Odell Barnes Jr.

L'association Lutte Pour la Justice (LPJ) a été créée en 1999 pour soutenir Odell Barnes Jr., jeune afro-américain condamné à mort en 1991 à Huntsville (Texas) pour un crime qu'il n'avait pas commis et exécuté le 1er mars 2000 à l'aube de ses 32 ans. En sa mémoire et à sa demande, l'association se consacre à la lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et en particulier au Texas. (voir article "Livre "La machine à tuer" de Colette Berthès en libre accès" ) : https://www.lagbd.org/images/5/50/MATlivre.pdf

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mardi 25 juin 2013

La belle indignée



La belle indignée
La photo montre une dame âgée devant la prison de Huntsville. La dame porte une pancarte. «Klaxonnez pour mettre fin aux exécutions». C'était le 12 juin dernier. Le jour où le Texas a exécuté son 499e condamné depuis le rétablissement de la peine de mort. Quelques coups de klaxon n'y ont rien changé.
Les militantes anti-peine de mort Joanne Gavin (à... (PHOTO NINON PEDNAULT, LA PRESSE) - image 2.0
J'ai tout de suite reconnu la manifestante sur la photo qui accompagne cet article du Houston Chronicle soulignant ce jubilé funeste. C'est Joanne Gavin, belle indignée de 80 ans que j'ai eu la chance de rencontrer au cours d'un reportage au Texas l'hiver dernier. De ces personnages qu'on n'oublie pas une fois le calepin refermé.

Je l'ai reconnue à sa posture et à son entêtement. Le dos si courbé qu'on dirait qu'elle porte sur ses épaules le poids de chacune de ces 499 exécutions texanes. Presque pliée en deux, mais néanmoins debout, fidèle à ses convictions. «La peine de mort, cela n'a rien à voir avec la justice. Cela a tout à voir avec la vengeance. C'est revenir à la barbarie», répétait-elle.
Dans le top 5 des pays bourreaux, les États-Unis sont en bien mauvaise compagnie. En cinquième place, avec 43 exécutions en 2012, ils côtoient la Chine, l'Iran, l'Irak et l'Arabie saoudite.
Les militantes anti-peine de mort Joanne Gavin (à gauche) et Jean Dember photographiées le 29 janvier dernier, jour où la 500e exécution prévueau Texas a été reportée.
Pour Joanne Gavin, depuis plus de 30 ans, chaque jour d'exécution à Huntsville fut un jour de manifestation. Elle était là ce soir de novembre 1982 où le Texas a exécuté son premier condamné par injection létale. À l'époque, il n'était pas rare que des étudiants du collège voisin injurient les manifestants anti-peine de mort. «Ils s'arrêtaient et criaient: ''Faites le frire!'' »
Dans cet État qui se vante d'être le champion des exécutions aux États-Unis, manifester contre la peine capitale prend un certain courage et une incroyable détermination. Pour Joanne Gavin, pionnière du mouvement abolitionniste texan, cela semble aller de soi. Son engagement remonte à l'époque de la lutte pour les droits civiques. Il en est le prolongement logique.
Le Texas est un État clé dans la lutte contre la peine de mort, m'a expliqué Joanne. De la même façon que le Mississippi était un État clé dans la lutte contre la ségrégation. «Quand je militais dans le mouvement des droits civiques, on se disait: «Si on peut tailler une brèche dans le Mississippi, on pourra tailler une brèche partout ailleurs dans le pays.»»
C'est la même chose dans la lutte contre la peine de mort. Si on peut tailler une brèche au Texas... À lui seul en 2012, le Texas fut responsable de plus du tiers des mises à mort au pays. Si cet État était un pays, il se retrouverait au huitième rang mondial des pays qui pratiquent la peine de mort, entre le Soudan et l'Afghanistan, selon un récent rapport d'Amnistie internationale.
Ce n'est pas un hasard si la plupart des États où la peine capitale est pratiquée sont des États du Sud. La peine de mort est un héritage de l'esclavage et de la ségrégation. En fait, 85% des exécutions aux États-Unis sont le propre d'anciens États de la confédération, m'a rappelé l'expert en droits de la personne Rick Halperin. «Qui sont les gens qui sont tués? Ce sont des gens pauvres et des gens de couleur pour la plupart. Qui leur donne une sentence de mort? Des jurys blancs, des procureurs blancs, des juges blancs. C'est dégoûtant.»
Ainsi, pour un même crime, les accusés sont traités différemment, selon qu'ils soient blancs ou de minorités, riches ou pauvres. Si la victime est blanche, le risque pour l'accusé de se retrouver dans le couloir de la mort est plus élevé.
 «Nous n'avons plus d'esclavage légal en Amérique, dit Rick Halperin. Nous n'avons pas de ségrégation légale. Nous ne sommes plus supposés... Mais nous continuons cet héritage raciste en tuant des gens.»

