Odell Barnes Jr.

L'association Lutte Pour la Justice (LPJ) a été créée en 1999 pour soutenir Odell Barnes Jr., jeune afro-américain condamné à mort en 1991 à Huntsville (Texas) pour un crime qu'il n'avait pas commis et exécuté le 1er mars 2000 à l'aube de ses 32 ans. En sa mémoire et à sa demande, l'association se consacre à la lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et en particulier au Texas. (voir article "Livre "La machine à tuer" de Colette Berthès en libre accès" ) : https://www.lagbd.org/images/5/50/MATlivre.pdf

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lundi 10 octobre 2011

Le combat pour la vie d'un enfant d'exécutés

Ethel et Julius Rosenberg
Robert Meeropol avait six ans quand ses deux parents, Ethel et Julius Rosenberg, accusés d'avoir livré à l'URSS le secret de la bombe atomique américaine, ont été exécutés. Interview par Sarah Halifa-Legrand.

Vous aviez six ans quand vos deux parents, Ethel et Julius Rosenberg, accusés d'avoir livré à l'URSS le secret de la bombe atomique américaine, ont été exécutés en 1953. Comment avez-vous réagi à cette sentence ?

- Je n’ai pas compris ce qui se passait. Je sentais que de puissantes forces avaient emporté mes parents, sans pouvoir définir quelles étaient ces forces. J'avais peur qu'elles m’emportent moi aussi, et j'ai donc essayé de me faire le plus discret possible. J'étais submergé par un sentiment d’anxiété généralisée. Pendant la dernière semaine d’existence de mes parents, la justice a sursis à leur exécution, mais elle est revenue sur sa décision lors d’un nouveau jugement, et ils furent exécutés. (...)

Vous avez, du fait de votre histoire, un point de vue très particulier sur la peine de mort, puisque vous travaillez sur ses conséquences sur la vie des enfants des personnes exécutées. Quels sont les principaux problèmes auxquels ils sont confrontés ?

- Personne ne fait attention à eux. Nous savons qu’il y a environ 3.250 prisonniers dans les couloirs de la mort aux Etats-Unis. Mais nous ne savons pas combien d’enfants attendent de voir un membre direct de leur famille exécuté. Il n’y jamais eu d’étude systématique sur les conséquences de la peine de mort sur les enfants des personnes exécutées. On sait que c’est une expérience terrifiante pour un enfant, mais on n’en sait pas vraiment plus. (...)

Comment avez-vous réagi à l’exécution de Troy Davis ?

- C’est effroyable qu’une personne puisse être exécutée alors que sa culpabilité n’est absolument pas avérée. Ce qu'il a vécu ces dernières années - les "presque exécutions" à répétition, suivies de sursis accordés à la dernière minute, et qui ont culminé lors du dernier sursis suivi, lui, de son exécution -, qui peut douter qu'il ne s'agisse pas là d'actes de torture ?


Source: Le Nouvel Observateur, 10 octobre 2011

mardi 4 octobre 2011

Nausée par Nicole Cage, écrivaine martiniquaise

Nausée. J’ai la nausée. C’est tout ce que je peux ressentir, juste maintenant. A l’heure où j’écris ces lignes Troy Davis n’est plus…

La nausée de l’impuissance. La nausée de la culpabilité. Nausée de sentir Rosa Parks et Martin Luther King mourir une seconde fois. Nausée de me sentir envahie par la fureur de Malcom X, le poing hérissé de rage impuissante !

Et cet autre mot : Pardon ! Pardon de n’avoir pas crié assez fort. De n’avoir pas prié avec suffisamment de foi. Pardon de n’avoir pas signé assez de pétitions, ni écrit suffisamment de lettres. Pardon de n’avoir pas, de n’avoir pas assez, de n’avoir pas été, pas assez... Pardon de m’être obstinée à croire naïvement que cette fois, ils n’oseraient pas !

Marie, après avoir essuyé mes larmes, se lève, prend le djenmbé et cogne dessus en chantant « Bwa brilé ». Incroyable Marie ! Mon enfant de onze ans offre une ressource à mon désarroi, elle m’offre Eugène Mona et en ce jour anniversaire de son départ, sa parole est ce qu’il me faut. Oui, Mona, Davis té bwa brilé, Davis sé bwa brilé ! Yo té bay an non blan, i té ni an non blan ! Davis té bwa brilé !

Marie… Une sagesse en toute inconscience… Merci, maître !

