lundi 10 octobre 2011

Le combat pour la vie d'un enfant d'exécutés

Ethel et Julius Rosenberg
Robert Meeropol avait six ans quand ses deux parents, Ethel et Julius Rosenberg, accusés d'avoir livré à l'URSS le secret de la bombe atomique américaine, ont été exécutés. Interview par Sarah Halifa-Legrand.

Vous aviez six ans quand vos deux parents, Ethel et Julius Rosenberg, accusés d'avoir livré à l'URSS le secret de la bombe atomique américaine, ont été exécutés en 1953. Comment avez-vous réagi à cette sentence ?

- Je n’ai pas compris ce qui se passait. Je sentais que de puissantes forces avaient emporté mes parents, sans pouvoir définir quelles étaient ces forces. J'avais peur qu'elles m’emportent moi aussi, et j'ai donc essayé de me faire le plus discret possible. J'étais submergé par un sentiment d’anxiété généralisée. Pendant la dernière semaine d’existence de mes parents, la justice a sursis à leur exécution, mais elle est revenue sur sa décision lors d’un nouveau jugement, et ils furent exécutés. (...)

Vous avez, du fait de votre histoire, un point de vue très particulier sur la peine de mort, puisque vous travaillez sur ses conséquences sur la vie des enfants des personnes exécutées. Quels sont les principaux problèmes auxquels ils sont confrontés ?

- Personne ne fait attention à eux. Nous savons qu’il y a environ 3.250 prisonniers dans les couloirs de la mort aux Etats-Unis. Mais nous ne savons pas combien d’enfants attendent de voir un membre direct de leur famille exécuté. Il n’y jamais eu d’étude systématique sur les conséquences de la peine de mort sur les enfants des personnes exécutées. On sait que c’est une expérience terrifiante pour un enfant, mais on n’en sait pas vraiment plus. (...)

Comment avez-vous réagi à l’exécution de Troy Davis ?

- C’est effroyable qu’une personne puisse être exécutée alors que sa culpabilité n’est absolument pas avérée. Ce qu'il a vécu ces dernières années - les "presque exécutions" à répétition, suivies de sursis accordés à la dernière minute, et qui ont culminé lors du dernier sursis suivi, lui, de son exécution -, qui peut douter qu'il ne s'agisse pas là d'actes de torture ?


Source: Le Nouvel Observateur, 10 octobre 2011

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