Odell Barnes Jr.

L'association Lutte Pour la Justice (LPJ) a été créée en 1999 pour soutenir Odell Barnes Jr., jeune afro-américain condamné à mort en 1991 à Huntsville (Texas) pour un crime qu'il n'avait pas commis et exécuté le 1er mars 2000 à l'aube de ses 32 ans. En sa mémoire et à sa demande, l'association se consacre à la lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et en particulier au Texas. (voir article "Livre "La machine à tuer" de Colette Berthès en libre accès" ) : https://www.lagbd.org/images/5/50/MATlivre.pdf

jeudi 16 juin 2022

Pétition ACAT: Ensemble pour l’abolition universelle de la peine de mort

 

Dites NON à la peine de mort !

Vous êtes – comme nous - convaincu(e) que l peine de mort est un châtiment cruel, indigne de toute humanité, et qu’elle doit être reléguée au passé.
Actuellement près de 30 000 personnes parmi lesquelles des journalistes, défenseurs des droits, activistes, homosexuels, minorités ethniques ou religieuses…, sont actuellement sous le coup d’une condamnation à mort dans le monde.
Face à un tel contexte, nous devons agir ! Nous devons faire pression sur les dirigeants des 53 pays qui permettent encore que des êtres humains soient mis à mort.
C’est pourquoi l’ACAT-France a lancé une pétition que nous vous invitons à signer.

Plus nous serons nombreux à la signer, plus nous aurons de poids pour exiger l’abolition universelle.
Je vous remercie par avance,
Nathalie Seff
Déléguée générale de l’ACAT-France

https://ditesnonalapeinedemort.acatfrance.fr/?utm_source=email&utm_medium=email_mesop&utm_campaign=S1_2022&idMbz=12430279&maild5=8a8c247fad0f408a1c63e758f57d97bf&idcampagne=48


En souvenir de David Lynn Carpenter

Emmy rend hommage à son ami David décédé un an auparavant le 18 juin 2021


"C'est généralement lorsque vous supprimez quelqu'un de votre téléphone que vous vous rendez compte qu'il est vraiment parti. Comme d'habitude, il y a une exception à cette règle. Je n'ai toujours pas trouvé le courage de supprimer David de mes contacts, alors que j'aurais dû le faire il y a presque un an, le 18 juin 2021 jour d son décès, après avoir passé 22 ans et 2 mois en détention. Je ne l'ai pas supprimé parce que je ne veux pas qu'il soit parti pour l'instant. Je pense qu'il mérite toujours mon attention et celle aussi du monde.

David est né à Dallas, Texas, le 25 août 1967. Il a eu une enfance typique dans une famille modeste. Mais en tant qu'enfant hyperactif, il était incapable de se concentrer et a arrêté d'aller tôt à l'école pour travailler à plein temps et aider ses parents. Il avait l'habitude de traîner avec un groupe d'adolescents qui commettaient des délits mineurs, pour lesquels il a passé un certain temps en en prison jusqu’en 1991 année de sa libération et celle où il a rencontré une femme dont il a eu deux enfant avant une séparation.

C’est aussi l'année où se produit un événement important qui aura un impact sur le reste de sa vie qui l’a conduit dans le couloir de la mort.

 À Dallas, Texas, une personne a cambriolé la maison d'une femme de 52 ans. Sa porte a été défoncée et sa gorge a été tranchée. La police locale n'a pas retrouvé le meurtrier. 6 ans se sont écoulés et en 1997, la police a reçu un appel téléphonique anonyme accusant David du meurtre. En 1999, David est reconnu coupable de meurtre qualifié et condamné à mort pour un crime qu'il a toujours nié avoir commis et dont il n'a cessé de clamer son innocence. Je n'entrerai pas dans les détails de l'enquête; chacun doit faire sa idée et décider si l'affaire a du sens ou suscite des doutes quant à sa condamnation.

