mardi 3 novembre 2009

L'exécution ratée de Louis Michel

Dans un ouvrage publié en 2008, "The Execution of Willie Francis, Race, Murder and the Search for Justice in the American South" (*), l'écrivain américain Gilbert King retrace le procès puis l'exécution de Willie Francis, un jeune Noir condamné à mort à l'âge de 16 ans pour le meurtre d'un pharmacien d'une petite ville de Louisiane.
Le 3 mai 1946, Willie Francis est sanglé sur la chaise électrique "ambulante" de l'Etat de Louisiane, mais en raison d'une installation défectueuse la décharge infligée au condamné est insuffisante pour le tuer. L'exécution doit être interrompue. Willie Francis sera le seul condamné à mort à survivre à la chaise électrique**.
Un an plus tard, au terme d'un formidable combat judiciaire qui se poursuivra jusque dans l'enceinte de la Cour suprême des Etats-Unis, Willie Francis sera une nouvelle fois sanglé sur la chaise électrique et électrocuté.
Pendant qu'il effectuait des recherches biographiques à St. Martinville, la petite bourgade de Louisiane où s'étaient déroulés le meurtre du pharmacien puis l'exécution ratée de Willie Francis, Gilbert King découvrit qu'une double exécution avait déjà eu lieu dans la même ville... près de soixante ans plus tôt.
Dans le prologue de son ouvrage, "The Execution of Willie Francis", Gilbert King relate cette terrible anecdote :

"Je me remémorai alors l'histoire que m'avait racontée James Akers, l'historien officieux de St Martinville, le gardien du "Mémorial Acadien" et, selon ses dires, le seul Blanc présent à l'enterrement de Francis."
"Willie Francis...", avait-il dit en soupirant, "Willie Francis, quelle honte ! Mais ce n'était pas la première fois. Bien sûr que non ! Il y avait déjà eu une histoire comme celle-là auparavant."
"Si vous allez au tribunal, là-bas, cherchez le dossier d'Isabelle Robertson", me suggéra Akers. "Ça s'est passé en août 1891, dans cette belle maison blanche au coin de la rue. C'est là que Mme Robertson vivait avec sa fille. Un matin, on les a retrouvées mortes toutes les deux. Elles avaient été poignardées et étouffées."
Akers écarquilla les yeux. "Au bout de plusieurs mois, le shérif arrête un Noir du nom de Louis Michel. Ils ont conduit M. Michel derrière le tribunal, sous un grand chêne, comme celui d'Évangéline. Treize marches jusqu'à l'échafaud où une corde l'attend. Le shérif lit la sentence de mort et demande à M. Michel s'il a une dernière déclaration à faire. Michel répond que oui.
- Vous vous souvenez, dit-il, de cette nuit où vous êtes venus me chercher pour me pendre ? J'étais caché sous la maison avec ma Winchester et j'aurais pu descendre trois ou quatre d'entre vous, mais je ne l'ai pas fait parce que, comme je suis innocent, je n'ai peur de personne."
Puis il jette un regard autour de lui et il s'adresse à la foule.
- Il y a des gens ici qui me regardent en ce moment et qui savent que je suis innocent. Je n'ai tué personne."
Mais pas un murmure ne s'élève de la foule.
Et devant ce silence, M. Louis Michel décide d'ajouter une dernière chose : il maudit la ville de St Martinville, priant qu'elle dépérisse et que l'herbe folle envahisse ses rues."
Akers marqua une pause et leva le doigt pour indiquer qu'il n'avait pas fini son récit.
"Le shérif lui passa le noeud coulant autour du cou. Louis Michel était catholique et un prêtre était présent pour lui administrer les derniers sacrements. Une fois terminé, le shérif donna le signal et la trappe s'ouvrit sous les pieds de Michel. Mais, vous voyez, la corde était trop longue. Et M. Louis Michel était un homme de grande taille, un mètre quatre-vingt-dix, peut-être plus. Et une fois suspendu à la corde, il touchait encore le sol du bout des pieds. Alors vous savez ce que le shérif a fait ? Il est allé chercher une pelle et il a commencé à creuser un trou juste sous les pieds de Louis Michel. Il a creusé jusqu'à ce que la pointe des pieds de M. Michel ne touche plus le sol et qu'il finisse par s'étrangler. Et les habitants de St. Martinville l'ont regardé se tortiller jusqu'à son dernier soupir, sans cesser de penser à la malédiction qui pesait désormais sur leur ville".

* Le lien commercial est fourni à titre indicatif, sans but lucratif.
** Le 15 décembre 2009, le gouvernement de l'Ohio accordait à Romell Broom un sursis d'une semaine après que l'équipe chargée de son exécution par injection létale ait tenté vainement pendant plus de heures de trouver sur le condamné une veine susceptible d'accueillir le cathéter de la perfusion.


Photo : Carte postale réalisée à partir d'une photo du lynchage de Lige Daniels, le 30 août 1920, au Texas. Au verso de la carte, quelques mots ont été griffonnés à l'intention du destinataire : "C'était un Noir de 16 ans, qui avait tué la grand-mère d'Earl, la mère de Florence. Donne cette carte à Bud. Ta tante Myrtle".

Aucun commentaire: