Odell Barnes Jr.

L'association Lutte Pour la Justice (LPJ) a été créée en 1999 pour soutenir Odell Barnes Jr., jeune afro-américain condamné à mort en 1991 à Huntsville (Texas) pour un crime qu'il n'avait pas commis et exécuté le 1er mars 2000 à l'aube de ses 32 ans. En sa mémoire et à sa demande, l'association se consacre à la lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et en particulier au Texas. (voir article "Livre "La machine à tuer" de Colette Berthès en libre accès" ) : https://www.lagbd.org/images/5/50/MATlivre.pdf

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mercredi 13 mars 2019

Etats-Unis : vers un moratoire sur les exécutions des condamnés à mort en Californie



Le gouverneur démocrate, Gavin Newsom, devrait signer un décret en ce sens mercredi. L’Etat compte le plus grand contingent de détenus dans le couloir de la mort du pays. C’est l’Etat qui compte le plus grand nombre de détenus dans le couloir de la mort des Etats-Unis, et pourtant aucune exécution ne s’y est déroulée depuis 2006. La Californie va décréter, à partir du mercredi 13 mars, un moratoire sur les exécutions. « La peine de mort est incompatible avec nos valeurs fondatrices et atteint au plus profond l’idéal que représente le fait d’être californien », devrait faire valoir le gouverneur démocrate Gavin Newsom dans un discours dont des extraits ont été transmis à la presse.


« Tuer autrui de manière intentionnelle, c’est un tort. Et en tant que gouverneur, je n’autoriserai l’exécution d’aucun individu », ajoute cet adversaire de longue date de la peine de mort, qui dirige la Californie depuis janvier. Le gouverneur va ainsi signer un décret mettant fin au protocole d’injection mortelle prévu dans l’Etat et ordonnant la fermeture de la salle des exécutions à la prison de San Quentin, près de San Francisco.

 Un quart des condamnés à mort du pays

Les prisons californiennes hébergent un quart de tous les condamnés à mort aux Etats-Unis, selon le bureau du gouverneur. La dernière exécution dans l’Etat remonte à 2006. Sur les 737 condamnés à mort en Californie, 25 ont épuisé toutes les voies de recours possibles.

La Californie va ainsi rejoindre le Colorado, l’Oregon et la Pennsylvanie dans la liste des Etats ayant décrété un moratoire sur les exécutions, en plus des vingt qui ont aboli la peine de mort dans leur législation. « Le gouverneur Newsom a fait preuve d’un grand courage et d’autorité en mettant fin à la pratique cruelle, coûteuse et injuste consistant à exécuter des prisonniers », s’est félicitée Alison Parker, directrice pour les Etats-Unis de l’organisation Human Rights Watch :

« Les Californiens peuvent être fiers que leur Etat se soit engagé à mettre fin au meurtre légitimé par l’Etat et à respecter les droits de l’homme. »

Selon le décompte de l’ONG, l’application de la peine capitale aux Etats-Unis est en nette baisse ces dernières années, avec 25 exécutions en 2018 contre 98 en 1999. Trois condamnés à mort ont été exécutés dans tout le pays depuis le début de 2019.





 

 















dimanche 28 février 2016

Pétition internationale en faveur de Kenneth Clair en Californie

Kenneth Clair, dans le couloir de la mort en Californie, vient de voir sa peine commuée à vie, en dépit du fait qu’ il reste une preuve d'ADN capitale, qui pourrait prouver son innocence. L’enquêteur de Kenneth Clair lance un appelle à la communauté Internationale: S'il vous plaît signez ma pétition si vous pensez qu’il n’est pas dans l’intéret de la justice que l’identité de la personne dont l’ADN a été retrouvée sur la victime demeure secrète.

L’affaire en resumé:  Le 15 Novembre, 1984, un enfant de 5 ans Jerrod Hessling avait été témoin du passage à tabac, du viol et du meurtre de sa baby-sitter. Lorsqu'on lui a demandé de décrire le tueur, il a répondu, sans hésitation, qu'il s’agissait d’un homme de race blanche. Un autre enfant également présent a vu le bras tatoué d'un homme blanc à l'intérieur de la maison qui ouvrait une porte coulissante en verre. Aucun des échantillons d'ADN prélevés sur les lieux du crime ne correspondent au profil de Kenneth Clair.

Plus particulièrement, en 2008, des tests médico-légaux ont révélé que l'ADN trouvé sur la victime assassinée correspondait en fait à un autre individu. Toutefois le Procureur du Orange County insiste pour que "la confidentialité soit requise" concernant ces éléments de preuve, et depuis maintenant 7 ans, l'identité de la personne dont l'ADN correspond à l'échantillon est demeurée secrète.

 À ce jour, 31 ans plus tard, M. Clair a vu sa peine annulée pour une peine à vie sans possibilité de libération. Ainsi, sa vie est épargnée, mais il n'a plus le droit à un avocat.

Dans l'intérêt de la justice, nous devons à présent soutenir l’initiative de l’enquêteur de Kenneth, et faire appel aux législateurs et au Procureur Général de la Californie pour exiger que la preuve d'ADN soit remise à la défense de Kenneth Clair. C'est la seule chance restante pour M. Clair d’obtenir justice. Nous demandons à toutes les organisations et individus concernés de bien vouloir signer cette pétition. Faites circuler sur vos réseaux. Il est important que ce dossier ne soit pas enterré dans l’indifférence.

https://www.change.org/p/tony-rackauckas-exonerate-kenneth-clair-dna-evidence-points-to-someone-else

mardi 27 août 2013

Former death row inmate Shujaa Graham on capital punishment: 'they called me dead man walking' – video interview

Former death row inmate Shujaa Graham on capital punishment: 'they called me dead man walking' – video interview Après avoir purgé trois ans dans le couloir de la mort à San Quentin, en Californie, Shujaa Graham a été exonéré du meurtre d'un garde de race blanche Jerry Sanders commis en 1973. Après quatre procès, il a finalement été libéré 1981. Maintenant, il est le vice-président du "Witness of innocence", une organisation qui aides les anciens condamnés à mort à réhabiliter. Ps: toute l'interview est en anglais et non sous-titrée.

jeudi 25 juillet 2013

16 ans d'isolement total, c'est comme être enterré vivant... (pétition)

En Californie des centaines de détenus sont en isolement depuis plus de 10 ans. Gabriel Reyes décrit la douleur de l’isolement 22 heures par jour pendant les 16 dernières années. A moins d'avoir déjà vécu cette situation, vous ne pouvez comprendre cette douleur d’être seul entre 4 murs et perdre la notion du temps. C’est comme être enterré vivant. Je n’ai pas eu de contact physique avec aucun de mes proches depuis 1995. Je suis désespéré, impuissant et torturé psychologiquement. C’est pourquoi, 30 000 prisonniers en Californie ont entamé une grève de la faim d’une ampleur que la Californie n’a jamais connue. Les détenus refusent toute nourriture pour protester des conditions d’isolement pendant plusieurs décennies de prisonniers et, par conséquent, essayer d’améliorer leur quoptidien. https://www.aclu.org/secure/ca-hunger-strike?sid=1325307