Ce que je veux, c'est rendre hommage à sa résilience et à sa vision positive de la vie, qui m'ont inspiré au fil des ans. Quand les mots guérissent. C'était au début des années 2000 quand ma meilleure amie de lycée – elle connaissait un bout de choses sur mes passions pour l'écriture et la justice – m'a un jour proposé cette idée insolite : soutenir un condamné à mort par correspondance écrite. Nous avons fait nos recherches et décidé de commencer ensemble à écrire des lettres à David pour le soutenir pendant ce que nous pensions être quelques années jusqu'à son nouveau procès et sa libération ultérieure. Je me souviens avoir attendu ces lettres manuscrites des États-Unis avec impatience, elles arrivaient tous les mois et demi si nous étions prompts à répondre. Nous voudrions et pourrions écrire sur n'importe quoi : il est fascinant de voir à quel point il était facile d'écrire à un « étranger » et comment il se connecterait et sympathiserait avec nos préoccupations d'adolescent. Les années ont passé, mon ami et moi avons déménagé dans différentes villes pour étudier et plus tard travailler. J'ai poursuivi la correspondance, à mon rythme. David tapait occasionnellement ses lettres, et j'imprimais parfois les miennes pour gagner du temps - mais j'attendais toujours avec impatience de voir de l'écriture manuscrite. Cela en dit beaucoup plus sur l'état d'esprit, la personnalité et l'énergie d'une personne. J'ai entendu parler de ses conditions de détention difficiles, de ses problèmes de santé, mais ils n'ont jamais pris le pas sur ses déclarations positives sur la vie et son espoir pour l'avenir. Il était authentique, attentionné et il me soutenait aussi dans les moments difficiles. Il est devenu un ami. La liberté enfin La vie de David n'a pas été emportée par une main humaine à la fin, ce sont de graves problèmes de santé qui ont mis un terme à sa vie. Ces maladies auraient-elles été évitées ou surmontées dans un environnement différent ? Nourriture pour la pensée. Malgré les nombreux efforts soutenus de sa famille, de ses avocats et d'ONG qui l'ont soutenu au cours de deux décennies, il n'a pas eu l'occasion de connaître un nouveau procès, une libération et, finalement, la liberté. Nous ne réalisons pas le privilège d'être « libres » à la fois géographiquement et psychologiquement. On s'habitue à notre confort, à notre tranquillité, à la capacité de choisir, de bouger. On se lamente au moindre désagrément sur la route, au travail, entre amis. Mais à quel point est-il inconcevable et incroyablement douloureux d'avoir une date d'expiration arbitraire générée par l'homme sur votre vie ? D'avoir tous les aspects de votre vie restreints, surveillés et contrôlés ? La dernière lettre de David pour moi. Cher David, il m'a fallu plus de temps que pour porter un enfant pour accepter ton départ. Ceci est ma dernière lettre pour toi. J'espère que là où tu es en ce moment, c'est un endroit meilleur où tu ne ressens que bonheur et amour et liberté. Merci pour toute la lumière que tu as apportée et l’attention que tu as partagé. Tu nous manques."


https://emmyinthemix.com/remembering-david-l-carpenter/  (texte original) 


Cour Suprême Charles FLORES

 

C'est avec des sentiments d'incompréhension teintés de colère que nous apprenons, que la Cour Suprême des Etats-Unis a rejeté l'appel concernant la révision du cas de Charles Don Flores, condamné à mort sans preuve, alors qu'il a toujours clamé son innocence.

https://charlesdflores.com/fr/laffaire

https://www.acatfrance.fr/actualite/second-livre-de-charles-flores-depuis-le-couloir...

vendredi 10 juin 2022

Visites de condamnés

 

21/05/22

« Si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. » Antoine de St-Exupéry

 

Dimanche 17 avril, dimanche de Pâques, je me hâte vers la station de métro la plus proche, direction gare de Lille, puis Paris, puis Chicago puis Tampa et enfin (!) Houston, ma destination finale. Cela fait plus de deux ans que je ne suis plus allée au Texas, clouée au sol depuis qu’un virus jusqu’alors inconnu s’active, lui, à parcourir le monde… Je suis heureuse à l’idée de revoir mes amies texanes, de rencontrer de nouvelles personnes, et aussi, et surtout, de voir pour la première fois mes correspondants, Eugene, dans le couloir de la mort au Texas et David et Raymond, qui partagent une cellule au sein d’un établissement pénitentiaire de sécurité maximale, perdu dans les montagnes arides de Californie, à trois heures de Los Angeles.

Le lendemain de mon arrivée, mon amie Linda, qui m’héberge, est sur le départ. Avec d’autres amis, elle doit rendre visite à son ami Carl Buntion, dont l’exécution est prévue trois jours plus tard. Carl Buntion a 78 ans, se déplace en fauteuil roulant et respire difficilement à cause d’une pneumonie chronique. Il vient d’ailleurs d’effectuer un séjour à l’hôpital, dont il est revenu le front fendu d’une plaie après avoir cogné la paroi intérieure de la fourgonnette des gardiens de prison, laquelle venait de freiner d’un coup sec.  A cause de sa santé fragile et de ces blessures récentes, les avocats de Carl espèrent encore une grâce du gouverneur, même si les espoirs sont ténus. Carl a en effet tué un officier de police 30 ans plus tôt, et ce genre de crime, au Texas ne se pardonne pas, surtout si l’on est noir ou latino ou, comme Carl, issu d’un milieu pauvre.

