Odell Barnes Jr.

L'association Lutte Pour la Justice (LPJ) a été créée en 1999 pour soutenir Odell Barnes Jr., jeune afro-américain condamné à mort en 1991 à Huntsville (Texas) pour un crime qu'il n'avait pas commis et exécuté le 1er mars 2000 à l'aube de ses 32 ans. En sa mémoire et à sa demande, l'association se consacre à la lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et en particulier au Texas. (voir article "Livre "La machine à tuer" de Colette Berthès en libre accès" ) : https://www.lagbd.org/images/5/50/MATlivre.pdf

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jeudi 14 janvier 2010

Irak : onze condamnations à mort pour un double attentat

LEMONDE.FR avec AFP | 14.01.10 | 11h00 • Mis à jour le 14.01.10 | 11h07

Un tribunal irakien a condamné à la pendaison, jeudi 14 janvier, onze hommes accusés d'être impliqués dans le double attentat qui a frappé Bagdad le 19 août. "Ils ont été condamnés à mort pour le crime qu'ils ont planifié", a déclaré le président de la cour criminelle siégeant à Bagdad, Ali Abdel Sattar. Les deux attentats au camion piégé avaient visé le ministère des affaires étrangères et celui des finances, faisant cent six morts et près de six cents blessés.

Parmi les condamnés figure Salem Abed Jassem, qui a reconnu avoir reçu des fonds pour les attentats du général de brigade Nabil Abdel Rahmane, un officier de l'armée irakienne sous le règne de Saddam Hussein et qui séjourne actuellement en Syrie, selon la justice.

Deux membres du réseau Al-Qaida, Ishaq Mohammed Abbas et son frère Moustapha, sont également au nombre des condamnés à mort. Ils avaient été détenus dans le passé dans le camp d'internement de Bucca, au sud de Bagdad, géré par l'armée américaine et aujourd'hui fermé.

LA MAJORITÉ DES SUSPECTS AVAIENT TRANSITÉ PAR UN MÊME CAMP D'INTERNEMENT

Selon la police irakienne et d'anciens prisonniers, le camp de Bucca, où près de cent mille détenus avaient transité en six ans, s'est révélé être un formidable vivier pour Al-Qaida. En novembre, un haut responsable du ministère de l'intérieur avait indiqué que "les deux kamikazes ainsi que la majorité des suspects arrêtés après le double attentat du 19 août avaient été relâchés peu avant la fermeture de Bucca", en septembre.

Les autorités irakiennes avaient également arrêté onze hauts gradés de la sécurité soupçonnés d'avoir failli dans la protection de Bagdad, où les habitants avaient crié leur colère devant l'incurie du gouvernement. Le gouvernement, qui a accusé Al-Qaida et les fidèles de Saddam Hussein, avait à l'époque admis des carences dans la sécurité, notamment une négligence au niveau des barrages routiers qui a permis aux assaillants d'entrer dans Bagdad avec trois véhicules piégés.

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/01/14/irak-onze-condamnations-a-mort-pour-un-double-attentat_1291489_3218.html#xtor=RSS-3210

dimanche 22 novembre 2009

Iran : les pendaisons se poursuivent

Iran Human Rights, le 21 novembre 2009 : trois hommes ont été pendus en public dans la ville iranienne d’Isfahan, a rapporté l’agence de presse gouvernementale Fars jeudi 19 novembre.

Selon la dépêche, les hommes avaient été condamnés pour le viol d’un adolescent.

Aucun nom, date exacte ou lieu des exécutions n’étaient mentionnés dans la dépêche.

Iran Human Rights enquête sur les détails de ces exécutions.

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Iran Human Rights, le 18 novembre 2009 : un homme a été pendu à la prison de Bojnord (dans le nord-est de l’Iran) selon une dépêche de l’agence de presse gouvernementale ISNA publiée aujourd’hui.

D’après la dépêche, l’homme âgé de 23 ans et dont l’identité n’a pas été communiquée, a été condamné pour vol et viol. Aucune autre information quant à l’heure exacte de l’exécution n’a été rapporté dans la dépêche.

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Iran Human Rights, le 19 novembre 2009 : selon l’agence de presse gouvernementale Fars, 30 personnes ont été exécutées pendant les 8 derniers mois dans la ville d’Ahwas, capitale de la province iranienne du Khuzestan.

Citant Davoud Sadeghi, porte-parole de la justice pour la province du Khuzestan, la dépêche indique : "depuis le début de la nouvelle année iranienne (le 21 mars), 13 personnes condamnées à mort pour trafic de drogue ont été exécutées à Ahwaz." Et d'ajouter : "Trois autres personnes, condamnées à mort pour Moharebeh (guerre contre Dieu, expression utilisée pour décrire l'opposition au gouvernement), une personne condamnée pour attaque à main armée et 13 autres condamnés à mort ont été exécutés."

