Odell Barnes Jr.

L'association Lutte Pour la Justice (LPJ) a été créée en 1999 pour soutenir Odell Barnes Jr., jeune afro-américain condamné à mort en 1991 à Huntsville (Texas) pour un crime qu'il n'avait pas commis et exécuté le 1er mars 2000 à l'aube de ses 32 ans. En sa mémoire et à sa demande, l'association se consacre à la lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et en particulier au Texas. (voir article "Livre "La machine à tuer" de Colette Berthès en libre accès" ) : https://www.lagbd.org/images/5/50/MATlivre.pdf

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mardi 29 décembre 2009

Sûr de sa puissance, Pékin ignore les jugements de l'étranger

Le régime chinois est désormais conscient du poids que la Chine pèse sur l'économie mondiale. Rien ne semble pouvoir le faire céder quand à sa façon très particulière de faire respecter les droits de l'homme, qui provoque l'indignation internationale.
Le 25 décembre, le plus connu des dissidents chinois, Lu Xiaobo, a été condamné à onze ans de prison pour avoir rédigé une charte appelant à une transition démocratique pacifique et publié des textes critiques sur Internet. Onze ans de prison pour avoir eu le malheur d'être un écrivain, une peine des plus lourdes pour un crime de rédaction.
Les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) ont vertement réagi à ce verdict, demandant à plusieurs reprises à Pékin de relâcher ce dissident de 53 ans. Les diplomates étrangers qui ont tenté de se rendre au tribunal où la sentence allait être prononcée, samedi 26 décembre, n'ont pas été autorisés à assister au procès. On leur a signifié à l'entrée qu'il "n'y avait plus de place pour s'asseoir".
Mardi 29 décembre, un autre homme de 53 ans, britannique celui-là, a subi de manière plus définitive encore la violence de la justice chinoise. Accusé de trafic d'héroïne, Akmal Shaikh a été exécuté par injection sans que les appels à la clémence aient été entendus par le gouvernement de la République populaire. Les interventions du premier ministre britannique Gordon Brown et du Foreign Office n'y ont rien fait. La Cour suprême de Chine avait validé mardi la condamnation quelques heures plus tôt.
Triple génuflexion
Une décision qui soulève d'autant plus l'indignation que M. Shaikh, si l'on en croit ses proches, pourrait bien être mentalement dérangé au point de ne pas être responsable de ses actes. La justice chinoise a refusé jusqu'au bout de faire subir au condamné un examen médical qui aurait pu confirmer - ou infirmer - les dires de sa famille. Elle aurait permis au moins de lever l'ambiguïté. Là non plus, les pressions exercées n'auront servi à rien.
Le contexte international très particulier de 2009 - l'année où le "dragon chinois" aura pour de bon redressé la tête après la grande fête des Olympiades de 2008 - et l'importance accrue de son rôle durant la crise financière mondiale augurent mal de la possibilité pour la communauté internationale de convaincre Pékin de lâcher du lest sur la question des droits de l'homme.

Des grands pays de la planète, elle est sans doute le régime le plus dur à réprimer ses dissidents, ses minorités ethniques (Tibétains, Ouïgours), et à imposer partout et sur chacun de ses citoyens la dure loi d'un parti unique dont la seule obsession est de se survivre à lui-même.
A l'étranger, le régime de Pékin ne se soucie guère de la nature des gouvernements avec lesquels il collabore, n'hésitant pas à financer les dictateurs les moins recommandables au nom de ses intérêts économiques et de son besoin de matières premières.
Des Etats-Unis à l'Europe, l'extrême déférence observée par les dirigeants avec la Chine fait penser à la triple génuflexion jadis obligatoire devant les empereurs qu'à un comportement d'égal à égal face à une grande puissance émergente désireuse de reprendre sa place dans le cercle des nations. Mais, en décidant de réprimer et d'exécuter comme elle vient de le faire ces derniers jours, la Chine n'aura fait qu'entériner ce qu'elle ne supporte pas qu'on lui dise : elle est un régime despotique de plus en plus sûr de lui et dominateur.

DES EXÉCUTIONS EN HAUSSE
Selon Amnesty International, sur les 2 400 exécutions de condamnés à mort en 2008 dans le monde, 1 700 auraient eu lieu en Chine. Des experts estiment que le chiffre réel est plus élevé.
Selon l'association des droits de l'homme Diu Hua, qui a un représentant à Hongkong, 5 000 condamnés à mort pourraient être exécutés en Chine cette année. Il y en aurait eu jusqu'à
10 000 dans les années 1990. Mais le manque de transparence du système ne permet pas d'aller au-delà de ces approximations.
Généralement, les exécutions se font par une balle dans la nuque, mais la mort par injection est de plus en plus appliquée : 68 crimes sont sur la liste des crimes punis de la peine de mort dont le trafic de drogue et la corruption.
Source: lemonde.fr, 29 décembre 2009