Linda, à presque 74 ans, reste coquette, elle finit de se maquiller comme chaque jour. J’ai une admiration sans borne pour cette femme qui, il y a deux ans, malgré sa retraite, a repris un emploi de caissière dans un bazar pour pouvoir continuer d’aider les nombreux détenus à qui elle écrit et rend visite, pour améliorer un peu leur sort par le « cantinage », cette femme qui héberge aussi depuis 3 ans, un détenu qu’elle aidait déjà en prison et qu’elle continue d’accompagner depuis sa sortie, car revenir à « la vie normale » est toujours un pari après une longue peine. Il faut récupérer des papiers, repasser son permis, trouver logement et travail et si personne ne vous attend, il est malheureusement facile de retourner à la case départ… Linda, qui côtoie des condamnés à mort chaque semaine, qui assiste aux exécutions de ses amis, et l’on imagine le traumatisme subi à chaque assassinat exécuté de sang-froid par l’officier payé par l’Etat du Texas, par les citoyens texans…Et pourtant, sa joie de vivre semble à toute épreuve, son énergie, inépuisable. Tout comme sa générosité. Et je me dis que l’un ne va pas sans l’autre…

Après une journée de repos, à apprécier le calme ambiant et la végétation foisonnante, me voilà prête pour ma toute première visite avec mon correspondant de deux ans environ, Eugene Broxton. C’est d’abord par son épouse, Nadine, que je l’ai connu.  Nadine était venue lui rendre visite au printemps 2019, alors que je correspondais à l’époque avec un autre détenu à qui j’étais venu rendre visite au même moment. Avec Nadine, on ne se connaissait pas mais on logeait toutes les deux chez Linda. Je me souviendrai toute ma vie de la soirée où Nadine, qui aime et soutient Eugene depuis 18 ans maintenant, apprenait d’un coup de fil de l’avocate d’Eugene, qu’une série de tests ADN établissaient sans aucun doute l’innocence de son époux, innocence qu’il ne cessait de clamer depuis son arrestation, trente ans plus tôt ! Il faut imaginer l’émotion de Nadine qui attendait ce moment depuis toutes ces longues années ! Elle ne pouvait contenir ses pleurs, cette nouvelle, c’était un espoir gigantesque, l’espoir que son mari soit enfin libéré après 30 ans d’enfer, l’espoir d’une vie ensemble, après des milliers de lettres échangées et des dizaines de visites de part et d’autre de la glaçante paroi en Plexigas du parloir… Je suis déboussolée par cette émotion qui déborde, déborde, je viens de rencontrer Nadine, je connais à peine son histoire, mais je tente d’être là, je la serre contre moi, la contient. Deux ans plus tard, Nadine et Eugène sont essentiels à ma vie et je suis heureuse de voir mon ami, mon « grand frère », en chair et en os pour la première fois…

Revoir l’unité Polunsky après plus de deux ans me glace mais je mets de côté ces sensations pour me concentrer sur la joie de rencontrer mon ami, le bonheur de lui offrir 2 ou 3 heures hors de sa cellule, quelques heures oùil pourra se sentir presque normal, à converser avec une amie, tout en savourant les fruits et les gâteaux à la cannelle du distributeur, comme dans un de ces « diners » qui longent les routes droites et plates du sud-ouest du Texas… J’entre dans le parloir et Eugene est déjà là qui m’attend ;son crâneest rasé de près et il porte une barbe poivre et sel. Il a fière allure. Il est souriant, tranquille, heureux de cette visite. Je me désole de la qualité si médiocre des téléphones par lesquels nous devons passer pour communiquer, du fait de la paroi de plexi qui empêche tout contact direct. Je m’accroche aux deux écouteurs pour déchiffrer les paroles de mon ami. Il me retrace son parcours, son arrestation inattendue pour un crime, le meurtre d’une jeune femme blanche, commis sans doute par une vague connaissance avec qui Eugène frayait parfois quand il vivait dans la rue, théâtre de sa vie depuis sa fuite de l’orphelinat où il était maltraité, obligé qu’il était de se débrouiller pour survivre depuis toujours. Sauf que le meurtrier probable est blanc et Eugène noir et que travestir les faits et la vérité est monnaie courante dans le système judiciaire encore très corrompu des années 90 du comté d’Harris. Eugène me relate sa parodie de procès où s’enchainent les mensonges, tous plus énormes les uns que les autres, et qu’il est forcé d’encaisser, impuissant, « défendu » pour la forme par un avocat de mèche avec l’accusation, accablé par un pseudo expert en psychologie qui martèle que parce qu’Eugène est noir, il constitue un danger pour la société… Des années plus tard, l’expert en question a été inquiété dans d’autres affaires où les accusés ont finalement été acquittés…

Ces deux heures trente filent trop vite et j’espère très fort revoir mon ami, libre cette fois. Nous sommes confiants, l’affaire a traîné à cause du covid, puis à cause de la nomination d’un nouveau juge en remplacement de l’ancien arrivé à la retraite. Mais les 400 pages de l’appel rédigé par sa solide équipe d’avocats sont accablantes et mon ami et Nadine ont repris espoir. Aujourd’hui, un appui des médias est recherché et pourrait accélérer les choses pour Eugène qui aurait dû être libéré il y a longtemps déjà….

