraire qu'elle n'est pas moins révoltante que le crime, et que ce nouveau meurtre, loin de réparer l'offense faite au corps social, ajoute une nouvelle souillure à la première."

- Albert Camus, Réflexions sur la guillotine (1957)

- Photo : 17 juin 1939, dernière exécution publique en France. Décapitation d'Eugène Weidmann à Versailles.

Source: DNP Editor, Opinion du rédacteur, July 19, 2020
https://deathpenaltynews.blogspot.com/2020/07/opinion-pourquoi-je-me-bats-contre-la.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+DeathPenaltyNews+%28Death+Penalty+News%29

mercredi 20 mai 2020

Lettre de Charles Flores





"Un jour, ce monde sens dessus dessous tournera de nouveau rond. Rien, dans toute l’éternité, ne le fera retourner dans le mauvais sens. Si nous faisons preuve de sagesse, nous nous servirons de notre brève existence sur terre pour embrasser ce renouveau.” Randy Alcorn.
Alors que je suis installé à ma table pour écrire, un quart de la population mondiale se trouve sous le coup d’un ordre de confinement de l’Etat, dans l’espoir de stopper la propagation du virus Covid-19. Cet ordre a aussi été émis dans le comté de Polk au Texas, là où se trouve la ville de Livingston.  A compter du 28 mars 2020, tous les résidents doivent respecter l’ordre de confinement.
En d’autres termes, la plupart des Européens et une grande partie des habitants des Etats-Unis restent chez eux, et vivent dans des conditions de confinement, tandis que la vie à l’Unité Polunsky reste la même. Nous continuons d’avoir nos “promenades”, nos douches, des repas chauds, en bref, c’est la routine habituelle de tous les jours qui s’applique ici. A cause de cette réalité, j’ai l’impression d’être dans un rêve. Dans le couloir de la mort, rien ne bouge, tandis que dehors, dans le monde libre, les gens vivent confinés alors que le coronavirus se répand comme une trainée de poudre. Ce moment de nos vies me fait penser au fait que tout est chamboulé et que rien ne sera plus jamais comme avant.
Je sais qu’au moment même où j’écris ce texte, chacun dans le monde subit les conséquences de la pandémie de covid-19 et que, personnellement, il m’est difficile de ne pas m’inquiéter et de faire barrage à l’angoisse et à la peur, pour ne pas me laisser submerger. Je suis l’évolution du Coronavirus depuis la mi-février et il semble que mes pires craintes se soient confirmées. Des amis à travers toute l’Europe sont touchés par le coronavirus. Même le courrier est impacté, car en France la livraison du courrier est réduite à quelques jours par semaine et qu’elle est même suspendue au Royaume-Uni. Ces perturbations augmentent mon stress et mon anxiété car je ne sais pas si mes lettres arriveront chez mes proches, dans différents pays, ni quand. Ce qui est surréaliste pour moi, c’est de continuer à écouter les bulletins d’informations du monde entier à la radio et de ne pas voir les images à la télévision ou sur Internet. C’est déroutant d’entendre parler de centaines de personnes qui meurent en Italie, en Espagne, en France et au Royaume
chaque jour, et de ne pas savoir si quelqu’un qui est lié à moi est affecté. Cela entraîne chez moi angoisse et inquiétude, là où je suis, et personne ne peut rien y faire. C’est actuellement la situation à laquelle je me trouve confronté et tout ce que je peux faire, c’est tenter de rester calme et serein, et de ne pas laisser les incertitudes du monde me submerger.
“Le bonheur et la liberté commencent par une compréhension claire du principe suivant – il est certaines choses que l’on peut maitriser et d’autres non.”  Epictète.
Il est une chose que je sais de par mon expérience personnelle, c’est comment faire face à l’adversité. Quand nous sommes confrontés à une difficulté, la première chose à faire, c’est de morceler le problème en différentes parties plus simples à gérer. Pour le moment, nous nous attendons tous à un prolongement du confinement. Avec un peu de chance, nous en aurons pour un mois, mais cela pourrait durer plus longtemps. Nous n’y pouvons rien. Cette réalité de notre vie peut nous faire vaciller si nous nous mettons à penser aux moyens de tenir la durée de ce confinement 4, 6, 8, voire 12 semaines d’affilée. On aura alors perdu la guerre avant même d’avoir mené la première bataille, car nous serons submergés par le problème. Au lieu de cela, nous devons nous attacher à vivre un jour à la fois. Il s’agit de mettre un pied devant l’autre alors que nous traversons cet incendie qu’est le coronavirus. Si nous n’arrivons pas à nous concentrer sur le moyen de parvenir au bout de la journée, alors on doit essayer d’y arriver d’heure en heure. Parce que, si on sent la panique monter et que l’on n’est pas sûr d’y arriver pour la fin de la journée, il s’agit de détailler cette journée en tronçons plus courts. Vivre d’heure en heure, si ça va vraiment mal, résister jusqu’à la prochaine inspiration. Parce que je vous le promets, tant que la vie est là, il y a de l’espoir, les choses s’amélioreront, nous verrons le bout de ce moment de folie.
“Cultivez l’amour. Semez des graines d’amour dans tous les cœurs. Arrosez d’amour le sable du  désert, laissez chaque être profiter des pousses vertes, des jolies fleurs, d’une belle récolte de nectar, de joie, de paix et de parfait bonheur. C’est là mon souhait, ma mission, mon vœu” Baba Sai.
Dans des moments comme celui que nous vivons, c’est vraiment une bénédiction que de savoir conserver un semblant de paix intérieur, et de faire en sorte que cette paix soit la base qui  nous permette d’avancer. Personnellement, je me calme par de profondes inspirations, les yeux fermés, et je me concentre sur la gratitude et sur tout ce qui fait que je peux dire que j’ai de la chance.
Il est difficile de vaciller quand on peut changer de regard par la paix, la gratitude, et, surtout, l’amour. Si l’on peut tenter de centrer toute son attention sur l’amour, et s’efforcer de le répandre auprès de ceux qui nous entourent par des actes de gentillesse, alors, le monde autour de nous sera bien meilleur. Car, même en pleine catastrophe planétaire, si l’on peut axer notre attention sur la paix, l’amour, la bienveillance et la gratitude, c’est suffisant pour nous faire tenir le coup. Si cela m’a permis de tenir plusieurs décennies dans le couloir de la mort du Texas, cette méthode vous permettra de faire face à ce qui vous attend les quelques prochains mois.
Essayez de vivre l’instant présent, de vivre une inspiration, une heure, une journée après l’autre. Si vous y parvenez, avant que vous ne le sachiez, vous aurez eu trois ou quatre bonnes journées d’affilée. Puis une semaine, deux semaines, et avant que vous ne vous en soyez rendu compte, vous vous serez dégagé de cet état d’esprit marqué par le stress, l’angoisse et la peur et aurez retrouvé  de la force. Vous serez dans un état d’esprit où règnent la paix, la gratitude, l’amour et la bienveillance, ce sera le socle incroyable sur lequel vous vous appuierez pour vivre. Et peut-être qu’on pourra adopter la bonne posture pour nous préparer au nouveau monde qui adviendra, un monde qui tourne rond.
Je veux que, où que vous soyez, vous sachiez que je pense à vous, que je prie pour vous et que je vous envoie  une énergie positive, des ondes bienfaisantes, que je demande à notre Seigneur de vous donner l’amour, la force et le courage de traverser l’épreuve qui est la vôtre en ce moment même. Que vous soyez bénis et que vous sachiez que si vous pensez que personne ne vous aime, moi, je vous aime ! Soyez prudent, portez-vous bien et chérissez vos proches aujourd’hui plus que jamais."