Joanne Gavin va encore plus loin. «L'esclavage n'a jamais été aboli dans ce pays. Il est simplement passé du privé au public.» Un fil honteux lie l'arbre du pendu et la chambre d'exécution, dit-elle. À ses yeux, la peine de mort n'est rien d'autre que du «lynchage légal».

La 500e exécution prévue mercredi est celle de Kimberly McCarthy, une femme noire de 52 ans condamnée à la suite du meurtre d'une femme blanche commis en 1997. Son exécution était d'abord prévue le 29 janvier, le jour où la photo qui accompagne cette chronique a été prise. En après-midi, Joanne et d'autres militants du Texas Death Penalty Abolition Movement s'apprêtaient à prendre la route pour Huntsville quand la nouvelle est tombée: Kimberly McCarthy avait obtenu in extremis un report de son exécution. Une requête pour tenter de lui sauver la vie avait été déposée par ses avocats. Leur pari: prouver que la condamnée à mort avait été victime de discrimination raciale au moment de la sélection du jury. Un jury quasi exclusivement composé de Blancs dans un État où la culture de la ségrégation n'a pas disparu.
Si les appels de dernière minute échouent, l'exécution de Kimberly McCarthy, mercredi, sera la 500e de l'ère moderne au Texas. Une ère moderne qui, comme le dit Joanne, a encore des relents de barbarie.

lundi 31 mai 2010

Huntsville, Texas, capitale de la peine de mort aux Etats Unis

Plus de 550 condamnés à mort, enfermés dans la prison de Livingston, Texas, attendent d'être exécutés. Ils le seront à Huntsville, paisible bourgade du sud de l'état, très fière de ses 8 prisons et de sa chambre d'exécution.
Hunstville, fondée en 1837, est le type même de la petite ville américaine de province où règnent l'ordre, le calme, la propreté, une ville où il semble ne rien se passer, ce genre de ville que l'on traverse sans s'arrêter car il n'y a rien à y voir ni à y faire! Et pourtant on s'y arrête, on y va même exprès. Et ce n'est pas de ses restaurants fins ni de ses boutiques élégantes, ni de son Université ou de son industrie que la ville tire sa prospérité et sa fierté mais de ses prisons . Huntsville, la ville aux quelques 14 000 détenus, où est installé le Texas Department of Criminal justice, ne vit que par et pour ses huit établissements pénitentiaires dont l'un d'eux, The Walls, au centre, abrite la chambre d'exécution du Texas. Cette prison fut construite en 1849, un an après la création du département Texan de Justice criminelle -TDCJ- c'est là que furent et sont enfermés pour leurs dernières heures puis exécutés tous les condamnés à mort du Texas.