Je m’en veux de devoir partir le lendemain matin, j’aurais moi aussi voulu soutenir les autres militants à Hunstville devant la chambre d’exécution, où Linda et son amie Dani ont prévu de dire au revoir à leur ami, Carl. Malgré l’horreur de l’événement, j’aurais voulu témoigner sur place dema solidarité. Seulement, j’ai rendez-vous de longue date avec trois amis le jour même, à l’aéroport de Los Angeles, où nous devons nous retrouver en début d’après-midi pour un court séjour de deux jours et demi, et où nous avons prévu des visites avec nos amis respectifs, dans une prison de sécurité maximale, perchée là-haut dans les montagnes arides de Tehachapi, constamment balayées par le vent, à trois heures de là, pas moins à cause de la circulation si dense pour laquelle cette mégalopole est bien connue…

Depuis la Californie, je continue d’espérer un sursis pour Carl. C’est un homme malade, en fauteuil roulant, comment imaginer une seule seconde qu’il puisse représenter ne serait-ce qu’un semblant de menace pour la société ? Or, la nouvelle tombe sur Internet, le gouverneur, Greg Abbott, n’a pas daigné accorder de grâce à un homme de toutes façons en fin de vie. Comment illustrer plus crûment le fait que la peine de mort a tout à voir avec la vengeance et rien, absolument rien avec la justice ? Je pense très fort à Linda et Dani, qui étaient là pour accompagner leur ami. Et suis révoltée d’apprendre que comme d’habitude, quand la mort d’un officier de police est vengée par une autre mort, des policiers, des gardiens, des bikers se réjouissent à coups de klaxon. Quelle obscénité !

Ici, à Tehachapi, Naomi doit voir « Hershey », moi, David et Sheree Raymond. Lee, ami de Sheree, est de la partie, il a très généreusement accepté de faire le déplacement de New York pour nous accompagner en voiture à toutes nos destinations, nous qui ne conduisons pas… L’affaire de Raymond, que nous appelons tous « Ray » est des plus ahurissantes. Le jeune homme de 34 ans purge, depuis le début des années 2000, une peine de prison à vie. Il avait 18 ans lors de sa condamnation pour tentative de meurtre… Ce qui serait comique, si les conséquences n’étaient pas aussi dramatiques, c’est que le jeune homme victime de cette tentative d’assassinat a survécu à ses blessures et a certifié aux enquêteurs que Raymond n’était pas l’auteur des coups de feu qui auraient pu lui coûter la vie ! Ray était seulement sur les lieux, c’est là son seul crime. Simplement, pour illustrer par une anecdote le degré de corruption des officiers en charge de l’affaire, l’un des policiers responsables du dossier coûtera plus tard à la ville de Los Angeles la modique somme de 19 millions de dollars dans le cadre de procès intentés à cause de sa négligence et de ses fautes dans de nombreuses autres affaires…

En attendant que son dossier progresse, Ray, après une période de profond désespoir et de dérive, a finalement pris le parti de saisir les opportunités proposées lors de son incarcération. Il a repris les études et passé son « general education certificate », soit l’équivalent chez nous du « Bac ». Il a aussi entamé des études supérieures. En parallèle, il a suivi tous les  programmes possibles et imaginables proposés derrière ces murs : lutte contre les addictions, gestion de la colère, stages spirituels etc. Tous ces efforts l’ont considérablement apaisé. De participant assidu, Ray, au fil des ans, est passé au statut d’animateur de certains de ces groupes. A son tour, il tend aujourd’hui la main aux plus jeunes détenus qui arrivent perdus, révoltés, et qui ne maitrisent pas encore les règles et codes aussi rigides que tacites qui régissent la vie de ce mode clos. Après avoir envoyé des dizaines et des dizaines de courriers à des associations pour obtenir de l’aide afin de prouver son innocence, lui qui vient d’un milieu très modeste, et ce, toujours en vain, car on lui rétorquait à chaque fois qu’il fallait qu’il soit dans le couloir de la mort pour obtenir l’attention tant espérée, c’est finalement notre Association Lutte pour la Justice, qui, la première, a accepté de lui venir en aide. Ray a retrouvé espoir et sa gratitude est grande. Nous attendons le résultat d’une audience qui doit se tenir en présence de son avocat et du juge avant la fin de l’année…

L’ambiance est bon enfant et détendue, on se presse de faire la file derrière les distributeurs de boissons et nourriture avant l’arrivée des pères, frères, amis, maris, qui vivent derrière ces murs. Un peu plus tard, après les effusions liées aux retrouvailles, les familles partageront sandwiches et gâteaux, comme dans un fast-food, une fillette installée sur les genoux de son papa, lui donnera à manger…