mardi 19 mai 2020

Roger McGowen, ou l’arbitraire de la justice américaine



la fin des années 80, Roger, 22 ans, septième de dix enfants, soutient financièrement sa famille à la dérive, dont l’aîné a depuis longtemps sombré dans la délinquance. Il gère un petit restaurant dans le ghetto noir de Houston. Un soir, le grand frère lui emprunte sa voiture. Au matin, les policiers débarquent et accusent Roger de meurtre. Entre-temps, le frère et un vague cousin ont braqué un bar et tué la patronne d’un coup de pistolet. Le frère s’est évaporé dans la nuit, laissant la voiture devant le night-club. Le cousin, resté sur place, n’a pas été inquiété : comme on l’a su plus tard, la police l’utilisait souvent comme indic.
Aucun témoin ne reconnaît Roger, qui finit pourtant par signer des aveux pour laisser le temps à son frère de disparaître, persuadé que son alibi le disculpera : il était ce soir-là avec ses sœurs et sa petite amie. Malheureusement, l’avocat commis d’office est un pourri qui fricote avec les flics et passe des deals avec l’accusation ; il empêche les filles de témoigner. Pire : en accord avec la police, il cache au tribunal que le cousin a juré que Roger n’était pas le tireur. Et puis, ivre mort, il s’endort pendant le reste du procès. Plus tard, cet avocat, connu pour avoir laissé condamner à mort seize de ses dix-sept clients encourant cette peine, sera radié du barreau pour incompétence. 

Pour lire la suite:  




jeudi 7 mai 2020

Charles Flores: “Texas court denies death row inmate’s hypnosis appeal”



https://www.dallasnews.com/news/courts/2020/05/06/texas-court-denies-death-row-inmates-hypnosis-appeal/?fbclid=IwAR2v5PzXlAScqbzQjYAEtpncR7u35DEOq-nZvqiyo_9fyy1RJyD-aBZ_RJc 


“Texas court denies death row inmate’s hypnosis appeal”

By Dave Boucher; Lauren McGaughy DALLAS MORNING NEWS MAY 6, 2020
A Texas court has denied the death row appeal of inmate Charles Don Flores, who argued he was improperly convicted in part due to evidence gleaned through hypnosis. In an order issued Wednesday, the Texas Court of Criminal Appeals did not weigh the merits of investigative hypnosis, the controversial tactic used for decades by law enforcement in the Lone Star State. Instead, the court agreed with a lower court’s ruling that Flores could not challenge the use of hypnosis in his case under the state’s “junk science law," which allows people to contest their convictions if new scientific findings contradict evidence presented in their case. 