La dépêche ne fournit aucune information concernant l’identité des suppliciés ou la date des exécutions dans la province du Khuzestan depuis mars 2009.

D’après les dépêches publiées par les médias iraniens et collectées par Iran Human Rights, 10 personnes ont été exécutées depuis mars 2009 dans la province du Khuzestan.

Mahmood Amiry-Moghaddam, porte-parole d’Iran Human Rights, a déclaré : "le fait que seulement un tiers des exécutions dans la province du Khuzestan aient été rapportées par les médias iraniens démontre que le nombre réel des exécutions est bien plus élevé que les chiffres officiels publiés par les médias ou par les associations de droits de l’Homme".

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Iran Human Rights, le 17 novembre 2009 : trois personnes, dont une femme, ont été pendues à la prison d’Isfahan (dans le centre de l’Iran) tôt ce matin du 17 novembre 2009, selon une dépêche du quotidien iranien Kayhan.

D’après la dépêche, les suppliciés sont Vahid Sh. (35 ans) condamné pour avoir acheté 143 grammes de crack, Rasoul T. (âge non-communiqué) condamné pour avoir stocké 2 kilos de crack et Begam P. (femme, âge non communiqué) condamnée pour consommation de drogue et pour avoir dissimulé 500 grammes de crack dans son estomac.

Selon les informations rassemblées par Iran Human Rights, au moins 12 personnes, dont une femme, ont été exécutées ces deux dernières semaines en Iran.

Source : Iran Human Rights, 22 novembre 2009

mercredi 18 novembre 2009

Iran: quatre nouvelles pendaisons

Les autorités iraniennes ont exécuté par pendaison quatre trafiquants de drogue à Kerman (sud), a rapporté dimanche le quotidien Vatan Emrouz.

Les quatre trafiquants ont été pendus samedi matin dans la prison de Kerman, rapporte le journal.

Ces nouvelles pendaisons portent à 247 le nombre de personnes exécutées en Iran depuis le début de l'année, selon un décompte de l'AFP établi à partir d'informations diffusées par la presse locale.

En 2008, 246 personnes ont été exécutées en Iran, selon la même source. Le meurtre, le viol, le vol à main armée, le trafic de drogue et l'adultère sont passibles de la peine de mort en Iran.

Source : AFP, 8 novembre 2009

mardi 3 novembre 2009

L'exécution ratée de Louis Michel

Dans un ouvrage publié en 2008, "The Execution of Willie Francis, Race, Murder and the Search for Justice in the American South" (*), l'écrivain américain Gilbert King retrace le procès puis l'exécution de Willie Francis, un jeune Noir condamné à mort à l'âge de 16 ans pour le meurtre d'un pharmacien d'une petite ville de Louisiane.
Le 3 mai 1946, Willie Francis est sanglé sur la chaise électrique "ambulante" de l'Etat de Louisiane, mais en raison d'une installation défectueuse la décharge infligée au condamné est insuffisante pour le tuer. L'exécution doit être interrompue. Willie Francis sera le seul condamné à mort à survivre à la chaise électrique**.
Un an plus tard, au terme d'un formidable combat judiciaire qui se poursuivra jusque dans l'enceinte de la Cour suprême des Etats-Unis, Willie Francis sera une nouvelle fois sanglé sur la chaise électrique et électrocuté.
Pendant qu'il effectuait des recherches biographiques à St. Martinville, la petite bourgade de Louisiane où s'étaient déroulés le meurtre du pharmacien puis l'exécution ratée de Willie Francis, Gilbert King découvrit qu'une double exécution avait déjà eu lieu dans la même ville... près de soixante ans plus tôt.
Dans le prologue de son ouvrage, "The Execution of Willie Francis", Gilbert King relate cette terrible anecdote :