Des hommes, tous vêtus d’une ample blouse bleue apparaissent les uns après les autres, un large sourire sur les lèvres. Je guette mon ami, le voilà enfin ! Les murs se dissolvent, c’est un semblant de liberté qui revient pour ces pères, ces maris, ces frères. Mon ami me confie qu’après une visite, il se sent vidé, épuisé ; je me dis que ce surgissement d’un petit bout de monde libre dans un monde clos doit les submerger, eux pour qui les visages, les lieux, les activités, les vêtements, la nourriture, les objets sont inexorablement les mêmes, jour après jour, mois après moi, année après année. Il faut lutter contre cette sensation d’engourdissement qui ne vous quitte pas. Cet abrutissement. Seul le temps qu’il fait change, rien d’autre, me confie David. Le quotidien consiste surtout à se protéger, à rester sur le qui-vive, à éviter les histoires, petites ou grosses, à trouver des alliés, éviter les gros bras, à esquiver les embrouilles. Tout est politique, ne cesse de me répéter David, qui, dans cette micro-société chauffée à blanc, tente d’assurer le rôle de médiateur, de pacificateur. Malgré ses efforts, à l’heure où j’écris, un confinement cloître dans leurs cellules les prisonniers de la Cour A de la « California Correctional Institution » depuis qu’une émeute a éclaté au début du mois, opposant blancs et latinos. Aujourd’hui, j’ai appris que suite à une bagarre le confinement se poursuivrait 15 jours encore…

 

NB : Linda et Dani ont leur association : « Death Row Angels of Texas ». Elles n’ont pas encore de site Internet mais elles animent une page Facebook via laquelle il est possible d’effectuer des versements paypal pour les aider à aider les détenus du couloir de la mort du Texas : achat de nourriture lors de leurs visites, versements de fonds sur les comptes des détenus pour qu’ils puissent cantiner et envoi de documents juridiques (jugements et décisions des différentes cours suite aux appels des uns et des autres)…

 

Anne Sophie. M.

Visite à Charles Flores

 

Ce 28 avril, je m'envole pour le Texas, direction Livingston, prison de Polunsky, afin d'y rencontrer Charles Flores. C’est la 5e fois que je me rends dans ce lieu. Près de 6000 prisonniers sont entassés dans ces bâtiments, dont les 200 condamnés à mort du Texas. 

 

Il a fallu insister auprès de l'administration pour négocier une rallonge de deux heures à notre tête-à-tête et obtenir une visite de quatre heures. Le directeur de la prison, tout récemment nommé, a finalement accepté ma demande. Charles a beaucoup d'estime pour lui, car il a pris des mesures très positives pour les prisonniers du couloir de la mort.

 

Je trouve Charles détendu et en bonne forme, malgré ses kilos en trop. Il me dit que je suis vieux, je lui rétorque qu'il est trop gros. Je luiconseille plus sérieusement de continuer à faire ses exercices :). Au fil de notre dialogue, ma première impression se confirme,Charles est apaisé et sans aucune animosité : c’est un autre homme. C’est la première fois depuis que je le vois que je ne dénote en lui ni tensionni agressivité. Lors de mes dernières visites, il était très critique à l’égard de tous, virulent à l'égard de la justice et de l'administration pénitentiaire —ce qui semblait bien compréhensible—, mais également envers ses amis, qu’il attaquait ouvertement s’ils n'appliquaient pas ses instructions à la lettre. Je l’ai toujours accepté, car comment juger de la conduite d’un homme enfermé dans une cage depuis plus 20 ans ! Mais cette posture, de l’avis de son avocate, l’avait jusque-là lourdement pénalisé. 

 

Ce changement radical de comportement,Charles l’explique lui-même par la mise en place au sein de l’établissement pénitentiaire du « Faith Based Program » (FBP). Ce programme est une nouvelle mesure proposée aux prisonniers du couloir de la mort. Il s’agit de séances de méditation et de spiritualité qui permettent aux détenus de rencontrer d’anciennes victimes, d’échanger, de chanter, de prier. Le but est de mieux comprendre l’autre. Ce programme,d’inspiration chrétienne, a été instaurée par M. Dickerson, le nouveau « Warden » (directeur) de Polunsky. Charles est convaincu que c'est la foi qui l'a transformé : il a plusieurs bibles dans sa cellule et il est devenu le leader de son groupe composé de 14 prisonniers. Il a été coopté par ses codétenus. Quand on connaît Charles et son caractère, on n’est guère surpris !

 

Charles parle toujours de sa libération, de ses projets et de son rêve d’acheter un van, dans lequel il vivrait en parcourant les routes des USA. Il projette d'aider à son tour les autres condamnés et de mettre son expérience au service de ceux qui en auront besoin. Il sait mieux que quiconque que la justice est lente, mais continue à croire fermement à une issue positive.   

 

Nous avons parlé brièvement de la procédure en cours. Je n'ai donc pas posé de question particulière tout en insistant sur le travail gigantesque de Gretchen qui a mis en exergue tous les points positifs de son dossier (la jurisprudence Brady, le test ADN, les témoignages contre l'hypnose etc.). Charles m’a dit que tout allait désormais dans la bonne direction et sa confiance en Gretchen est apparue à nouveau entière et intacte. Il a enfin compris que personne ne pourrait remplacer Gretchen, ni par la qualité de son travail ni par le fait qu'elle œuvre pour lui de façon totalement bénévole. Il faut savoir que son travail pourrait être rémunéré à hauteur de plusieurs centaines de milliers d'euros. Gretchen travaille sans aucune arrière-pensée vénale, ce qui est rarement le cas de la plupart des avocats américains, car même ceux qui œuvrent à titre bénévole, le font souvent dans l’idée d’en tirer un profit personnel.