A Huntsville on est fier d'abriter le siège du TDCJ. Il « nourrit » bien: plus de 7000 personnes ont un emploi en relation avec les prisons dans une ville qui compte 35 000 habitants, prisonniers inclus.
Devant The walls -1700 détenus- situé sur la 12° rue, des jardins avec des arbres superbes. Les oiseaux ont des couleurs inconnues chez nous - rouge, bleu soutenu- et de gentils écureuils gris, familiers, gambadent sur les pelouses ombragées soigneusement tondues et s'approchent des gens.
Autour du haut mur de briques rouges qui ceint la prison, des hommes entièrement habillés de blanc s'activent, tondent l'herbe, coupent, arrosent, sarclent... ce sont des prisonniers – le blanc est salissant mais plus facile à repérer en cas d'évasion. Des gardes nonchalants mais attentifs surveillent de loin. La majorité des prisonniers travaille: réparation des bus scolaires, entretien des bâtiments et espaces publics, fabrication d'uniformes, travail agricole pour les prisons etc
« Ils travaillent et aucun d'eux n'est payé pas même un penny » s'est un jour félicité un responsable de la Chambre de Commerce de la vile.
La population de Huntsville comme celle de tout le comté de Walker (dont la ville fait partie) et du Texas est pour la peine de mort à presque 80%. C'est écrit dans la Bible et dans la Constitution. Alors peu importe que le taux de meurtre dans les états sans peine de mort soit largement inférieur ( parfois la moitié) à celui du Texas, peu importe que la police, au niveau national place la peine de mort presque en dernier dans les raisons qui découragent les criminels, peu importe les enquêtes truquées, les innocents condamnés, le coût pour l'Etat: c'est la loi et elle est bonne!

Andrew, six ans de prison pour des « bêtises » a fait des études, passé deux masters en détention. Rencontré en 2000, à sa sortie du Walls, il m'avait expliqué: ici le crime est une source de business. Les politiciens clament qu'ils veulent l 'éliminer mais c'est faux. Le crime fait partie de notre système social et économique. Eliminez seulement 50% des crimes au Texas et le chômage fera un bond. Voyez: d'un côté il y a les différents corps qui vivent sur le crime: Texas Rangers, Marshalls, FBI, juges, employés de tribunaux, avocats, les gardiens de prison, les officiers qui contrôlent les prisonniers en conditionnelle, les services sociaux qui les suivent etc. D'un autre côté les criminels qui se retrouvent en prison, travaillent gratuitement et qui en sortent sans véritable projet de réinsertion puis retournent en tôle! Qui a intérêt à gagner cette soi-disant guerre contre le crime? »
A quelques pas du tribunal, les touristes peuvent se faire peur en visitant le musée de la prison. Old sparky, la vieille chaise électrique en bois, y trône, attirant les visiteurs. Les dames qui s 'occupent du musée sont charmantes, très accueillantes et on peut signer le Livre des Visiteurs, y laisser son commentaire.
Les soirs d'exécution, la rue qui longe The Walls est barrée, gardée par des Texas Rangers, chapeau de cow boy bien d'aplomb, pistolet au ceinturon. Avant et pendant l'exécution il y a les proches du condamnés, quelques opposants une bougie allumée en main – cinq, dix personnes- toujours les mêmes parfois un ou deux européens, des femmes surtout, amies ou correspondantes du condamné. La télévision et les journalistes locaux couvrent rapidement ce non évènement. Les passants ne s'arrêtent même pas.
Parfois quand le condamné est connu, quand il a bénéficié d'une large couverture médiatique, ils sont plus nombreux et les médias aussi. Dans ce cas , en face, à l'autre bout de la rue, les pro peine de mort sont là aussi avec des pancartes très parlantes.
Une grosse pendule au dessus de l'entrée du Walls permet de savoir ce qui se passe exactement à l'intérieur. Les exécutions commencent à six heures, heure locale
Un homme est alors attaché les bras en croix, une aiguille plantée dans chaque bras...si l'officiant a réussi du premier coup à trouver les veines! Il dit ses derniers mots. le poison commence à couler.
Si tout se passe bien, entre 18h20 et 18h30 c'est terminé. Un homme est mort tué par « homicide » comme va noter l'administration sur le compte rendu à « cause de la mort ».

Un crime pour un crime, la justice est rendue, la victime est vengée. Les habitants de Huntsville sont chez eux, en famille, devant la télé, un plateau repas sur les genoux. Aux informations, le crimes de la journée- il y en a tous les jours, parfois plusieurs- Le responsable de l'enquête l'assure au micro, le coupable sera retrouvé et puni.

Colette Berthès