lundi 1 mai 2017

Trois questions sur la série d'exécutions de détenus en Arkansas

Cet Etat du sud des Etats-Unis a exécuté quatre détenus en huit jours, à cause de la péremption prochaine de l'un des produits utilisés dans les injections létales.

L'Etat de l'Arkansas (Etats-Unis) a exécuté son quatrième détenu en huit jours : la dernière injection létale d'une série qui a choqué par sa précipitation. En tout, huit exécutions étaient prévues en seulement 11 jours, dans un Etat qui n'avait plus mis en œuvre la peine de mort depuis 2005. Ce calendrier, fixé par le gouverneur républicain Asa Hutchinson, a entraîné une vague de critiques et de recours judiciaires. Explications.

Pourquoi autant d'exécutions en si peu de temps ?

Le gouverneur républicain de l'Arkansas, Asa Hutchinson, a signé, le 10 mars, un décret ordonnant les exécutions groupées de huit détenus condamnés pour meurtres, étalées sur 10 jours. La justice a pour l'instant suspendu quatre des exécutions prévues. Les quatre autres condamnés ont été exécutés, sur une période de seulement huit jours. Ledelle Lee a été le premier, le 20 avril. Jack Jones et Marcel Williams ont aussi chacun reçu une injection létale, lundi, et Kenneth Williams, jeudi.
C'est la date de péremption de l'un des composants de l'injection létale, qui a précipité ces exécutions. Il y en a trois : le sédatif midazolam, le bromure de vécuronium qui décontracte les muscles, et le chlorure de potassium, qui provoque un arrêt cardiaque. Le midazolam dont dispose l'Arkansas sera périmé le 30 avril et l'Arkansas aura du mal à se fournir à nouveau. D'autres Etats ont subi des pénuries dans le passé, comme l'Oklahoma, car les laboratoires qui les fabriquent s'opposent de plus en plus souvent à leur usage dans les injections létales. En outre, le midazolam est controversé. Il est accusé de ne pas plonger suffisamment dans l'inconscience le condamné, entraînant une agonie lente et douloureuse.
Le gouverneur a tenté de se justifier en rappelant les meurtres commis par les détenus condamnés, estimant que les familles de leurs victimes avaient "déjà attendu trop longtemps". "Si j’avais réparti [ces exécutions] sur quatre mois ou six mois, qu’est-ce que cela aurait changé pour les opposants à la peine de mort qui viennent protester ?" a-t-il en outre rétorqué aux critiques.

Pourquoi certaines ont été annulées ?

Juste après la mort de Jack Jones, les avocats de Marcel Williams ont affirmé que cette première exécution ne s'était pas bien déroulée. Les agents pénitentiaires auraient d'abord échoué à poser correctement un cathéter central et se seraient trouvés forcés de se rabattre sur la pose de deux voies veineuses dans les bras du détenu. Six à sept minutes après l'injection du midazolam, censé plonger dans une profonde inconscience le prisonnier, celui-ci "remuait ses lèvres et luttait pour respirer". La juge fédérale Kristine Baker a alors pris une injonction de suspension temporaire de la deuxième exécution, le temps d'examiner la validité de ces arguments.
Mais la bataille judiciaire avait démarré bien plus tôt. Trois jours avant la première exécution, un juge local, opposant à la peine de mort, saisi par un laboratoire pharmaceutique, avait déjà temporairement bloqué six exécutions, explique Le Monde. McKesson Medical Surgical Inc., qui avait fourni du bromure de vécuronium à l’administration pénitentiaire, demandait qu'elle ne puisse pas utiliser son produit. L’entreprise accusait les autorités de l'avoir acheté sans la prévenir qu’il serait employé dans les injections létales.
Fresenius Kabi USA, le fournisseur du chlorure de potassium, et West-Ward Pharmaceuticals, le fournisseur du midazolam, avaient saisi la justice pour les mêmes raisons. Les laboratoires expliquaient que participer à des exécutions "irait à l’encontre de leur mission, qui est de sauver des vies et d’améliorer la condition des patients", rapporte Le Monde.

Quelles ont été les réactions aux Etats-Unis et ailleurs ?

Les exécutions prévues en Arkansas ont suscité l’émoi, à l’étranger surtout. L’Union européenne a exhorté le gouverneur de l’Etat à "commuer" les sentences, tandis que l'ONG Amnesty International a demandé une "mise à l’arrêt urgente du tapis roulant d’exécutions" dans l’Arkansas et Human Rights Watch a dénoncé "un déluge de mises à mort inédit dans l’histoire américaine moderne".
Le maître du roman noir John Grisham, natif de l'Arkansas, a appelé à mettre un terme à cette "folie". "Une exécution est l’acte le plus grave que puisse commettre un gouvernement. Pourquoi cumuler autant de risques par opportunisme ?", écrivait-ti-l dans une tribune publiée par USA Today, le 10 avril.
La controverse n'a toutefois pas agité les cercles politiques à Washington, ni pris de l'ampleur. La question de la peine de mort relève en effet de chacun des 50 Etats du pays, sans véritablement susciter de débat national. Plus largement, un moratoire ou une abolition de la peine capitale aux Etats-Unis n'est pas d'actualité, la Cour suprême ayant récemment retrouvé une majorité conservatrice.

 http://www.francetvinfo.fr/monde/usa/trois-questions-sur-la-serie-d-executions-de-detenus-en-arkansas_2165878.html

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