Odell Barnes Jr.

L'association Lutte Pour la Justice (LPJ) a été créée en 1999 pour soutenir Odell Barnes Jr., jeune afro-américain condamné à mort en 1991 à Huntsville (Texas) pour un crime qu'il n'avait pas commis et exécuté le 1er mars 2000 à l'aube de ses 32 ans. En sa mémoire et à sa demande, l'association se consacre à la lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et en particulier au Texas. (voir article "Livre "La machine à tuer" de Colette Berthès en libre accès" )

jeudi 24 octobre 2019

Elles échangent avec un condamné à mort

https://www.hebdo-ardeche.fr/actualite-8599-elles-echangent-avec-un-condamne-a-mort?fbclid=IwAR0_ATI46HetzeZP1qJrOSVR5of4eEfHNAnz-w5rcMNlRmd80GONtuB3uP0

Des chrétiens engagés contre la peine de mort et la torture.  © Photo : Frédérique Brécchet  
Des chrétiens engagés contre la peine de mort et la torture. - Photo : Frédérique Brécchet

Ces femmes engagées entretiennent une correspondance avec un détenu condamné au Texas.

Tous les seconds jeudis du mois en après-midi, des membres de l'association ACAT, l'Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture se réunissent au n° 11 de la rue St-Joseph au Cheylard, autour de sœur Marie-Frédérique. Dans une ambiance bienveillante, autour d'un thé, ces femmes attentives aux urgences du monde et à l'écoute de leur foi chrétienne, qu'elle soit catholique ou protestante, se retrouvent pour un temps de partage, d'échange et de discussion. Parce que l'objectif de cette ONG œcuménique est la défense des droits de l'homme, en combattant partout dans le monde les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, parce que l'ACAT propose de correspondre par courrier avec des détenus du couloir de la mort qui en font la demande, c'est presque comme une évidence, que ces femmes ont fait le choix d'écrire à l'un d'entre eux. Une rencontre improbable pour sœur Marie-Frédérique, Jacqueline, Denise, Paulette, Eva, Martine et Flore avec cet homme, Garland qui, du fond de sa cellule du couloir de la mort, de sa prison au Texas, les appelle « Mes anges Gardiens » et dont ses lettres pleines de bienveillances, échangées depuis plus d'une année, commencent, pour certaines, comme une prière « Qu'aucune douleur, blessure ou danger ne croisent votre chemin ! ». Détenu depuis 11 années, dans une cellule sans fenêtre, de la dimension d'une salle de bains, cette correspondance vient rompre son isolement, luttant ainsi contre le processus de déshumanisation, de souffrance liée à l'attente d'une exécution à venir. « Recevoir une lettre, dans de telles circonstances, en plus de rythmer le temps, toujours égal, dans ces lieux d'enfermement et de créer un lien avec le monde extérieur, représente un soutien moral inestimable » se sont accordés à dire les membres de l'ACAT et ceux de l'association « Fenêtres sur Couloir de la Mort » de la commune de Belsentes qui, à l'occasion de la journée mondiale contre la peine de mort du 10 octobre, se sont rencontrés, pour échanger sur ce que chacun qualifie de lettres d'une profonde richesse, malgré la censure qu'elles subissent.
Dans ses lettres, Garland, au travers une écriture soignée et avec vivacité d'esprit, partage son quotidien, ses occupations, sa foi, ses inquiétudes lorsque les lettres de ses nouvelles amies tardent ; le béton tout autour brûlant au cœur de l'été. En réponse elles décrivent la vie dans ce petit coin de France : les discussions lors des réunions de l'ACAT, les gilets jaunes, la canicule de l'été, les événements, la nature toute proche, leur attachement à la personne qu'il est... Des lettres comme celles que l'on enverrait à un neveu qui vit au loin, même si elles reconnaissent l'impossibilité d'imaginer ce que peut être « La torture morale d'un tel enfermement, pendant toutes ces années ».
Une correspondance dont ces femmes disent, ne pas avoir l'occasion de partager avec leur entourage. « Peu de personnes posent des questions ; j'en parle à la paroisse quand je fais le compte-rendu de l'ACAT ; lorsque l'on fait la célébration œcuménique, il y a toujours une quête en faveur d'une association, cette année, elle a été attribuée à l'ACAT. On a dit que l'on allait envoyer un peu d'argent de cette quête à Garland, mais l'on n'a pas eu de question, sur ce sujet de la peine capitale » a confié sœur Marie-Frédérique. Un sujet, certainement ici, comme ailleurs, appréhendé comme délicat ; mais toutes se sont accordées à dire, pour elles-mêmes : « Nous ne le jugeons pas. C'est Dieu qui doit le juger, nous, par nos actions nous l'accompagnons en tant qu'homme, en tant qu'être humain ». D'ailleurs aucune d'elles n'a eu la volonté d'aller rechercher des informations sur son chef d'inculpation, qu'elles disent ne pas être certaines de vouloir connaître.
Au rappel, qu'au bout des lettres de Garland, il y a son exécution ; ces femmes ont fait silence autour de la table. Leur opposition à la peine capitale, les renvoie au retentissant discours de Robert Badinter en 1981, à l'issue de son combat pour son abolition. Et de conclure pour sœur Marie-Frédérique : « J'ai appuyé avec beaucoup de joie l'abolition de la peine de mort. Aujourd'hui lorsque j'apprends une exécution dans le monde, c'est toujours un choc ! »

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