Claire… Une révolte que rien ne semble pouvoir contenir. Elle ne m’épargne pas : « Maman on croit en Dieu non ? Alors toi qui crois en Dieu, dis-moi ce qu’il faisait, Dieu, pendant qu’on le tuait ! Il veut nous faire comprendre quoi là, à travers ça ? Et toutes ces guerres, toutes ces personnes qu’on aime et qu’on a perdu (trois, rien que pendant les vacances !), il veut nous dire quoi à travers ça hein, dis-moi ? »

Pardon ma chérie mais ce soir je n’ai pas les mots. Je pourrais te dire que les guerres, ce sont les hommes qui les déclenchent. Troy, ce sont des hommes qui l’ont tué. Tout ce qui arrive sur cette planète c’est nous les humains qui en sommes responsables et… »

Elle m’interrompt. Ce soir mon discours sur notre co-responsabilité d’humains ne passe pas.

Aucun discours ne peut passer, ne peut justifier ni même expliquer. L’insupportable. L’intolérable… Jusqu’à la nausée.

Anne… Un silence aux dimensions de l’univers… Ce soir, elle ne partage pas son hébétude, elle la garde pour elle. Je crois aussi qu’elle veut laisser toute la place à la mienne. Je devais la masser. Elle va se coucher sans oser me le rappeler. Merci ma douce d’avoir compris que mes mains ce soir voudraient bercer un corps désormais sans vie pour en adoucir la traversée.

Pardon mes chéries, cette nuit, je me sens la mère de ce garçon dont j’ai mis la photo en profil de ma page facebook. (Je ne fais jamais ça, mettre la photo de quelqu’un d’autre en profil, pas même celle des en-allés que j’admire et respecte.) Je me sens la mère d’un homme qui, l’instant d’une horreur, s’est senti un tout petit enfant.

Je me sens la mère de Mumia Abu-Jamal. Mumia qui se sentira sans doute bien seul à l’aube de ce jour où la Terre aura perdu l’un de ses enfants. Au frémissement de cette aube où des hommes, au nom de Dieu et de la loi ont ASSASSINE en toute légalité un des fils de la Terre…

Mumia, j’ai si peur pour toi !

La nausée refuse de desserrer son étau. Je me coucherai avec elle, elle vampirisera ma nuit.

Dès demain, il m’appartiendra de lui donner forme et contenu pour qu’elle se transforme en réponse et en ACTION. Je n’ai qu’une nuit… Cette ultime nuit qui aura fait défaut à Troy…

Nicole Cage / Les Hauts de Villeneuve, Sainte-Marie / 21 septembre 2011

(après l'exécution de Troy Davis)

jeudi 22 septembre 2011

Troy Davis exécuté

L'Afro-Américain, devenu le symbole de la lutte contre la peine de mort, a reçu une injection mortelle cette nuit au pénitencier de Jackson. Il a clamé son innocence jusqu'au dernier moment.


Troy Davis, devenu un symbole de la lutte contre la peine capitale, a été exécuté mercredi aux Etats-Unis après avoir clamé son innocence jusqu’au bout.

Juste avant l’injection mortelle au pénitencier de Jackson (Géorgie, sud-est), cet Afro-Américain de 42 ans a répété qu’il n’était pour rien dans la mort du policier blanc pour laquelle il a été condamné en 1991. «Ce n’était pas de ma faute, je n’avais pas d’arme», a déclaré Troy Davis, selon une journaliste locale qui a assisté à l’exécution aux côtés de parents de la victime. «A ceux qui s’apprêtent à m’ôter la vie, que Dieu vous bénisse», a-t-il ajouté.

Initialement prévue à 19 heures locales (1 heure du matin en France), l’exécution a été retardée de plus de quatre heures, dans l’attente d’une décision de la Cour suprême des Etats-Unis, qui a finalement autorisé sa mise à mort. Le décès a été constaté à 23h08 (05h08 ce jeudi, heure française), une quinzaine de minutes après le début de l’exécution. Les centaines de manifestants présents à l’extérieur de la prison ont accueilli la nouvelle dans un profond abattement après avoir espéré pendant des heures un improbable geste de la plus haute juridiction du pays.