mercredi 17 juillet 2013

Californie : les détenus disent non à la torture

http://www.lejournalinternational.fr/Californie-les-detenus-disent-non-a-la-torture_a1049.html 30 000 prisonniers ont débuté une grève de la faim lundi 8 juillet. Ils accusent les prisons californiennes de pratiquer la torture, et l’État fédéral de laisser faire. Non, nous ne sommes pas à Guantanamo, mais en Californie. Là aussi, l’on compte nombre de prisonniers en colère. Depuis lundi 8 juillet, 30 000 prisonniers sont en grève de la faim dans 22 des 33 prisons de l’État californien. « Les prisonniers refusent de prendre leur petit-déjeuner et leur déjeuner », a indiqué Terry Thornton, la porte-parole du Département d’incarcération et de réinsertion des prisonniers de Californie (CDCR). C’est la troisième grève de la faim dans les prisons californiennes en moins de deux ans. C’est aussi la plus importante : il y a deux ans, on ne comptait que 11 600 participants. Le mouvement de contestation est né à Pelican Bay, un centre de rétention proche de la frontière de l’Oregon. Un petit groupe de détenus s’est insurgé contre certains traitements réservés aux prisonniers. Leur principale cible ? L’isolement illimité. Le confinement, une torture déguisée En Californie, les gardiens dans les prisons d’État sont autorisés à mettre en cellule d’isolement tout prisonnier soupçonné d’appartenir ou de s’entretenir avec un gang de la prison. Ces périodes de confinement sont considérées comme de véritables tortures. Sans fenêtre, ni contact humain, les périodes d’isolement peuvent durer jusqu’à 40 ans. Les détenus de Californie réclament une restriction du confinement à cinq ans. Par ailleurs, pour éviter l’isolement, il faut d’abord changer de statut et ne plus être considéré comme un membre des gangs. Mais pour sortir de cette black list, le seul moyen est de dénoncer ses codétenus. Cette ambiance de « collaboration » fait elle aussi partie des revendications des prisonniers californiens. Pour maintenir la pression sur les responsables du CDCR, les prisonniers sèchent les cours dispensés dans la prison et ne se présentent pas non plus au travail. Ces sociétés hors de la société s’arrêtent. Pour Carol Isaac, l’une des organisateurs de la manifestation de soutien aux prisonniers à Seattle, c’est la première que les détenus arrêtent le travail. « C’est comme fermer les prisons de l’intérieur », a-t-elle déclaré au Seattle Times. Les prisonniers sont fortement soutenus par les Californiens. Lundi 8 juillet, plusieurs manifestations de défense des droits des détenus ont été organisées. « Je défie quiconque de dire que ce système fonctionne », s’est insurgé Ed Mead, un éditeur et militant des droits des prisonniers présent à la manifestation devant la prison du King County à Seattle. « Les États-Unis représentent 4% de la population et 25% des prisonniers dans le monde, a-t-il expliqué au Seattle Times. Le taux de récidive est de 70 % ! ». Un interlocuteur fédéral encore muet Plus qu’une nouvelle réglementation sur l’isolement, c’est une réforme complète du système carcéral qui est demandée par les grévistes. Pour l’heure, les conditions d’enfermement dépendent des États. En octobre 2012, la Californie avait modifié les critères d’isolement. Tous les détenus déjà soumis au confinement avaient été passés en revue. Sur 382 prisonniers, 208 avaient été replacés sous le régime carcéral traditionnel. Selon le Los Angeles Times, le Département californien responsable des prisons examinerait ces jours-ci le cas de 4 527 détenus. Tous ne semblent pas répondre aux critères de sortie d’isolement. À vrai dire, c’est le gouvernement fédéral que les grévistes cherchent à atteindre par leurs actions. Ils souhaitent que les prisons de tous les États-Unis soient soumises aux réglementations nationales relatives à la sécurité des personnes. Les détenus aimeraient voir l’instauration d’une politique d’éducation renforcée dans les prisons, et la mise en place de programmes de réinsertion. Pour l’instant, cette grève de la faim, à grande échelle en Californie, ne semble pas s’étendre dans le reste du pays. Les détenus peinent à trouver l’interlocuteur fédéral qu’ils cherchent. Un porte-parole du Département correctionnel de l’État de Washington a d’ailleurs déclaré que les grèves à l’Ouest n’avaient pas du tout affecté l’ordre des prisons dans son État.

samedi 1 juin 2013

Un moratoire sur les exécutions capitales en Californie a été confirmé jeudi


Un moratoire sur les exécutions capitales en Californie a été confirmé jeudi par une cour d'appel jusqu'à l'instauration d'un nouveau protocole d'injection létale.

La Californie compte 736 condamnés se trouvant actuellement dans le couloir de la mort mais aucune exécution n'a été pratiquée depuis sept ans. Un juge fédéral avait imposé un moratoire sur les exécutions dans cet Etat en 2006 estimant que l'injection létale d'un cocktail de trois composants chimiques constituait un traitement cruel.

Les trois substances chimiques sont le sodium pentothal, un anesthésique, le pancorinium, un curare utilisé en anesthésie générale, et le chlorure de potassium qui provoque l'arrêt cardiaque du condamné.

Un condamné à mort avait introduit en 2010 un recours affirmant que l'un des trois produits était inutile et était responsable de souffrances insoutenables. Un magistrat du comté de Marin sur lequel est situé la prison de San Quentin avait ordonné l'an passé la suspension des exécutions jusqu'à la mise en oeuvre de nouvelles procédures d'exécution par l'administration pénitentiaire de l'Etat (CDCR).

Le magistrat estimait que la CDCR n'avait pas cherché d'une manière assez active une solution de remplacement au cocktail de trois substances utilisé jusqu'alors.
 

mercredi 10 octobre 2012

L"injustice de la loi des "3 coups"


Un documentaire en anglais qui relate l'histoire de Shane Taylor, l'un des 4000 détenus non violents condamnés à la perpetuité dans l'état de Californie sous la loi des "3 coups".
C'est une disposition législative en vigueur aux Etats unis permettant ou contraignant les juges de prononcer des peines à perpetuité à l'encontre d'un prévenu condamné pour la troisième fois pour un délit. Par définition, ces lois abandonnent tout effort de reinsertion et de réhabilitation.
http://www.nytimes.com/2012/10/09/opinion/three-strikes-of-injustice.html?_r=0



jeudi 27 septembre 2012

Pourquoi les condamnés à mort se souhaitent pas être condamnés à perpetuité (Californie)