La Chine exécute Akmal Shaikh, sujet britannique

La Chine a exécuté le ressortissant britannique Akmal Shaikh (photo), 53 ans, condamné à mort pour trafic de drogue et présenté comme malade mental par sa famille, malgré d'ultimes appels à la clémence. Le Premier ministre britannique Gordon Brown, qui a révélé l'information, s'est dit «scandalisé» dans un communiqué.
«Je condamne l'exécution d'Akmal Shaikh dans les termes les plus fermes, et suis scandalisé et déçu que nos demandes persistantes de clémence n'aient pas été exaucées», a-t-il déclaré. La famille du condamné a fait part de «son chagrin» face au refus chinois de faire preuve de clémence.
La Chine n'a pour l'heure pas annoncé officiellement que l'exécution avait eu lieu. Pékin avait en revanche fait savoir mardi matin que la Cour suprême chinoise avait approuvé la condamnation à mort du Britannique, un avis qui précède généralement de peu l'exécution elle-même.
Premier ressortissant européen exécuté depuis 50 ans en Chine
Shaikh, père de trois enfants, est le premier ressortissant européen exécuté en Chine depuis 50 ans, selon Reprieve, une ONG d'aide juridique basée à Londres. Gordon Brown s'est dit «particulièrement préoccupé par le fait qu'aucune évaluation de la santé mentale (du condamné) n'ait été menée», avant de présenter ses «condoléances» aux parents et amis d'Akmal Shaikh qui affirmaient que ce dernier souffrait de troubles bipolaires.
Ce Londonien avait été arrêté en septembre 2007, à Urumqi, capitale du Xinjiang (nord-ouest), en possession de quatre kilos d'héroïne. Sa famille assure que des criminels ont profité de sa vulnérabilité psychologique pour lui faire transporter de la drogue. Il avait été condamné en décembre 2008 et son ultime appel avait été rejeté en début d'année par la Cour suprême.
Lundi, la Grande-Bretagne avait lancé un ultime appel à la clémence aux autorités chinoises, leur demandant d'empêcher l'exécution du Britannique. La Cour suprême chinoise a de son côté estimé mardi que «les éléments fournis par la partie britannique n'ont pas suffi à prouver qu'Akmal (Shaikh) souffre de maladie mentale», dans son avis, cité par le gouvernement chinois sur son site Internet.
Environ 1700 exécutions par an
Reprieve avait indiqué disposer de preuves médicales que Shaikh souffrait de délires. Il s'était rendu en Chine pour enregistrer un disque censé instaurer la paix dans le monde.
Selon l'ONG Amnesty International, la Chine procède chaque année à plus d'exécutions que l'ensemble des autres pays du monde, mais leur nombre exact reste un secret d'Etat. Amnesty estime le nombre d'exécutions en Chine en 2008 à 1.700.
Pékin s'est déjà attiré les foudres de nombreux pays occidentaux après la condamnation vendredi à 11 ans de prison pour «subversion du pouvoir de l'Etat» d'un dissident auteur d'un texte réclamant une Chine démocratique.
Source: AFP, 29 décembre 2009

jeudi 10 décembre 2009

Enseigner l’abolition à Taïwan

Publié par Thomas Hubert le 9/12/2009

Tsou Tzung Han est un enseignant taïwanais qui a participé activement aux activités pédagogiques organisées lors de la Journée mondiale contre la peine de mort. Dans le texte ci-dessous, il rend compte du travail accompli et fait part de sa confiance dans l’éducation pour parvenir à l’abolition.

"L’éducation à l’abolition est encore soumise à controverse à Taïwan. Selon les sondages, environ 72% de la population s’opposent à l’abolition de la peine de mort.

Paradoxalement, parmi eux, moins de la moitié croit que la peine capitale a un effet dissuasif sur les crimes les plus graves. De plus, et c’est intéressant, lorsqu’on leur demande quelle serait leur opinion si les peines de prison étaient allongées ou les conditions de libération anticipée restreintes, 56% des Taïwanais acceptent que la peine de mort pourrait être abolie.

Pour un défenseur des droits de l’homme, aujourd’hui professeur dans le secondaire, je pense réellement que l’insuffisance de l’école et du système éducatif en général sur ce sujet conduisent les gens à soutenir aveuglément la peine de mort.

Les gens ne connaissent pas la peine de mort

A Taiwan, les gens ne connaissent pas la nature cruelle de la peine de mort, ni les ressources qu’elle coûte à la société. Du moins pas assez. Le manque de supports pédagogiques en est la principale raison.J’ai donc été enchanté d’apprendre que la Coalition mondiale publiait un guide pédagogique pour la Journée mondiale contre la peine de mort. Sans hésitation, j’ai accepté de participer à sa traduction, en espérant le diffuser aussi largement que possible.

Cependant, en traduisant le guide, je me suis demandé si un ensemble de sujets aussi complexes abordés de façon si brève pouvait être utilisé en classe. Heureusement, l’Alliance taïwanaise pour mettre fin à la peine de mort (TAEDP) avait prévu un atelier de trois jours pour adapter le guide à la réalité des processus éducatifs taïwanais.

L’atelier a commencé par l’intervention d’experts de différents domaines, notamment un avocat, un juge, deux représentants religieux (un chrétien et un bouddhiste) et un écrivain. Ils ont partagé leur expérience vécue sur le sujet lors de la première journée. Ils ont vraiment élargi l’horizon des participants et nous ont aidé à comprendre le contexte et les exemples locaux.

Une semaine plus tard, les participants se sont retrouvés en neuf groupes, chacun devant transformer une activité en plan de cours concret. Avec un autre membre de TAEDP, j’étais chargé du module D1 : Méthodes d’exécution. Nous avons partagé notre plan de cours lors de l’atelier et reçu de nombreux commentaires des experts. Nous avons ensuite remis la version finale destinée à être publiée dans le guide en chinois.

Les élèves étaient choqués

Après l’atelier, j’ai préparé deux cours pour mes élèves de quatrième à partir des plans sur lesquels j’avais travaillé.

