Odell Barnes Jr.

L'association Lutte Pour la Justice (LPJ) a été créée en 1999 pour soutenir Odell Barnes Jr., jeune afro-américain condamné à mort en 1991 à Huntsville (Texas) pour un crime qu'il n'avait pas commis et exécuté le 1er mars 2000 à l'aube de ses 32 ans. En sa mémoire et à sa demande, l'association se consacre à la lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et en particulier au Texas. (voir article "Livre "La machine à tuer" de Colette Berthès en libre accès" )

jeudi 5 décembre 2019

Etats-Unis : trois détenus innocentés et libérés après 36 ans en prison



Alfred Chestnut ,Andrew Stewart et  Ransom Watkins étaient innocents du meurtre de DeWitt Duckett, un garçon de 14 ans abattu en 1983 dans son école.



Des larmes pour une incroyable erreur judiciaire. Trois Américains, condamnés à la détention à perpétuité dans leur adolescence, ont été innocentés et libérés lundi après avoir passé 36 ans en prison.
Un tribunal de Baltimore, au nord de Washington, a jugé qu'Alfred Chestnut, Andrew Stewart et Ransom Watkins étaient innocents du meurtre de DeWitt Duckett, un garçon de 14 ans abattu en 1983 dans les couloirs de son école lors du vol de son blouson.
Cette décision a bouleversé les trois détenus et leurs familles venues assister à cette audience. Sous les caméras de nombreux médias, Alfred Chesnut s'est jeté dans les bras de sa mère pour une longue étreinte qui en dit long sur l'émotion des trois ex-condamnés.
« Nous sommes humbles, nous ne sommes pas en colère », a réagi Ransom Watkins lors d'une conférence de presse à la sortie du tribunal. « Mais cela n'aurait jamais dû arriver et quelqu'un va devoir payer », a-t-il ajouté.

La procureure de cette ville portuaire s'est engagée à ce qu'ils soient dédommagés. « Ce jour n'est pas une victoire, c'est une tragédie qu'on leur ait volé 36 ans », a reconnu Marilyn Mosby, en s'excusant pour les erreurs commises par ses services.

Des témoignages sous pression de la police

Le meurtre de DeWitt Duckett avait suscité beaucoup d'émotion à une époque où les établissements scolaires étaient encore largement épargnés par la violence des armes à feu.

Une visite à Julian Assange


Une visite à Julian Assange
Par John Pilger, journaliste, scénariste et réalisateur australien. Pilger a obtenu de nombreux prix de journalisme et d'associations des droits de l'Homme (le Prix Sophie en 2003), dont, deux fois, le prix britannique du « Journaliste de l'année ».

 