 

« Innocent project » est de nouveau impliqué au niveau de l’État du Texas. Ils ont repris le dossier de Charles.

 

Gretchen m’a confirmé que le changement de comportement de Charles devenait un élément déterminant, et permettait désormais d’envisager de façon plus concrète une issue favorable. Les dérapages répétés de Charles par le passé devenaient ingérables, et sans un changement de comportement, Gretchen n’aurait probablement pas pu continuer son combat. 

 

Gretchen a déposé récemment sa requête auprès de Cour Suprême des États-Unis et est toujours en attente de la décision. Il y a aujourd’hui trois hypothèses. Première hypothèse (sans doute la plus probable) : la Cour Suprême ne prend pas le dossier en compte. Deuxième hypothèse : la Cour choisit d’examiner le dossier mais estime que les choses ont été faites dans les règles. Troisième hypothèse : ils demandent une révision de la procédure ; mais dans la mesure où cette décision doit être acceptée par la juridiction du Texas, les chances de la voir aboutir sont très faibles. Reste la piste du DA (« Distric Attorney ») du Texas : au vu de la totale incohérence de l’enquête initiale, Gretchen essaie toujours de le convaincre de demander l’ouverture d’un nouveau procès. Malheureusement, le fait que les procureurs soient généralement élus — et c’est bien le cas en l’espèce — les amènent à prendre des décisions très « politiques ».Et comme l'état du Texas est très conservateur, le procureur concerné peut être enclin à opter pour plus de fermeté et plus de répression.

 

Le travail de fond a été fait par Gretchen. La prochaine et ultime étape devra passer par la mobilisation des médias pour aboutir à une visibilité maximum, afin que la vérité éclate. C’est cette pression qui pourrait aujourd’hui faire basculerles choses. 

 

Laurent B. (ACAT)

mardi 26 avril 2022

La Cour d’appel criminelle du Texas vient de prononcer un sursis à l’exécution de Melissa LUCIO

 

La Cour d’appel criminelle du Texas vient de prononcer un sursis à l’exécution de Melissa LUCIO afin d’examiner de nouvelles preuves de son innocence dans la mort de sa fille, Mariah.

Déclaration de Melissa Lucio (25 avril 2022) : « Je suis reconnaissante à la Cour de me donner la chance de prouver mon innocence. Mariah est dans mon cœur aujourd’hui et le restera toujours. Je suis reconnaissante d’avoir plus de jours à vivre pour être mère de mes enfants et grand-mère de mes petits-enfants. Je suis profondément reconnaissante à tous ceux qui ont prié pour moi et qui ont parlé en mon nom ».

Melissa Lucio et John Lucio, remercient Death Penalty Action, Innocence Project, ainsi que l'équipe juridique de défense et tous ceux qui participent à la campagne #FreeMelissaLucio.

Pour celles et ceux d'entre vous qui ne l'ont pas encore fait, maintenons la pression sur les autorités américaines en exigeant l'annulation définitive de la sentence de mort à l'encontre de Melissa :

Signez la pétition en ligne : https://bit.ly/3xTvNdw

Intervenez par téléphone auprès de l'Ambassade des Etats-Unis en France :

Ambassadrice Mme Denise Campbell Bauer 01 43 12 22 22

Intervenez par téléphone auprès du Gouverneur du Texas (pour celles et ceux d'entre vous qui parlent anglais) :

Governor Mr Greg Abbott 00 1 512 463 2000

dimanche 24 avril 2022

 

Télérama a publié l’appel de plus de cinq cents Français pour sauver cette mère de famille hispano-américaine du Texas, jugée coupable d’infanticide en 2008, alors qu’une contre-enquête journalistique conclut à une erreur judiciaire. 

Dans trois jours, le 27 avril 2022, Mélissa sera-elle exécutée par injection létale au Texas dans la « chambre d’exécution » de la prison de Huntsville ? Accusée d’avoir tué sa fillette de 2 ans, elle clame son innocence. Son histoire, la journaliste et réalisatrice franco-américaine Sabrina Van Tassel l’a racontée dans le saisissant documentaire L’État du Texas contre Melissa, disponible sur MyCanal. Elle y effectue une véritable contre-enquête, déconstruisant le dossier judiciaire et pointant l’erreur judiciaire.
Aujourd’hui, la mobilisation est mondiale. Jeudi 14 avril, un rassemblement citoyen a réuni associations abolitionnistes et militants pour les droits humains, membres de la société civile et élus (députés français et européens, adjoints au maire, conseillers…) devant l’Hôtel de Ville de Paris pour appeler les autorités texanes à réexaminer l’affaire. Ils ont écrit cette tribune qui compte aujourd’hui plus de cinq cents signataires contre la mort programmée de Melissa Lucio, et contre la peine de mort.


https://www.telerama.fr/debats-reportages/melissa-lucio-dans-le-couloir-de-la-mort-le-27-avril-il-sera-trop-tard-7009983.php

jeudi 21 avril 2022

Le Texas s'apprête à exécuter son plus vieux condamné à mort

 Le Texas doit exécuter le 21 avril son plus vieux condamné à mort, Carl Buntion, reconnu coupable d'avoir tué un policier il y a plus de trente ans mais qui, à 78 ans, ne représente plus aucun danger pour la société, affirment ses soutiens.