Le cours a commencé par une introduction dans laquelle j’exposais certains faits sur la peine de mort dans le monde et à Taïwan. Par exemple, j’ai évoqué le nombre de pays qui ont aboli la peine capitale et le moratoire en place à Taïwan depuis quatre ans.

Ensuite, nous avons travaillés par deux sur les documents relatifs aux méthodes d’exécution. Tous les étudiants ont été choqués de voir les méthodes hautement cruelles utilisées de par le monde, dans le passé comme aujourd’hui. Ils ont également pris conscience de l’importance de la dignité humaine et du droit à ne pas être torturé.

Pour le faire comprendre le problème plus en profondeur, je leur ai montré un extrait de journal télévisé concernant l’affaire Tan Ing Shan, un jeune aborigène condamné à mort pour avoir assassiné son employeur qui le faisait travailler plus de 17 heures par jour. Je voulais les faire réfléchir sur les liens entre peine de mort et discrimination.

Nous avons également regardé des extraits du film The Green Mile de Frank Darabont et nous avons terminé le cours par un débat sur le film le recueil des réactions par écrit. Presque tous les élèves ont affirmé avoir appris beaucoup et voudraient en savoir plus sur ce sujet.

Bien qu’ils restent incertains quant à l’abolition de la peine de mort, ils ont tous reconnu la complexité de chaque crime et la cruauté de la peine capitale.

L’éducation pour parvenir à l’abolition

D’après mon expérience, je crois vraiment que les Taïwanais ne seront pas prêts à accepter vraiment un monde sans peine de mort tant qu’ils en sauront aussi peu sur le sujet.

Alors que de nombreuses organisations de défense des droits de l’Homme font pression pour un changement de système imposé par le haut, je préfère faire campagne pour la nécessaire abolition de la peine de mort par l’éducation.

Maintenant que mes élèves ont commencé à réfléchir à la question, j’attends avec impatience la publication du guide pédagogique en chinois pour poursuivre le débat. J’espère qu’ils seront un jour capables de se lever pour cette cause et de se battre pour un Taïwan sans peine de mort."

mardi 24 novembre 2009

Chine : deux exécutions dans le scandale du lait contaminé

Zhang Yujun et Geng Jinping avaient été condamnés à mort pour leur rôle dans cette affaire qui s'était soldée par le décès d'au moins six bébés et l'intoxication de quelque 300.000 autres enfants l'an dernier.

Deux personnes ont été exécutées, mardi 24 novembre 2009, pour leur implication dans le scandale du lait contaminé à la mélamine, a annoncé l'agence Chine Nouvelle. Zhang Yujun et Geng Jinping ont été exécutés dans un lieu non précisé après avoir été condamnés à la peine de mort par un tribunal de Shijiazhuang, capitale du Hebei (nord), en janvier, dans le cadre de cette affaire mise au jour en septembre 2008 qui avait écorné davantage l'image des produits chinois dans le monde.

Au total, 22 entreprises avaient mis sur le marché des produits frelatés avec de la mélamine, substance destinée aux colles, aux résines ou aux engrais qui simule, lors des tests de contrôle, un apport en protéines. Cette manoeuvre permettait, en "mouillant" le lait, d'augmenter les volumes, donc les profits.

C'est la mélamine qui a provoqué chez les nourrissons et jeunes enfants de graves problèmes rénaux, souvent des calculs.

Six décès, 300.000 malades

Six décès avaient été enregistrés en Chine tandis que quelque 300.000 enfants étaient tombés malades et que le système hospitalier arrivait à saturation dans certaines villes.

Cette affaire avait provoqué une psychose en Chine et au-delà, entraînant à travers le monde entier des retraits des produits chinois contenant du lait.

Zhang, qui a produit de la poudre contenant de la mélamine et en a écoulé 600 tonnes, avait été condamné à mort pour avoir "mis en danger la sécurité publique" entre juillet et août 2008.

Geng avait été accusé d'avoir vendu plus de 900 tonnes de lait à la mélamine, entre octobre et août 2008, au groupe Sanlu, au coeur du scandale. Ce groupe, ancien fleuron de l'industrie laitière chinoise, a fait faillite depuis.

Lors du procès où 21 accusés avaient été jugés, un troisième homme avait écopé d'une condamnation à mort avec sursis, qui devait probablement être commuée en prison à vie.

Sanlu avait été accusé d'avoir étouffé l'affaire pendant plusieurs mois avant d'avertir les autorités locales, lesquelles, à la veille de l'ouverture des jeux Olympiques de Pékin, ont également tardé à réagir.

Mais aucun politique n'a eu de compte à rendre devant la justice.

Des parents et avocats se sont demandé comment un scandale aussi retentissant impliquant 22 sociétés laitières pouvait se solder par le procès de seulement 21 accusés, qu'ils ont estimés être des boucs émissaires.

Tian Wenhua, l'ancienne patronne de Sanlu, figure emblématique du groupe et ancien cadre du Parti communiste (PCC), avait écopé de la prison à vie.

Elle était la plus haute personnalité jugée dans cette affaire qui avait coûté leur poste au chef du PCC de Shijiazhuang (nord, siège de Sanlu) et au maire de la ville.

Précédée par de nombreux autres scandales alimentaires, l'affaire de la mélamine avait encore davantage écorné la réputation des produits chinois dans le monde.

Source : Nouvelobs.com, 24 novembre 2009

mardi 3 novembre 2009

Chine : le souci d'exécutions "plus propres"

Selon le quotidien chinois "China Daily", les condamnés à mort de la région de Pékin seront bientôt exécutés par injection létale et non plus par arme à feu.