Je suis parti à l’aube. La prison de Sa Majesté, Belmarsh, se trouve dans l’arrière-pays plat du sud-est de Londres, un ruban de murs et de fils de fer sans horizon. Au centre d’accueil, j’ai remis mon passeport, mon portefeuille, mes cartes de crédit, mes cartes médicales, mon argent, mon téléphone, mes clés, mon peigne, mon stylo, mon papier.
J’ai besoin de deux paires de lunettes. J’ai dû choisir quelle paire laisser à l’accueil. J’ai laissé mes lunettes de lecture. A partir de maintenant, je ne pouvais plus lire, tout comme Julian ne pouvait plus lire pendant les premières semaines de son incarcération. Ses lunettes lui avaient été envoyées, mais il lui a fallu des mois pour les recevoir, chose inexplicable.
Il y a de grands écrans de télévision dans le centre d’accueil. Il semble que la télé soit toujours allumée avec le son à fond. Des jeux, des publicités pour des voitures et des pizzas et des services funéraires, même des discussions TED, ils semblent parfaits dans le cadre d’une prison : comme du valium visuel.
J’ai rejoint une file d’attente de gens tristes et anxieux, surtout des femmes et des enfants, et des grands-mères pauvres. Dans le premier bureau, on m’a pris mes empreintes digitales, si c’est toujours comme ça que l’on appelle les tests biométriques.
"Appuyez les deux mains à plat !" m’a-t-on dit. Un dossier sur moi s’est affiché sur un écran.
Je pouvais maintenant traverser jusqu’à la porte principale, qui se trouve à l’intérieur des murs de la prison. La dernière fois que je me suis rendu à Belmarsh pour voir Julian, il pleuvait à cordes. Mon parapluie n’était pas autorisé au-delà du centre d’accueil. J’avais le choix entre me tremper ou courir comme un fou. Les grands-mères aussi.
Au deuxième bureau, une fonctionnaire derrière les barbelés m’a demandé : "C’est quoi ça ?"
"Ma montre", ai-je répondu d’un air coupable.
"Retirez-la," a-t-elle dit. 
Je suis retourné en courant à nouveau sous la pluie, juste à temps pour un nouveau test biométrique, suivi d’un scanner corporel et d’une fouille corporelle complète. Plantes des pieds ; bouche ouverte.
À chaque arrêt, notre groupe silencieux et obéissant se glissait dans ce qu’on appelle un espace clos, serrés derrière une ligne jaune. Un cauchemar de claustrophobe ; une femme a fermé les yeux.
Nous avons ensuite reçu l’ordre de nous installer dans une autre zone d’attente, encore une fois avec des portes en fer qui se fermaient bruyamment devant et derrière nous.
"Restez derrière la ligne jaune !" nous a dit une voix surgit de nulle part.
Une autre porte électronique s’est entre-ouverte ; nous avons hésité, à raison. La porte a tremblé, s’est refermée avant de se rouvrir à nouveau. Une autre zone d’attente, un autre bureau, un autre refrain de "Montrez votre doigt !"
Puis nous nous sommes retrouvés dans une longue pièce avec des carrés tracés au sol où l’on nous a dit de nous tenir debout, un par carré. Deux hommes avec des chiens renifleurs sont arrivés et nous ont font la totale, devant et derrière.
Les chiens nous ont reniflés le cul et bavé sur ma main. Puis d’autres portes se sont ouvertes, avec un nouvel ordre : "tendez le poignet !" 
Un marquage au laser était notre ticket d’entrée dans une grande salle, où les prisonniers attendaient en silence, assis en face de chaises vides. De l’autre côté de la pièce se trouvait Julian, portant un brassard jaune par-dessus ses vêtements de prison.
En tant que simple prévenu [Ndt : actuellement, Julian Assange ne purge aucune « peine » mais a simplement été maintenu - dans une prison de haute sécurité – comme prévu dans l’attente de son procès d’extradition] , il a le droit de porter ses propres vêtements, mais lorsque les voyous l’ont traîné hors de l’ambassade équatorienne en avril dernier, ils l’ont empêché d’emporter un petit sac contenant ses affaires. Ses vêtements suivraient, avaient-ils dit, mais comme ses lunettes de lecture, ils se sont mystérieusement perdus.