Le gouvernement français a rapidement réagi pour regretter l’exécution. «Nous déplorons vivement que les nombreux appels à la clémence n’aient pas été entendus», a fait savoir le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Condamné à mort pour le meurtre du policier Mark MacPhail tué par balles sur un parking de Savannah en 1989, Troy Davis avait déjà échappé à trois exécutions grâce à de multiples recours judiciaires évoquant des doutes quant à sa culpabilité.
Lors du procès, neuf témoins l’avaient désigné comme l’auteur du coup de feu, mais l’arme du crime n’avait jamais été retrouvée et aucune empreinte digitale ou ADN n’avait été relevée. Depuis, sept témoins s’étaient rétractés, certains d’entre eux affirmant avoir été incités par la police à accuser Troy Davis.
La décision de la Cour suprême a mis fin à une journée d’intenses efforts de l’avocat de Troy Davis, qui a réclamé une suspension de l’exécution en assurant avoir «de nouvelles preuves» exonérant son client. La requête déposée mercredi matin par Me Brian Kammer citait notamment «un faux témoignage» du médecin légiste qui a autopsié le corps du policier décédé. Mais cette requête a été rejetée successivement en première instance puis par la Cour suprême de Géorgie et enfin par la Cour suprême des Etats-Unis.

La veille, le comité des grâces de Géorgie avait rejeté un précédent recours, ouvrant la voie à l’exécution. Troy Davis s’était ensuite adressé par écrit à ses partisans depuis le couloir de la mort où il se trouvait depuis 20 ans, affirmant que «le combat pour la justice» ne s’arrêterait pas avec lui.
Le président Barack Obama avait fait savoir mercredi soir qu’il se refusait à intervenir. Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a indiqué qu’il n’appartenait pas au président «de peser sur des affaires spécifiques comme celle-ci, qui est une procédure d’Etat fédéré».
Interrogée sur la chaîne de télévision CNN, Anneliese MacPhail, la mère du policier tué en 1989, a dit attendre «soulagement et paix» de l’exécution de Troy Davis, après «l’enfer» qu’elle a vécu depuis la mort de son fils.
Présenté par ses partisans comme le prototype du Noir condamné à tort, Troy Davis jouissait de l’appui de personnalités comme l’ancien président Jimmy Carter, le pape Benoît XVI ou l’actrice Susan Sarandon et des centaines de manifestations de soutien ont eu lieu partout dans le monde.
Le New York Times avait dénoncé «les nombreuses graves erreurs» commises dans le dossier Davis, qui selon le quotidien prouvaient à nouveau «la barbarie de la peine de mort».
Quelques heures avant Troy Davis, au Texas (Sud), Lawrence Brewer, un Américain de 44 ans membre du Ku Klux Klan condamné pour un meurtre raciste, était lui aussi exécuté.
Les Etats-Unis ont pratiqué 46 exécutions en 2010.
(Source AFP)

mardi 20 septembre 2011

Stop execution of Troy Davis

AMNESTY INTERNATIONAL CONDEMNS DECISION TO DENY TROY DAVIS CLEMENCY, CALLING IT


AN ‘OUTRAGEOUS AFFRONT TO JUSTICE'

Following the announcement that the Georgia Board of Pardons and Paroles denied

clemency to death-row inmate Troy Anthony Davis, Larry Cox, executive director

of Amnesty International AIUSA (AIUSA), released the following statement:



"It is unconscionable that the Georgia Board of Pardons and Paroles has denied

relief to Troy Davis. Allowing a man to be sent to death under an enormous

cloud of doubt about his guilt is an outrageous affront to justice.



"In 2007 the Board vowed that no execution would go forward unless there was

‘no doubt’ about guilt, a vow that has now been rendered meaningless. To fail

to re-examine the facts, including allegations about an alternate suspect, and

allow this execution to go forward is an injustice to both the Davises and the

MacPhails. Amnesty International urges the Board to reconsider its decision

immediately, and for District Attorney Larry Chisolm to seek to vacate the

death warrant. Should Troy Davis be executed, Georgia may well have executed an

innocent man and in so doing discredited the justice system.


"The case against Davis unraveled long ago. 7 out of 9 original state witnesses

recanted or changed their original testimonies, some alleging police coercion.

10 people have pointed to one of the remaining witnesses as the actual killer.

There is no murder weapon that links Davis to the crime. Any notion of physical

evidence that demonstrates Davis’ guilt has been debunked."



Amnesty International is a Nobel Peace Prize-winning grassroots activist

organization with more than 3 million supporters, activists and volunteers in

more than 150 countries campaigning for human rights worldwide. The

organization investigates and exposes abuses, educates and mobilizes the public

and works to protect people wherever justice, freedom and dignity are denied.

For more information, please visit www.amnestyusa.org/troydavis

http://takeaction.amnestyusa.org/siteapps/advocacy/ActionItem.aspx?c=6oJCLQPAJiJUG&b=6645049&aid=516533

or
http://www.change.org/petitions/chatham-county-district-attorney-request-that-troy-davis-death-warrant-be-withdrawn