Why death-row inmates oppose life without parole
http://blogs.berkeley.edu/2012/09/25/why-death-row-inmates-oppose-life-without-parole/


Reporting on the font page of the San Francisco Chronicle today (Sept. 25, 2012), Bob Egelko finally says what many of us who visit San Quentin prison have known for months: most of California’s death row inmates oppose Proposition 34 — the voter initiative on this November’s ballot that would abolish capital punishment and replace it with Life With Out Parole (LWOP) even retroactively. (Read the story here.) Yes that’s right, prisoners who face a lethal injection unless a court overturns their death sentence or conviction are opposed to a law that would immediately accomplish what many of them have been litigating to achieve for years, the removal of their death sentence.

That is so counter-intuitive to what most people believe about capital punishment that its worth repeating. People on death row, not just folks in an abstract all night dorm room discussion about whether death or LWOP is worst, but folks actually condemned to die, prefer to continue with their death sentence.

The story correctly emphasizes the importance of lawyers in explaining this seeming paradox. Everybody convicted of a serious felony like murder receives a court appointed lawyer to prepare an appeal, generally to the state courts and to the US Supreme Court. But even when those appeals fail, and the vast majority do, death row prisoners get a court appointed lawyer to continue a second line of appeals known as habeas corpus, in both state and eventually federal courts. These appeals are very valuable for two reasons. First, they allow the court to consider many aspects of the underlying case against the defendant, like the police investigation and the prosecution’s conduct, that are generally not reviewed on direct appeal. Second, as the Chron story points out:

For condemned prisoners, it often represents their best chance to stave off execution by presenting their claims to federal judges, who are appointed for life, rather than elected state judges. A ruling that leads to their acquittal, or even a finding of innocence, is also more likely in habeas corpus than in the earlier direct appeal.

Many prisoners hold out the hope that their conviction will be overturned and they will be able to go home. Ending their right to court appointed lawyer on habeas would close that door forever to most if not all of them (a handful might find lawyers to voluntarily continue their appeal).

Voters who support the death penalty should think carefully this November before they vote “No.” If you defeat Proposition 34, you will be continuing to give people convicted of capital murder exactly what they most desperately want — a lawyer that will help them get out of prison.

Less explicitly discussed but quite clear from the above, is how punishing a true LWOP sentence is. The prospect of never being released from prison ever, with not even a low odds hope for an appeal or a parole board decision in your favor, is terribly terribly punishing. In California it is compounded by the fact that prison conditions are extremely poor due to overcrowding and in recent years according to the Supreme Court, the prospect of torture through abysmal or non-existent medical treatment (see Brown v. Plata). Death row inmates in California have a cell to themselves, receive more attentive supervision and visits from their lawyers, not to mention a measure of international celebrity and the scores of pen pals that brings. All of that disappears when your death sentence is vacated (as all of them would be should Prop 34 pass), and you get dumped into the long dark tunnel known as LWOP. In short, just as Cesare Beccaria argued more 200 years ago in his On Crimes and Punishment, true life is worse than death as a punishment, and thus as a deterrent.

We could make it even more so by actually paroling murderers who have received a non-LWOP life sentence, as the law itself requires, but which California’ politicized process has stymied for years. If we began to parole most prisoners convicted of 2nd-degree murder after 15 years, and those convicted of 1st-degree murder after 25 (as the law requires), those persons sentenced to LWOP would see the reality of the grim fate they have been assigned to.

I personally oppose LWOP as “cruel and unusual punishment.” I will vote for Proposition 34 because it will at least take us to a more honest place, where we acknowledge what we are actually doing in California. After that we can begin to have a more realistic conversation about what punishment can achieve and how long that takes. We should reform our state courts so that they are not a rubber stamp of sometimes deeply flawed convictions, and we should reform parole so that prisoners who atone and seek to reform themselves in prison face a realistic chance of going home. Sadly, only one of those things is on the ballot this November.