Pendant 22 heures par jour, Julian est enfermé dans un "centre de santé". Ce n’est pas vraiment un hôpital carcéral, mais un endroit où il peut être isolé, soigné et espionné. Ils l’espionnent toutes les 30 minutes : un coup d’oeil dans sa cellule. C’est ce qu’ils appellent une" veille suicidaire ".
Dans les cellules voisines se trouvent des meurtriers condamnés et, plus loin, un malade mental qui crie toute la nuit. "C’est mon Vol au Dessus d’un Nid de Coucou," me dit-il. La "Thérapie" se résume à jouer de temps à autre une partie de Monopoly. Son seul contact social régulier est la messe hebdomadaire dans la chapelle. Le prêtre, un homme bon, est devenu un ami. L’autre jour, un prisonnier a été attaqué dans la chapelle ; un poing lui a fracassé la tête par derrière pendant qu’on chantait des hymnes.
Quand on se salue, je sens ses côtes. Son bras n’a pas de muscle. Il a peut-être perdu 10 à 15 kilos depuis avril. Quand je l’ai vu pour la première fois ici en mai, ce qui m’a le plus choqué, c’est qu’il avait l’air beaucoup plus vieux.
"Je crois que je deviens fou", m’a-t-il dit à l’époque. Je lui ai dit : "Non, c’est pas vrai. Regarde comme tu leur fais peur, comme tu es puissant." Je crois que son intelligence, sa résilience et son sens de l’humour - tous inconnus des miséreux qui le diffament - le protègent. Il est gravement blessé, mais il ne perd pas la tête.
Nous bavardons avec la main sur la bouche pour ne pas être entendus. Il y a des caméras au-dessus de nous. A l’ambassade d’Equateur, nous avions l’habitude de bavarder en échangeant de notes écrites et en les protégeant des caméras au-dessus de nous. Où qu’il soit, Big Brother a clairement peur.
Sur les murs se trouvent des slogans joyeux qui exhortent les prisonniers à "continuer à tenir bons" et à "être heureux, à avoir de l’espoir et à rire souvent".
Son seul exercice physique se déroule sur une petite parcelle de bitume, entourée par de hauts murs avec encore de joyeux conseils pour profiter " des brins d’herbe sous vos pieds ". Il n’y a pas d’herbe.
Il n’a toujours pas accès à un équipement informatique qui lui permettrait de préparer sa défense. Il ne peut toujours pas appeler son avocat aux Etats-Unis ou sa famille en Australie.
La mesquinerie incessante de Belmarsh vous colle comme de la sueur. Si vous vous penchez trop près du prisonnier, un gardien vous dira de reculer. Si vous enlevez le couvercle de votre tasse à café, un gardien vous ordonnera de le remettre. Vous avez le droit d’apporter £10 pour les dépenser dans un petit café tenu par des bénévoles. "J’aimerais quelque chose de sain", dit Julian, qui a dévoré un sandwich.
De l’autre côté de la pièce, un prisonnier et une femme qui lui rendait visite se sont disputés : ce qu’on pourrait appeler un "différend conjugal". Un gardien est intervenu et le prisonnier lui a dit d’aller se faire foutre. Ce fut le signal pour un groupe de gardes, hommes et femmes et la plupart grands et obèses, impatients de se jeter sur lui et le clouer au sol, puis de le traîner dehors. Un sentiment de satisfaction violente flottait dans l’air vicié.
Puis les gardes nous ont crié qu’il était temps de partir. Avec les femmes, les enfants et les grands-mères, j’ai entamé le long voyage de retour à travers le labyrinthe des zones scellées et des lignes jaunes et des arrêts biométriques jusqu’à la porte principale. En sortant de la chambre des visiteurs, je me suis retourné, comme d’habitude. Julian était assis, seul, avec le poing levé.
John Pilger
Cet article est basé sur une allocution prononcée par John Pilger lors d’une conférence sur Julian Assange à Londres le 28/11/2019 au soir, après sa visite à Assange plus tôt dans la journée.
Publié le 1er décembre 2019 sur Le Grand Soir