Jusqu'à présent, les condamnés à mort chinois étaient conduits, souvent en groupe, dans un terrain vague ou dans un stade où, après avoir été contraints de s'agenouiller, ils étaient abattus d'une balle de pistolet-mitrailleur dans la nuque (voir photo ci-contre).

Depuis quelques années, cependant, les autorités chinoises ont entrepris de mettre fin à cette pratique stigmatisée par les organisations des droits de l'Homme, des personnalités et certains gouvernements occidentaux.

La Chine s'est donc équipée depuis peu d'ambulances "spécialisées" (voir photo ci-contre), véritables salles d'exécution ambulantes, qui sillonnent le pays pour permettre aux autorités pénitentiaires locales de procéder à des exécutions par injection létale.

La capitale chinoise vient, quant à elle, de se doter d'un centre fixe. La construction d'installations destinées à recevoir des condamnés à mort et à les exécuter par injection létale vient en effet de s'achever à proximité du centre de détention N°1 de Dougezhuang, une ville située dans la proche banlieue pékinoise.

Les premières exécutions par injection létale devraient avoir lieu dès la fin de l'année 2009.

Toujours selon le quotidien chinois, des policiers devraient d'ici peu recevoir une formation leur permettant de pratiquer des injections létales. La supervision de l'exécution et la confirmation du décès du condamné seront assurées par un "personnel médical" formé à cet effet.

Selon M. Hu Yunteng, chef du bureau de recherches de la Cour suprême du Peuple, l'injection létale est considérée comme "plus propre, plus sûre et plus pratique que les exécutions par armes à feu".

Sources : China Daily.cn.com, Agence France Presse, Death Penalty News

Photos : Exécution collective en Chine ; bus aménagé en salle d'exécution mobile.

dimanche 18 octobre 2009

De nouveaux condamnés à mort pour les émeutes au Xinjiang

PEKIN - Un tribunal d'Urumqi, capitale de la province du Xinjiang, a condamné trois personnes à la peine capitale pour des crimes liés aux émeutes qui ont fait près de 200 morts dans la région en juillet, rapporte l'agence Chine nouvelle.

Six premiers suspects inculpés de meurtre avaient déjà été condamnés à mort lundi. Trois autres accusés restent sous la menace de la peine de mort, à laquelle ils ont été condamnés mais avec possibilité de la voir commuée dans les deux ans en réclusion à perpétuité, a précisé l'agence de presse officielle.

Au moins deux des personnes condamnées jeudi sont des membres de l'ethnie Han, majoritaire en Chine. Les autres semblent être des Ouïghours, musulmans et turcophones, à en juger par la consonance de leurs noms.

Le mois dernier, la justice avait annoncé les inculpations de 21 premiers suspects accusés de meurtre, incendie criminel, vol et dégradations lors des émeutes qui ont opposé les Ouïgours aux Han au Xinjiang.

Ces violences ont éclaté le 5 juillet dans cette province de l'extrême ouest de la Chine lors d'une manifestation d'Ouïghours dénonçant la mort de deux des leurs dans des incidents dans le sud du pays. Deux jours plus tard, des Chinois de l'ethnie Han avaient à leur tour agressé des Ouïghours pour se venger.

Selon les autorités, ces violences sans précédent depuis des dizaines d'années au Xinjiang ont fait 197 morts, des Han pour l'essentiel, et plus de 1.600 blessés.

Réagissant à la tenue des procès, un porte-parole du Congrès mondial ouïghour en exil a déploré qu'aucun des membres de l'ethnie ayant comparu n'ait eu droit à une procédure équitable. "Les jugements chinois ne font que rendre la situation encore plus tendue", a-t-il dit dans un communiqué.

Pékin attribue à des éléments séparatistes ouïghours les attaques et émeutes qui se sont produites ces dernières années au Xinjiang. Des militants de la cause ouïghoure et des droits de l'homme estiment que Pékin invoque cette menace de façon exagérée pour justifier un contrôle plus étroit de la région.

Source : Reuters, 15 octobre 2009

mardi 13 octobre 2009

La peine de mort au Japon et le bouddhisme

Le Japon fait partie, avec les Etats-Unis, l’Inde et Taïwan, de ces rares démocraties libérales à appliquer encore aujourd’hui la peine capitale, avec chaque année de nouvelles exécutions. L’écrasante majorité de Japonais favorables à la peine de mort (81% selon un sondage de 2007 réalisé pour le quotidien Asahi) et la confidentialité du débat critique (au détriment du suicide, lui abondamment commenté voire esthétisé) ne doivent pas pour autant naturaliser ce châtiment.

Tout d’abord, la peine de mort n’a rien de consubstantiel au Japon. Si elle semble remonter à l’origine de l’histoire nationale, elle a pourtant été abolie en 724 par l’empereur Shômu, sous l’influence du bouddhisme. Elle le resta pendant trois cent quarante-sept ans, de 810 à 1156, faisant peut-être du Japon la première nation abolitionniste. Elle a refait surface en 1156 à la suite de la rébellion Hogen à Kyoto — rivalités à l’intérieur de la maison impériale et dans celle des régents Fujiwara. La longue tradition de la peine de mort ne saurait donc voiler sa révocabilité : si l’abolition a eu lieu une fois, elle peut de nouveau advenir.