Cross-posted from Jonathan Simon’s blog Governing Through Crime

dimanche 3 janvier 2010

Selon le Death Penalty Information Center, la peine de mort recule aux Etats-Unis

Qu’il s’agisse de condamnations ou d’exécutions, la peine de mort est en déclin, selon le Death Penalty Information Center. Trois Etats ont aboli la peine capitale et le nombre de condamnés à mort a diminué de 47%. Sentence trop cruelle peut-être, mais surtout, le couloir de la mort revient cher.
« De plus en plus d’Etats américains se demandent si cela vaut la peine de maintenir la peine capitale », affirme Richard Dieter, le directeur du Centre d’information sur la peine de mort. (DPIC) L’organisme vient de publier son rapport annuel (Pdf) et souligne que le nombre de condamnations à mort a reculé continuellement ces 10 dernières années, pour tomber en 2009 à son niveau le plus bas : 106. Richard Dieter rappelle, à titre de comparaison qu’en 1994, 324 personnes avaient été condamnées.
La peine de mort a été rétablie aux Etats-Unis en 1976. Auparavant, elle avait été suspendue pendant une dizaine d'années par la Cour suprême qui avait jugé que son application arbitraire, notamment sur le plan racial, constituait une violation du 8e Amendement de la Constitution.
Actuellement, on exécute au niveau fédéral et dans trente-cinq États fédérés sur cinquante. Mais depuis quelques années, le lobby abolitionniste peut se targuer d'avoir remporté de petites victoires. Raphaël Chenuil Hazan dirige l’ONG Ensemble contre la peine de mort, il a constaté « un frémissement positif » sur ce dossier au sein de l’opinion publique américaine mais le phénomène existe surtout chez les élites. Les Américains restent majoritairement favorables aux exécutions capitales.
Un système très onéreux
La crise économique joue pourtant en faveur des abolitionnistes, « la peine de mort est un système qui revient très cher », rappelle Richard Dieter. Condamner à mort coûte 3 à 5 fois plus que condamner à la prison à vie, pour plusieurs raisons. D'abord il est très rare qu'il se passe moins de dix ans entre l'annonce de la sentence et son application, les détenus sont donc gardés dans des cellules individuelles, dans des quartiers spéciaux (les fameux couloirs de la mort) pendant des années. Ils sont presque toujours défendus par des avocats payés par l'État. Enfin, les recours sont multiples et retardent le processus. Conséquence : dans le Maryland, les contribuables dépensent par exemple 37, 2 millions de dollars pour une exécution. La Californie paie chaque année 137 millions de dollars pour la gestion des 690 condamnés à mort qui attendent d’être exécutés.
Les erreurs judiciaires font réfléchir
Les arguments en faveur de l’abolition ne sont pas seulement économiques. Richard Dieter souligne qu’il y a eu ces dernières années « de nombreuses erreurs judiciaires. Plus de 200 personnes ont été acquittées après avoir passé plusieurs années dans le couloir de la mort. Ces erreurs ont mis les gens mal à l’aise et cela a incité les jurés et les tribunaux à ne pas prononcer systématiquement la peine capitale ».
Toujours au chapitre éthique, la Cour suprême a suspendu l’application de la peine de mort en 2009, pendant 4 mois, suite à une controverse sur l’injection mortelle. En septembre dernier, une nouvelle polémique éclate avec l’affaire Romell Broom. Ce détenu de 53 ans a vécu l’enfer pendant deux heures et demie alors que l’équipe médicale chargée de son injection mortelle n’avait pas réussi à lui trouver une veine. Il a été piqué 18 fois, sans succès, l’exécution a finalement été suspendue.
Le Nouveau Mexique a aboli la peine de mort
« Quelle que soit mon opinion sur la peine de mort, je n’ai pas suffisamment confiance dans le système judiciaire, dans son fonctionnement actuel, pour être l’arbitre final lorsqu’il s’agit de décider qui meurt et vit après un crime. Si l’Etat doit prendre cette décision extraordinaire, le système doit être parfait et ne peut jamais se tromper ». Cette déclaration est signée Bill Richardson, le gouverneur démocrate du Nouveau Mexique. Son Etat a aboli la peine de mort en mars 2009, devenant le 15eme Etat de l’Union à choisir comme peine maximale : la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle. Bill Richardson le reconnaît, il a pris la décision « la plus difficile de toute sa carrière politique ». L’homme était partisan de la peine capitale, il est devenu abolitionniste : « Je suis allé en prison. Ceux qui sont pris aujourd’hui dans le système carcéral appartiennent majoritairement aux minorités ethniques. J’ai vu des erreurs, les analyses ADN l’ont prouvé, j’ai entendu parler d’abus dans les dossiers d’accusation. En toute conscience, je devais choisir une solution alternative ».
Abolir, le Connecticut, le Colorado, le Montana et le Maryland y réfléchissent mais le processus n'a pas encore abouti. Raphaël Chenuil Hazan rappelle qu’au Texas, la question de l’abolition ne se pose toujours pas. Cet Etat détient le record d’exécution (24 en 2009). Un condamné à mort reste en moyenne 24 ans dans le couloir de la mort texan.
Source: RFI, 24 décembre 2009