dimanche 15 janvier 2017

Pour un Japon abolitionniste

En 2016, la Fédération des associations des barreaux du Japon (JFBA) a pris position en faveur de l’abolition de la peine de mort. Cette déclaration de juristes sonne comme un véritable défi dans une société en majorité favorable à la peine capitale.
Lors d’une convention sur la protection des droits de l’homme organisée à Fukui au Japon, la Fédération des associations des barreaux du Japon (JFBA) a adopté une déclaration sur l’abolition du système d’exécution capitale.
La JFBA réunit 37 000 avocats et des professionnels du droit nippon. Elle demande que la peine de mort soit abolie avant la tenue du congrès de l’ONU sur la prévention des crimes et la justice, qui aura lieu en 2020 dans l’archipel.
Le Japon fait partie des nations qui appliquent la peine capitale, avec chaque année de nouvelles exécutions. Et, selon un sondage du quotidien Asahi, 81 % de Japonais y sont favorables.
Un climat hostile à l’abolition
On entend souvent que l’application de la peine de mort est intrinsèque à la civilisation nippone. Bien que la peine de mort ait été abolie en 724 par l’empereur Shômu(1) et qu’elle le restera jusqu’en 1156, identifier le Japon comme un pays éradiquant totalement ce châtiment laisse perplexe.
C’est qu’à travers le temps, la position de l’État japonais s’est durcie.
Pour les opposants à l’abolition, la peine de mort serait dissuasive et cette opinion s’est renforcée, en banalisant, aux siècles passés, les supplices des prisonniers. Ceux-ci étaient instrumentalisés à des fins d’exemplarité, pour, notamment, parer aux troubles sociaux de l’époque.
Certes, aujourd’hui, la cruauté de la torture exposée en place publique n’a plus lieu. Cependant, il demeure une grande opacité sur le traitement des prisonniers.
En effet, les condamnés à mort sont maintenus dans le secret. Ils ne peuvent pas communiquer avec leurs proches, les médias ne sont informés qu’après les exécutions, et personne ne peut y assister. La loi japonaise stipule que l’exécution devrait avoir lieu six semaines suivant la condamnation, mais il arrive que des condamnés, placés en isolement, vivent quotidiennement la peur de l’exécution, alors qu’ils attendent parfois de longues années dans les couloirs de la mort.
Cette situation a été dénoncée par des associations de droits de l’homme et a soulevé les inquiétudes du Conseil de l’Europe qui a envisagé de retirer au Japon son statut d’observateur.
Le rapport à la mort
De nos jours, si l’exécution capitale mobilise de plus en plus d’abolitionnistes dans le monde, c’est que la problématique essentielle du rapport à la mort et à la vie se pose, bousculant par ce questionnement les consciences qui appellent à modifier la loi.
Or, face à la civilisation nippone, le premier écueil rencontré est que, précisément, l’idée de la mort ne véhicule pas de sentiment si tragique.
Dans son étude « La mort volontaire au Japon », Maurice Pinguet(2) fait observer que cette perception vient de ce que la pensée japonaise est fondée sur l’immanence et non sur la transcendance à partir de laquelle la pensée occidentale peut élaborer un raisonnement téléologique.
C’est dans cet esprit, par exemple, que Ingmar Bergman(3), montre dans le film Le Septième Sceau la scène d’un chevalier jouant aux échecs avec la mort, laissant au chevalier seul la volonté de retarder l’échéance.
Inversement, la filmographie épique de Kurosawa(4) est composée de protagonistes dont les actes manifestent des enjeux sociétaux sans pour autant établir la prééminence du destin strictement individuel. Même représentée, la transgression par l’acte héroïque s’exprime dans un déploiement de force vitale probablement héritée de la puissance de combat inspirée des samouraïs. Comme si l’aristocratie exaltée dans l’art du combat transmis dans les récits sur les samouraïs reléguait l’existence humaine individuelle à une place toute relative.
De son côté, l’ouvrage de Ruth Benedict(5) Le Chrysanthème et le sabre décèle une autre caractéristique de la structure mentale japonaise. Il ressort que la pensée et le comportement japonais sont construits aussi sur l’idée de « remboursement » de ce que l’on doit et qu’il existe des contreparties auxquelles tout Japonais devra s’acquitter par honneur et par devoir. Cette contrepartie fut-elle sans limite.
Cette composante, son corollaire la punition et le syllogisme politico-sociologique qui aboutit à supprimer la vie humaine d’un coupable pour préserver le collectif ne seront pas une aide pour l’argumentaire abolitionniste.
Le droit suprême de l’être humain
Toutefois, la ratification par le Japon du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels en 1979 rappelle que les garanties juridiques des droits de l’homme ont fini, même au prix de luttes ardues, par progresser.
Lors de la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, c’est Peng-Chung Chang(6), un universitaire chinois participant aux travaux de la Déclaration qui parvient, grâce à ses talents de diplomate, à faire concilier la vision asiatique et occidentale de ces questions.
L’universalisme, fondement de la Déclaration, ne peut exclure l’un de ses droits au motif qu’il serait l’expression d’une culture différente, la culture étant elle-même l’émanation d’une humanité. Par ailleurs, affirmer l’idée que l’être humain est « un », c’est reconnaître son indivisibilité donc discréditer un seul de ses droits, c’est les discréditer tous, en opérant une dichotomie incohérente.
Au XXIe siècle on ne saurait dénier, selon la définition même des Nations unies le droit suprême de l’être humain, qui est « le droit à la vie », dans un Japon qui exerce la démocratie par le respect des institutions représentatives mises en place et la reconnaissance aux droits de chacun tels que proclamés par l’Assemblée générale des Nations unies.
http://www.epochtimes.fr/pour-un-japon-abolitionniste-22518.html

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