Actuellement, l’article 36 de la Constitution interdit la torture et tout châtiment cruel, mais une sentence de la Cour suprême, en 1948, a reconnu la constitutionnalité de la peine de mort au motif que le mode d’exécution par pendaison ne peut être qualifié de cruel. En théorie, la peine capitale s’applique à dix-huit types de délits, même si dans les faits seuls les meurtres sont ainsi sanctionnés. Un arrêt de la Cour suprême de 1983 l’estime nécessaire lorsque le criminel a plusieurs victimes à son actif — mais ce n’est pas une règle ; en témoigne par exemple la condamnation à mort de l’assassin du maire de Nagasaki tué en mai 2008. Il la justifie également lorsque l’acte est considéré comme particulièrement cruel et ajoute qu’il faut prendre en compte le sentiment de la famille.

Une fois la condamnation prononcée, la décision d’exécuter la sentence dépend d’une seule personne : le ministre de la justice. En effet, la loi exige qu’un ordre d’exécution soit personnellement signé par le ministre de la justice pour chaque condamné à mort. De 1989 à 1993, les exécutions ont été suspendues, ce qui avait laissé augurer d’une prochaine abolition de la peine de mort.

Mais, dès 1993 et l’arrivée du gouvernement Miyazawa Kiichi, les exécutions ont repris. Le ministre de la justice d’alors, M. Gotoda Masaharu, partisan pourtant déclaré de l’abolition, signa immédiatement trois autorisations d’exécution, expliquant qu’il n’avait pas à mettre ses convictions devant son devoir de ministre, qui était de respecter la sentence des tribunaux.

Au fil du temps, la position de l’Etat japonais s’est durcie, de nombreuses condamnations à de la prison à perpétuité étant commuées en peine de mort. Un exemple : alors que Nagayama Norio, condamné pour le meurtre de quatre personnes en différents endroits de l’Archipel entre 1968 et 1969, avait obtenu en appel que sa peine soit commuée en prison à perpétuité en 1981, la Cour suprême acceptait le recours de la partie civile qui contestait la décision, et ainsi la sentence de mort fut à nouveau prononcée en 1990 et finalement exécutée en 1997. Ce cas s’est reproduit en cette même année 1997, où trois condamnés à la perpétuité ont vu leur peine commuée en peine capitale. Pendant quinze mois, en 2005 et 2006, le ministre de la justice, M. Sugiura Seiken, avait bloqué les exécutions, refusant de les signer, par conviction bouddhiste.

Cette religion, présente dans l’Archipel depuis le Ve siècle, tend au droit à la vie, à la compassion et récuse l’esprit de vengeance. D’après son premier précepte, il faut s’abstenir de détruire la vie de tout être. Ainsi, en 1999, la secte bouddhiste Tendaï a lancé un appel en faveur de l’abolition de la peine de mort au profit de l’adoption de l’emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle.

Déjà sous Edo, l’argument de la dissuasion

A entendre ses partisans, la peine de mort serait dissuasive. C’est ainsi que sous Edo, quand la classe guerrière a imposé la paix, la peine de mort fut particulièrement fréquente par peur des soulèvements et d’un retour à l’anarchie. Afin de faire respecter l’ordre, les autorités avaient recours à « l’éclat des supplices », instrumentalisé à des fins d’exemplarité dissuasive. Les condamnés étaient exécutés par crucifixion, décapitation, ou encore immersion dans l’eau bouillante, dans deux lieux à l’extérieur de la ville, prévus à cet effet : au Nord à Asakusa haritsuke-jô (littéralement le lieu de crucifixion d’Asakusa) où, durant deux siècles et demi, on exécuta près de deux cent mille personnes ; au Sud, sur la route du Tokkaïdô, menant vers le Kansai. On y exhibait les têtes des suppliciés afin de rappeler à l’ordre tous ceux qui entraient à Edo, et on jetait leur cadavre dans des fosses communes. Les hinin, astreints à des tâches jugées répugnantes (transport dans des sacs de paille des cadavres des condamnés torturés, escorte des criminels promenés dans les rues avant leur supplice), étaient également chargés des exécutions et montaient la garde près des têtes des décapitées exposées aux passants. D’Asakusa haritsuke-jô, situé à proximité de l’actuelle gare de Minami-Senju, ne reste qu’une statuette de Bodhisavatta décapité, appelé Kubikiri-Jizô (le Jizô à la tête coupée), qu’on avait installée au milieu du XVIIIe siècle afin d’offrir compassion et réconfort aux victimes et à leurs familles. On édifia aussi un petit temple (Ekô-in) reconstruit depuis, où étaient inhumés les restes des criminels : dans son cimetière, les stèles portent le nom de condamnés à mort célèbres de la fin du shogunat (Lire Philippe Pons, Misère et crime au Japon, Gallimard, Paris 1999).

Aujourd’hui, au contraire, le secret est généralisé : les condamnés sont cachés, ils ne peuvent communiquer avec leurs proches, les médias sont avertis après l’exécution, les documents inaccessibles aux journalistes et universitaires, personne ne peut assister à l’exécution. Celle-ci doit, selon la loi, avoir lieu dans les six semaines qui suivent la condamnation. Mais en fait, parmi les condamnés qui attendent une exécution pouvant intervenir à tout moment, certains passent de longues années dans les couloirs de la mort, comme Hirasawa, qui au bout de trente ans est décédé de mort naturelle, ou Menda Sakae, qui après trente-deux d’attente a pu être innocenté en 1983 et recouvrer sa liberté. Il milite désormais pour l’éradication de la peine de mort.