En juin 1990, cet homme, élevé par un père alcoolique et violent, a déjà été condamné à 13 reprises et se trouve en liberté conditionnelle pour une agression sexuelle sur un enfant.

Lors d'une intervention pour une banale infraction routière à Houston, Carl Buntion tire sur le policier James Irby et le tue.

Condamné à la peine de mort, il voit ce verdict annulé en 2009 par la plus haute juridiction texane, qui avait estimé que la défense n'avait pas pu être correctement entendue par les jurés.

Mais en 2012, il est à nouveau condamné à la peine capitale.

Dans cette affaire, les défenseurs de Carl Buntion ne cherchent pas à prouver son innocence. "Chaque jour des 32 dernières années, j'ai regretté ce qui s'est passé", a d'ailleurs confié ce dernier lors d'une interview à la chaîne KHOU 11 cette semaine.

Mais dans ce grand Etat du Sud conservateur, celui qui exécute le plus aux Etats-Unis, une personne ne peut être condamnée à la peine capitale que si un jury estime qu'elle représente un futur danger pour les autres.

Or, Carl Buntion, qui souffre notamment d'arthrose, de vertiges, d'hépatite et de cirrhose, "ne peut plus être dangereux", plaident ses avocats dans un recours auprès de la commission des grâces et des libérations conditionnelles du Texas, qui tranchera deux jours avant la date de l'exécution.

- "Question éthique" -

Carl Buntion, qui n'a été reconnu coupable que de trois infractions disciplinaires pendant ses décennies d'incarcération, est isolé dans sa cellule 23 heures par jour, depuis 20 ans.

"Au Texas, les personnes dans le couloir de la mort sont placées dans une minuscule cellule avec, en haut, à peine une petite fente en guise de fenêtre", rappelle à l'AFP Burke Butler, directrice de l'association Texas Defender Service.

"Ils ne peuvent pas voir ceux qu'ils aiment, si ce n'est en étant séparés par une vitre, en parlant dans un téléphone" ajoute-t-elle.

Être en confinement solitaire durant 30, 40 ou 50 ans constitue une "torture", assure Burke Butler.

L'an dernier, la Cour Suprême américaine a refusé de revenir sur la condamnation de Carl Buntion, mais le juge progressiste Stephen Breyer a estimé que la durée de son confinement "remet en cause la constitutionnalité de la peine de mort".

"C'est une vraie question éthique et humaine sur l'obsession de l'État du Texas à vouloir exécuter coûte que coûte, quelles que soient les conditions", réagit de son côté Raphaël Chenuil-Hazan, directeur de l'Association Ensemble contre la peine de mort.

- Peloton d'exécution -

Au Texas, 192 hommes et six femmes attendent dans le couloir de la mort. Trois ont plus de 70 ans, et cinq s'y trouvent pour des crimes remontant à plus de 40 ans.

Après celle de Carl Buntion, l'exécution de Melissa Lucio, accusée d'avoir tué sa fille de 2 ans en 2007, est programmée le 27 avril.

Condamnée au terme d'un procès controversé, elle est soutenue par de nombreux élus démocrates et républicains, ainsi que par la star de téléréalité Kim Kardashian, qui a contribué à médiatiser ce que ses défenseurs qualifient d'erreur judiciaire.

Depuis les années 2000, le Texas connaît une nette diminution des exécutions. De 137 entre 2000 et 2004, leur nombre est tombé à 35 entre 2017 et 2021. Un total qui reste bien plus élevé que ceux des autres Etats américains.

Pour Burke Butler, cette baisse s'explique par la prise de conscience, chez les procureurs, "que la peine de mort est un châtiment excessif et cruel", mais aussi par le fait que "les gens ont de meilleurs avocats".

Car face à la peine capitale, tous ne sont pas égaux. "On finit dans le couloir de la mort parce qu'on est pauvre et mal défendu", soutient Burke Butler.

Au Texas, 45% des personnes qui attendent leur exécution sont noires, contre seulement 13 % de la population.

Des inégalités et un débat éthique qui dépassent largement les frontières de l'Etat. En Caroline du Sud, Richard Moore, qui doit être exécuté le 29 avril, a été le premier condamné à devoir choisir entre la chaise électrique... et le peloton d'exécution.