Opponents saw the case as a chance to ban the longtime practice of presenting at trial evidence gleaned through a hypnosis session. Top Texas courts have not broached the topic since 2004 and the state’s investigative hypnosis guidelines, first laid out in a 1989 ruling, have never been changed by a court. An attorney representing Flores could not be reached immediately for a response. A spokeswoman for Dallas District Attorney John Creuzot declined to comment. Flores was convicted of killing Elizabeth “Betty” Black during a home invasion in Farmers Branch in 1998. During the investigation, police interviewed a neighbor who saw two men exiting a car and entering Black’s home on the morning of her murder. Investigators put this neighbor through a hypnosis session in an attempt to learn more details about the men. More than a year later, the neighbor identified Flores in court as the passenger in that car. While Flores had ties to Steven Lynn Childs, the man ultimately convicted of Black’s murder, this neighbor was the only witness to put Flores at the scene of the crime. No physical evidence linked Flores to the murder. He maintains his innocence in Black’s murder. Flores was convicted under the “law of parties,” a Texas statute that lets accomplices be tried for the same crime as the perpetrator. He was sentenced to death. Childs, who pleaded guilty to killing Black, was sentenced to 35 years and was released on parole in 2016, two months before Flores was set to be executed. The high court blocked Flores’ execution in 2016 to allow the trial court to determine whether modern science illustrated the flaws in the use of hypnosis to elicit memories and whether the witness’ identification was vital to Flores’ conviction. “Take her out of the equation and there wouldn’t have been a conviction,” defense attorney Gretchen Sween contended during an appellate hearing in 2017, according to Dallas Morning News archives. It’s unclear whether Flores has any other way to block his execution, although it will likely be delayed as the state puts all lethal injections on hold during the coronavirus pandemic. While investigative hypnosis has come under increasing scrutiny nationally as states crack down on perceived junk sciences, no regulatory body in Texas oversees the practice. The Texas Forensic Science Commission, one of the most proactive agencies in the country tasked with examining faulty investigative tools, reviewed the use of bite mark and blood spatter analysis in recent years. But the commission says it cannot evaluate hypnosis because state law only allows it to examine forensic methods that analyze physical evidence. Some lawmakers, including the Texas senator who created the commission, have tried but failed to ban the prosecutors from using evidence gleaned from a hypnosis session. This allows Texas police to use investigative hypnosis free from state oversight. A recent News investigation showed how frequently Texas law enforcement uses hypnosis, despite a near consensus in the scientific community that it does not lead to accurate recall of memories and may implant false details in the mind of a witness or victim. The analysis shows prosecutors in Texas sent at least 54 people to prison in cases that involved a hypnosis session since the mid-1970s. Courts reversed the convictions of five of these men based at least in part on the use of hypnosis in their cases. Four remain on death row and 11 were executed. At least 21 states ban evidence in court that was gleaned solely through hypnosis. Yet The News’ investigation found Texas law enforcement has used the dubious method nearly 1,800 times over 40 years, sending dozens of people to prison — and some to their deaths. After one week of training, any Texas law enforcement officer who passes an exam can attempt to use hypnosis in a criminal investigation. Hundreds of peace officers have been certified to practice it in Texas since 1988.


vendredi 17 avril 2020

JUSQU'À CE QUE LA MORT NOUS SÉPARE - UNTIL DEATH DO US PART


UNTIL DEATH DO US PART

À propos du livre
An insightful look at the realities of capital punishment through the testimonies of individuals from all walks of life directly impacted by the death penalty in the State of Texas. For 10 years, Caroline Planque documented and recorded heart-wrenching stories that will make you question the fairness of judicial proceedings, and the usefulness of capital punishment. With a foreword by Sister Helen Prejean, and afterword by Rick Halperin.

https://www.blurb.fr/b/10052333-until-death-do-us-part





Un regard perspicace sur les réalités de la peine capitale à travers les témoignages d'individus de tous horizons, directement touchés par la peine de mort dans l'État du Texas. 

Pendant 10 ans, Caroline Planque a documenté des histoires individuelles poignantes qui vous feront remettre en cause l'équité des procédures judiciaires et l'utilité de la peine capitale. Accompagné d'une préface de sœur Helen Prejean et d'un épilogue de Rick Halperin. Disponible en anglais uniquement.
https://www.blurb.fr/b/10052333-until-death-do-us-part