Les condamnés, placés en isolement absolu, vivant dans la crainte quotidienne de leur exécution, sont pendus dans le plus grand secret. Leur famille n’est informée qu’après la mise à disponibilité de la dépouille de leur proche. Une situation régulièrement dénoncée par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et par le Conseil de l’Europe, qui envisage de retirer au Japon son statut d’observateur.

Cent deux prisonniers vivent actuellement dans les couloirs de la mort. Aucune révision de procès de condamné à mort n’a été acceptée depuis 1986, et aucun condamné n’a été gracié depuis 1975. La FIDH rappelle que, durant l’année 2008, treize exécutions ont eu lieu, un chiffre jamais atteint depuis 1975, où dix-sept pendaisons avaient eu lieu. Cela valut au ministre de la justice Hatoyama Kunio (frère de l’actuel premier ministre) le surnom de shinigami, « dieu de la mort » japonais dont la représentation ressemble à celle de la « faucheuse » des cultures occidentales. « Ces exécutions ont eu lieu dans une période de vide politique » , estime le secrétaire général d’Amnesty International pour le Japon, M. Teranaka Makoto. Lorsqu’on demande, aujourd’hui, à M. Hatoyama Kunio s’il ne faudra pas un jour supprimer la peine de mort, il répond clairement : « Absolument pas, c’est la seule chose qui rende encore le PLD populaire ! »

La plus grande opacité a donc remplacé l’obscénité de la monstration, permettant d’éviter les protestations, de rendre impossible le débat tout en conservant les visées dissuasives. Cette dissuasion est-elle effective ? Difficile à dire, les statistiques se contredisent, même s’il est certain que les crimes « anomiques », comme le massacre d’Akihabara en juillet 2008 (une camionnette avait foncé sur la foule, puis le chauffeur avait poignardé dix-huit personnes dans la rue), sont en nette recrudescence. L’augmentation des condamnations à mort ne semble en rien réduire les crimes, ce que les pays abolitionnistes savent depuis longtemps.

Quelles sont les chances de succès des abolitionnistes, sectes bouddhistes, catholiques et protestants, rejoints ces dernières années par des parlementaires qui ont déposé une proposition de moratoire aux exécutions ? Le quotidien conservateur Yomiuri Shimbun, qui avait eu l’audace de publier de mars à octobre 2008 une série d’articles sur le sujet en prenant, une fois n’est pas coutume, le parti des condamnés, avait dû, sous la contrainte d’un lectorat furieux, republier une nouvelle série d’articles clairement favorables à la peine capitale.

Le gouvernement s’appuie sur l’idée que la sécurité de tous prime sur l’individu au risque de condamner des innocents. Le manque de débat pour une peine considérée comme allant de soi, les questions biaisées posées lors des sondages afin d’obtenir les réponses souhaitées, vont dans le même sens. De plus, le Japon s’abrite, comme à l’accoutumée, derrière la position de l’allié américain, une position selon laquelle, dans une démocratie, le système judiciaire — avec son corollaire, la punition — doit refléter le sentiment de la majorité de la population. Il reste qu’aux Etats-Unis la condamnation à mort n’est pas soumise au secret et que les abolitionnistes se font entendre.

Mais, devant une telle résistance au débat, d’autres raisons doivent être évoquées. Le tragique de l’exécution capitale, qui a inspiré tant d’écrivains occidentaux (pensons à Victor Hugo, à Fedor Dostoïevski, à Robert Musil), trouble-t-il le Japon ? Peut-être que, dans une civilisation marquée par le bouddhisme, la mort n’apparaît pas comme une fin tragique, mais comme un passage normal, l’individu n’étant qu’un maillon dans la chaîne des vivants. Le « moi » n’est dans cette tradition qu’une illusion, et le sujet un leurre. Le peu de protestations s’expliquerait aussi par le confucianisme et son souci de l’ordre filial et social, affaiblissant tout esprit de revendication, de révolte, au profit de l’obéissance. Fondée sur l’immanence et non la transcendance, la pensée japonaise n’a jamais problématisé la question de la vérité et, comme le note justement Maurice Pinguet (La Mort volontaire au Japon, Gallimard, Paris, 1984), a fait « l’économie de la métaphysique », choisissant, à la place de l’idée transcendantale chère à nos sociétés occidentales, un présentéisme qui évite de se poser bien des questions.

Les principes immuables, les vérités ultimes qui servent de ligne directrice à la vie, n’ont jamais affecté le Japon. On agit suivant la situation du moment plutôt qu’en fonction de principes généraux. Comme l’écrit le musicologue Tamba Akira : « Une des caractéristiques de la civilisation japonaise réside dans la coexistence de plusieurs points de vue, de plusieurs espaces géographiques autonomes, de plusieurs couches historiques, sans recherche d’unification forcée. » Quelles en sont les raisons ? D’après Tamba, ce n’est pas simplement un opportunisme pragmatique, mais une conséquence du primat de la notion de devenir, avec comme corollaire le Temps comme maître absolu, devant tout volontarisme. Et Tamba de conclure : « Dans cette perspective du devenir, l’individu est moins valorisé que la force vitale attachée au dynamisme temporel [nous soulignons] dont il doit respecter le cours » (Lire Tamba Akira, Musiques traditionnelles du Japon, des origines au XVIe siècle, Paris, Cité de la Musique/Actes Sud, 1995.)