Le détenu a choisi la deuxième option. Instaurée là-bas en mai 2021, cette méthode existe dans trois autres Etats américains, bien qu'elle soit très peu utilisée.

https://www.peinedemort.org/document/11462/Le-Texas-s-apprete-a-executer-son-plus-vieux-condamne-a-mort        

mardi 19 avril 2022

Californie. La prison de San Quentin va fermer son “couloir de la mort”

 https://www.courrierinternational.com/article/californie-end-era-californias-storied-grim-death-row


ituée au nord de San Francisco, San Quentin est la seule prison de Californie à abriter des condamnés à mort. Aucun condamné n’y a été exécuté depuis 2006. Le gouverneur démocrate de l’État, Gavin Newsom, veut fermer ses portes d’ici deux ans.


C’est en 1893 qu’a eu lieu la première exécution à la prison d’État de San Quentin. Une pendaison. Quand on visite les lieux, on s’aperçoit qu’ils n’ont pas vraiment changé depuis, la lourde façade de pierre, les épaisses grilles de fer et les tourelles d’imitation médiévale sont toujours là. C’est une des prisons les plus anciennes du pays, et aussi loin que porte la mémoire des vivants, c’est le seul endroit où la Californie a exécuté des prisonniers.

Enfin, après des décennies d’attente, l’annonce est tombée. L’État de Californie compte fermer son couloir de la mort. Depuis cette toute première pendaison de 1893, celle de Jose Gabriel, coupable d’un double meurtre, jusqu’à la mise à mort par injection létale, suspendue à la dernière minute, du violeur et assassin Michael Morales en 2006, la question de la peine capitale s’est trouvée au cœur d’un débat acharné dans l’État de Californie.

La réinsertion plutôt que l’injection létale

Et ce n’est pas d’en faire disparaître l’une des causes qui y mettra un terme. “C’est comme si les victimes n’avaient plus voix au chapitre”, s’indigne Jan Miller, dont la fille, Veronica Perotti, a été assassinée en 1984, ce qui l’a poussée à fonder, avec d’autres, l’association Citizens Against Homicide [“Citoyens contre les homicides”]. “Les gens au pouvoir, le gouverneur, ça leur est égal que ces blessures restent pour toujours.”

Le gouverneur démocrate, Gavin Newsom, en annonçant fin janvier son intention de démanteler le couloir de la mort, a réitéré ce qu’il avait dit en 2019 lorsqu’il avait prononcé un moratoire sur les exécutions. Il est “immoral” de donner la mort aux gens, a-t-il affirmé, et en l’absence d’exécutions, il doit y avoir un moyen de permettre aux condamnés de travailler et de pouvoir indemniser leurs victimes. “Le problème de San Quentin, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de place pour la réinsertion, a ajouté Newsom, cette mesure devrait offrir davantage d’espace pour renforcer les programmes. C’est dans cette voie que nous souhaitons nous engager.”


dimanche 10 avril 2022

États-Unis : Ketanji Brown Jackson entre dans l'histoire en tant que première femme noire confirmée à la Cour suprême des États-Unis.

 

Publié le vendredi 08 avril 2022

Par 53 votes favorables contre 47, Ketanji Brown Jackson deviendra la première femme noire à siéger au tribunal en plus de 200 ans d'histoire.

Après des semaines de réunions privées et des jours de témoignages publics, marqués par d'intenses combats sur la philosophie judiciaire et des réflexions personnelles sur la race en Amérique, Jackson a obtenu un soutien bipartisan étroit – mais notable – pour devenir le 116e juge de la Cour suprême. Le vote unanime des démocrates en sa faveur a été conforté par celui de trois républicains modérés, les sénateurs Mitt Romney de l'Utah, Lisa Murkowski de l'Alaska et Susan Collins du Maine, qui ont défié une profonde opposition au sein de leur parti pour soutenir la candidate de Joe Biden. Leur soutien fut un résultat bienvenu pour la Maison Blanche, qui avait l'intention d'obtenir une confirmation bipartite.

Jackson, qui siège actuellement à la cour d'appel des États-Unis, remplacera Stephen Breyer, 83 ans, membre le plus ancien du bloc libéral de la cour. Breyer, pour qui Jackson a travaillé au début de sa carrière juridique, a déclaré qu'il avait l'intention de se retirer du tribunal cet été.

À 51 ans, Jackson est assez jeune pour servir sur le terrain pendant des décennies. Son ascension ne fera cependant pas grand-chose pour faire basculer l'équilibre idéologique de la haute Cour, dominée par une majorité conservatrice 6-3. Mais cela signifie que pour la première fois dans l'histoire de la Cour les hommes blancs sont minoritaires.

Kamala Harris, la première femme noire à occuper le poste de vice-présidente des États-Unis, a présidé le vote au Sénat alors que Jackson devenait la première femme noire à rejoindre la Cour suprême, soulignant la nature historique de sa confirmation. Harris a appelé au vote final sur la nomination de Jackson avec un sourire sur son visage, et la chambre a éclaté en applaudissements bruyants lorsque le résultat du vote fut confirmé.