samedi 16 novembre 2019

L’ exécution de Rodney Reed reportée après la mobilisation de stars et de millions d’Américains

https://www.lavoixdunord.fr/666450/article/2019-11-16/l-execution-de-rodney-reed-reportee-apres-la-mobilisation-de-stars-et-de


La justice américaine a suspendu ce vendredi, à cinq jours de l’échéance, l’exécution d’un condamné à mort qui clame son innocence et a reçu le soutien de stars, d’élus et de millions d’Américains.
Une cour d’appel du Texas a décidé d’accorder un répit à Rodney Reed, un Noir américain de 51 ans qui devait recevoir une injection létale mercredi.
Juste avant que cette décision ne soit rendue publique, le bureau des grâces du Texas avait déjà recommandé à l’unanimité de reporter son exécution,le temps d’examiner de nouveaux éléments présentés par ses avocats.
«Excellente nouvelle!», a tweeté Martin Luther King II, fils du célèbre défenseur des droits civiques, qui avait joint sa voix à une large campagne de mobilisation en faveur de Rodney Reed.

La vedette de téléréalité Kim Kardashian, les chanteuses Rihanna ou Beyoncé et plusieurs élus des deux partis, dont le sénateur républicain Ted Cruz, avaient demandé une réouverture de son dossier.
Deux pétitions sur internet avaient également recueilli plus de 3,5 millions de signatures.
En 1998, Rodney Reed a été condamné à la peine capitale par un jury entièrement blanc pour le viol et le meurtre de Stacey Stites, une femme blanche de 19 ans.
Des traces de son sperme ont été retrouvées sur la victime, mais il a toujours clamé son innocence, expliquant qu’ils entretenaient une liaison secrète. Ses défenseurs estiment que des éléments recueillis après le procès accréditent sa version des faits et pointent vers un autre suspect : le fiancé de la victime, Jimmy Fennell un ancien policier qui a depuis purgé dix ans de prison pour un autre viol.
«Des preuves qui exonèrent M. Reed et incriminent M. Fennell continuent de s’accumuler», ont écrit ses avocats dans leur requête au bureau des grâces du Texas.
Dans ce document, ils présentent plusieurs témoignages à décharge pour leur client, dont ceux d’une ancienne collègue de la jeune femme qui a confirmé avoir été informée de sa liaison secrète avec M. Reed. Un ancien co-détenu du policier a récemment révélé que Jimmy Fennell lui avait avoué avoir tué sa fiancée parce qu’elle «couchait dans son dos avec un Noir», écrivent-ils encore.
Un temps soupçonné du crime, Jimmy Fennell a toujours nié avoir joué un rôle dans la mort de sa compagne. Les avocats de Rodney Reed ont également introduit un recours devant la Cour suprême pour lui demander de suspendre l’exécution de leur client.

jeudi 7 novembre 2019

Rodney Reed is Innocent - Free Him Now! (petition)

https://actionnetwork.org/petitions/rodney-reed-is-innocent-free-him-now?fbclid=IwAR2eo6PSY-6_t9Sf3fxX-mw11fsbJZywCk1bqD4n7AjmjRukNQVjCeG3lcQ


UPDATED Nov 7, 2019: Petition delivery date set - Nov 19 at Bastrop County DA's Office.
Read the Innocence Project's letter to Texas Governor Abbott, here.
The State’s entire case against Rodney Reed has been demolished. The timeline is wrong, all the expert witnesses recanted their testimony, and some of the most respected forensic pathologists in the world concur that the prosecution’s theory is impossible. The State’s case doesn’t make sense because Rodney is innocent.
Police initially suspected that Jimmy Fennell, fiancé of Stacey Stites (the victim), was the killer. Fennell failed two polygraph tests when he was asked if he strangled Stites, but police cleared him anyway. Why? It might have had something to do with the fact that Fennell was a fellow police officer. Years later, Fennell was convicted and sentenced to 10 years in prison for raping a woman he had detained while on-duty as a police sergeant.

This case has undeniable racial undertones. Rodney Reed, a black man, was accused of raping and killing a young white woman who was engaged to a white police officer in a small Texas town. The jury was all white. No, this isn’t To Kill a Mockingbird; this is real life and an innocent man’s life is on the line.

What’s truly shocking is that there is DNA evidence that has never been tested. Rodney Reed’s lawyers have been working for years to get this testing that could prove his innocence. Bastrop County DA Bryan Goertz and lawyers from the Texas Attorney General’s office have blocked all efforts to test the evidence. What do they have to hide? It’s time to put up or shut up: test the DNA now!

A few things need to happen quickly for Rodney: (1) Cancel the November 20 execution date; (2) Test ALL the evidence; (3) A new, fair trial free of racial bias and false forensics. Rodney should have an opportunity to fully prove his innocence in a courtroom.

Bastrop County DA Bryan Goertz has the power to stop the November 20th execution and allow a new trial. While DA Goertz says that only the courts can do these things, that’s not true. Goertz has actively opposed Rodney’s efforts to prove his innocence for years. All Goertz needs to do is not oppose these legal efforts to get at the truth. If police and prosecutors really have nothing to hide, then it’s time to get out of the way.

To: Bastrop County (TX) DA Bryan Goertz
From: [Your Name]
Bastrop County DA Bryan Goertz - YOU have the power to stop the November 20th execution of Rodney Reed and allow a new trial. Your assertion that only the courts can do these things is not true. You have actively opposed Reed’s efforts to prove his innocence for years. Please stop opposing Reed's legal efforts to get at the truth. If you really have nothing to hide, then it’s time to get out of the way. We DEMAND:
(1) Cancel the November 20 execution date;
(2) Test ALL the evidence;
(3) Initiate a new, fair trial free of racial bias and false forensics.
Rodney Reed should have an opportunity to fully prove his innocence in a courtroom. You have the power to make that happen. Please use it now.