La thèse de Tamba nous permet ainsi de saisir dans un même mouvement la répugnance face au débat théorique et l’importance minimisée de l’individu, opposé à une « force vitale » qui l’emporterait. Ensuite, l’effet de groupe et le suivisme redoublent cette effacement de l’individu qui se fond dans la masse, au contraire des sociétés occidentales, pour qui l’individu est tout et sa disparition insupportable.

De récentes raisons d’espérer ?

Pourtant, le camp des abolitionnistes de la peine de mort reçoit un soutien inattendu : celui du Parti démocratique du Japon (PDJ). En effet, pour la première fois depuis la fin de la guerre, les conservateurs du PLD (Parti libéral-démocrate), qui ont avec une constance sans faille (à part une toute petite parenthèse en 1993-1994) exercé une domination sans partage sur la vie politique du pays, viennent d’être renversés par le PDJ de centre gauche (lire Odaira Mamihei, « Pourquoi le Japon a basculé », Le Monde diplomatique, octobre 2009, en vente actuellement dans les kiosques). Le nouveau premier ministre, M. Hatoyama Yukio, a nommé à la tête de la justice une femme, Mme Chiba Keiko , avocate de 61 ans, proche d’Amnesty International, et farouchement opposée au châtiment suprême, comme l’est d’ailleurs un autre ministre nouvellement nommé, celui des services financiers et postaux, M. Kamei Shizuka. Mme Chiba Keiko souhaite proposer un moratoire (ce qui en soit est déjà une révolution), mais elle veut également ouvrir un débat. Cette nomination revêt une signification d’autant plus importante que la ministre de la justice représente l’autorité ultime qui ratifie, en dernier recours, l’ordre d’exécution des sentences capitales. On pourrait donc attendre d’elle qu’elle ne signe pas facilement les ordres d’exécution des cent deux condamnés qui attendent dans les couloirs de la mort (rejoignant en cela d’autres ministres évoqués précédemment), et peut-être espérer une temporaire suspension des exécutions, même si elle ne s’est pas prononcée explicitement sur le sujet.

Si une majorité écrasante de Japonais ont pour la première fois voté pour une alternance au pouvoir, rien dans le programme du nouveau premier ministre ne faisait allusion à une abolition ou même à un tel débat – il ne s’est d’ailleurs pas exprimé sur le sujet, puisque personne ne le lui demandait. Il est fort à parier que la ministre de la justice sera isolée dans un gouvernement qui a été élu sur d’autres critères et qui, avec une opinion publique favorable à 70 %, ne cherchera pas à se mettre en difficulté. Mme Chiba devra probablement mettre en sourdine ses convictions si tant est qu’on ne le lui ait pas déjà fait comprendre au moment de sa nomination.

L’exemple de la Corée du Sud, qui observe un moratoire sur cette question depuis 1997, ne sera pas d’une aide précieuse aux abolitionnistes, compte tenu des rapports difficiles avec ce pays. Restent les Etats-Unis, démocratie à peine de mort, dont l’opinion compte sans doute le plus au Japon. Pour l’heure, ils permettent aux Japonais de se dédouaner. Mais, si une majorité d’Etats américains se décidaient en faveur de l’abrogation (ce qui n’est pas impossible), cela pourrait enclencher un débat pour l’instant encore largement tabou.

Christian Kessler est historien et professeur à l’Athénée Français de Tokyo, et aux universités Musashi et Aoyama Gakuin (Tokyo), auteur notamment du Petit Dictionnaire du Japon, Desclée de Brouwer, Paris, 1996.

Julien Bielka est professeur à l’Athénée Français de Tokyo.

Source: Planète Asie, Les blogs du Diplo, Le Monde diplomatique,12 octobre 2009

Six émeutiers écopent de la peine de mort au Xinjiang

"Six personnes ont été condamnées à mort, le 12 octobre, pour leur participation aux émeutes sanglantes d'Urumqi, la capitale de la province autonome du Xinjiang (ouest)", relate le quotidien pékinois.

En juillet dernier, des heurts entre la minorité han (dominante dans le reste de la Chine) et la majorité ouïgoure avaient fait, selon un bilan officiel, 197 morts. Le journal ne précise pas l'ethnie des condamnés, mais leur nom laisse à penser qu'il s'agit uniquement d'Ouïgours. Un septième accusé a écopé de la perpétuité.

Source: Courrier International, 13 octobre 2009

vendredi 9 octobre 2009

La société japonaise confrontée à la question de la peine de mort

Les opposants à la peine de mort au Japon abordent avec espoir la Journée mondiale contre la peine capitale, le 10 octobre. La raison : l'arrivée au pouvoir du Parti démocrate du Japon (PDJ) au terme des élections législatives du 30 août. Le nouveau gouvernement réunit plusieurs personnalités connues pour leur engagement contre la peine capitale, à commencer par Keiko Chiba, la nouvelle ministre de la justice.
Dès son entrée en fonction le 16 septembre, Mme Chiba a émis le souhait de l'ouverture d'un débat public sur la peine de mort. Elle pourrait ainsi décider d'un moratoire sur les exécutions alors que l'Archipel en a effectué sept depuis le début de l'année 2009.
La peine capitale a déjà été discutée au Japon. A la fin du XIXe siècle, des gardiens de prison y voyaient une contradiction avec leur mission de réinsertion des prisonniers. Dans un pays épris de modernité, certains la considéraient même comme un vestige du passé. Des moratoires ont été imposés, entre 1989 et 1993 notamment.
Mais sa suppression n'a jamais été décidée. En 2007, Tokyo avait réagi à l'adoption d'une résolution onusienne appelant à un moratoire en arguant qu'"il n'existe pas de consensus international en faveur de l'abolition". Et la peine capitale reste soutenue par plus de 80 % des Japonais. "Beaucoup pensent encore qu'elle permet de réduire le nombre de crimes", regrette l'auteur de documentaires Tatsuya Mori dans un livre-débat, Le Japon, un pays où il y a la peine de mort.
"Envisager l'abolition reste malheureusement prématuré, confirme Makoto Teranaka, secrétaire général de la branche japonaise d'Amnesty International. Notamment parce que les Japonais connaissent mal le déroulement d'une exécution capitale."
De fait, l'une des principales critiques contre le système japonais est son opacité. Les condamnés restent confinés dans un des sept centres de détention spéciaux du pays. Enfermés dans des cellules individuelles de 6 mètres carrés sous l'oeil d'une caméra activée en permanence et obligés de rester assis, ils attendent leur exécution - par pendaison, en vertu d'un décret de 1878. La lumière reste allumée la nuit pour empêcher les suicides. Seuls les membres de la famille ou les avocats peuvent leur rendre visite.
"Vengeance"
La date de l'exécution, décidée par le ministre de la justice, est inconnue. "Ils ne l'apprennent que quelques heures avant, déplore M. Teranaka. Chaque jour peut-être le dernier. C'est très cruel." C'est seulement la sentence appliquée que l'information est transmise aux familles. Le public n'est pas informé du nom des personnes pendues.
Tout cela, à l'instar des mauvais traitements signalés et les problèmes psychologiques causés par les conditions de détention, reste peu connu des Japonais, par ailleurs abreuvés d'informations sensationnelles sur les faits divers, de plus en plus présents dans les médias. "Dans un unique souci de soigner leur audience, les médias font appel à l'émotion, constate Tatsuya Mori. Ils exacerbent l'opposition victimes-criminels, facile à comprendre."
Les interventions des proches de victimes qui pardonneraient ou s'opposeraient à l'exécution capitale sont peu reprises, car elles seraient "difficiles à comprendre" et "loin du cliché de la famille de victimes". "La tendance actuelle entretient l'idée d'un pays non sûr", ajoute M. Teranaka.
"Les gens perçoivent la peine de mort comme une vengeance susceptible de les consoler de la perte d'un être cher, déplore Takeko Mukai, pasteure qui a adopté un condamné à mort. Mais ils se trompent."
Désireuse de lancer le débat, la nouvelle ministre de la justice souhaite divulguer un maximum d'informations sur la peine capitale. La tâche s'annonce délicate en raison des réticences de son administration. En 2005 et 2006, l'avocat bouddhiste Seiken Sugiura, chargé de la Justice dans le gouvernement de Junichiro Koizumi, avait subi de fortes pressions en interne pour revenir sur sa promesse de ne signer aucun ordre d'exécution.
Philippe Mesmer

jeudi 8 octobre 2009

Le 10 octobre, la journée mondiale et européenne en faveur de l’abolition de la peine de mort




Le 10 octobre a été instituée en 2003 « Journée mondiale contre la peine de mort » par l’organisation non gouvernementale « Ensemble contre la peine de mort » (ECPM) ou « World Coalition Against the Death Penalty » (WCADP). En 2007, cette journée a également été officiellement reconnue comme la « Journée européenne contre la peine de mort » par le Conseil de l’Europe et les vingt-sept Etats membres de l’Union européenne.


Au cours des sept dernières années, cette journée est célébrée à travers le monde par plusieurs dizaines de pays dans le cadre de plusieurs centaines d’actions en faveur de l’abolition. En 2005, une pétition signée par 42.000 personnes et adressée à la présidence de l’OUA invitait les chefs d’Etats africains à abolir la peine de mort. En 2006, cinq pétitions ayant réuni 145.000 signatures ont circulé en signe de soutien à cinq condamnés à mort emblématiques d’erreurs judiciaires ou de jugements inéquitables. En 2007, à la demande d’une soixantaine de pays dont les 27 de l’UE, une résolution a été adoptée à l’Assemblée générale des Nations unies pour appeler à un moratoire mondial sur l’exécution de la peine de mort. En 2008, un appel a notamment été lancé pour mettre fin aux exécutions en Asie.

Cette année, pour la 7ème édition de la « Journée mondiale contre la peine de mort » et la 3ème de la « Journée européenne », parce que les progrès futurs du mouvement d’abolition dépendent des jeunes qui représentent les prochaines générations, ECPM (ou WCADP) a lancé une initiative consistant à éduquer les jeunes de 14 à 18 ans et à les sensibiliser aux arguments plaidant contre la peine de mort.

Cette journée se traduira à Taiwan par une série d’ateliers consacrés à une trentaine d’enseignants de lycées et d’universités, organisés par Taiwan Alliance against the death penalty (TAEDP), sur la base d’un manuel élaboré par ECPM. Ils commenceront le 10 octobre et dureront jusqu’au 10 décembre 2009.
Pour en savoir plus sur la « Journée mondiale et européenne contre la peine de mort » de 2009 : www.abolition.fr/ecpm/index.php ou www.worldcoalition.org

Pour en savoir plus sur les ateliers organisés à Taiwan à l’occasion de cette journée : www.taedp.org.tw

Autres sites sur lesquels vous trouverez des informations sur l’abolition :
- Haut commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies : www.ohchr.org
- Amnesty international : www.amnesty.org/fr/death-penalty

Autres documents sur l’abolition de la peine de mort :

- Festival du film contre la peine de mort