"Je me remémorai alors l'histoire que m'avait racontée James Akers, l'historien officieux de St Martinville, le gardien du "Mémorial Acadien" et, selon ses dires, le seul Blanc présent à l'enterrement de Francis."
"Willie Francis...", avait-il dit en soupirant, "Willie Francis, quelle honte ! Mais ce n'était pas la première fois. Bien sûr que non ! Il y avait déjà eu une histoire comme celle-là auparavant."
"Si vous allez au tribunal, là-bas, cherchez le dossier d'Isabelle Robertson", me suggéra Akers. "Ça s'est passé en août 1891, dans cette belle maison blanche au coin de la rue. C'est là que Mme Robertson vivait avec sa fille. Un matin, on les a retrouvées mortes toutes les deux. Elles avaient été poignardées et étouffées."
Akers écarquilla les yeux. "Au bout de plusieurs mois, le shérif arrête un Noir du nom de Louis Michel. Ils ont conduit M. Michel derrière le tribunal, sous un grand chêne, comme celui d'Évangéline. Treize marches jusqu'à l'échafaud où une corde l'attend. Le shérif lit la sentence de mort et demande à M. Michel s'il a une dernière déclaration à faire. Michel répond que oui.
- Vous vous souvenez, dit-il, de cette nuit où vous êtes venus me chercher pour me pendre ? J'étais caché sous la maison avec ma Winchester et j'aurais pu descendre trois ou quatre d'entre vous, mais je ne l'ai pas fait parce que, comme je suis innocent, je n'ai peur de personne."
Puis il jette un regard autour de lui et il s'adresse à la foule.
- Il y a des gens ici qui me regardent en ce moment et qui savent que je suis innocent. Je n'ai tué personne."
Mais pas un murmure ne s'élève de la foule.
Et devant ce silence, M. Louis Michel décide d'ajouter une dernière chose : il maudit la ville de St Martinville, priant qu'elle dépérisse et que l'herbe folle envahisse ses rues."
Akers marqua une pause et leva le doigt pour indiquer qu'il n'avait pas fini son récit.
"Le shérif lui passa le noeud coulant autour du cou. Louis Michel était catholique et un prêtre était présent pour lui administrer les derniers sacrements. Une fois terminé, le shérif donna le signal et la trappe s'ouvrit sous les pieds de Michel. Mais, vous voyez, la corde était trop longue. Et M. Louis Michel était un homme de grande taille, un mètre quatre-vingt-dix, peut-être plus. Et une fois suspendu à la corde, il touchait encore le sol du bout des pieds. Alors vous savez ce que le shérif a fait ? Il est allé chercher une pelle et il a commencé à creuser un trou juste sous les pieds de Louis Michel. Il a creusé jusqu'à ce que la pointe des pieds de M. Michel ne touche plus le sol et qu'il finisse par s'étrangler. Et les habitants de St. Martinville l'ont regardé se tortiller jusqu'à son dernier soupir, sans cesser de penser à la malédiction qui pesait désormais sur leur ville".

* Le lien commercial est fourni à titre indicatif, sans but lucratif.
** Le 15 décembre 2009, le gouvernement de l'Ohio accordait à Romell Broom un sursis d'une semaine après que l'équipe chargée de son exécution par injection létale ait tenté vainement pendant plus de heures de trouver sur le condamné une veine susceptible d'accueillir le cathéter de la perfusion.


Photo : Carte postale réalisée à partir d'une photo du lynchage de Lige Daniels, le 30 août 1920, au Texas. Au verso de la carte, quelques mots ont été griffonnés à l'intention du destinataire : "C'était un Noir de 16 ans, qui avait tué la grand-mère d'Earl, la mère de Florence. Donne cette carte à Bud. Ta tante Myrtle".

jeudi 22 octobre 2009

Cinq personnes exécutées le 21 octobre à Téhéran - l’exécution de Safar Angooti a été reportée

Iran Human Rights, le 21 octobre : d’après des sources fiables en Iran, Soheila Ghadiri (femme) et quatre hommes ont été exécutés à la prison d’Evin de Téhéran (photo ci-contre) tôt ce matin. D’après les mêmes sources, l’exécution de Safar Angooti, mineur au moment des faits, a été reportée d’un mois.

Soheila Ghadiri (30 ans) a été condamnée pour le meurtre de son enfant (âgé de 5 jours) il y a trois ans. Au tribunal, elle a déclaré : "Je me suis échappée de chez moi et je me suis mariée avec un garçon que j’aimais et qui avait 16 ans. Il est mort dans un accident et ensuite j’ai commencé à me prostituer et me droguer. Je suis séropositive et je souffre d’une hépatite. Quand ma fille est née, je l’ai tuée car je ne voulais pas qu’elle endure le même sort que moi".

Selon le comité de journalistes de Human Rights, l’avocat de Soheila avait fait appel de la condamnation indiquant que Soheila souffrait d'un syndrome de post-partum au moment des faits.

Mahmood Amiry-Moghaddam, porte-parole d’Iran Human Rights, a déclaré : "Nous sommes infiniment désolés de ces cinq exécutions et nous les condamnons comme des actes inhumains". A propos du report de l’exécution de Safat Angooti, il a ajouté : "l’attention internationale a, sans l’ombre d’un doute, contribué à ce report. Nous ne devons pas oublier que Safar et d’autres en Iran risquent d’être exécutés. La communauté internationale doit continuer à utiliser la pression sur les autorités iraniennes pour écarter à jamais la peine capitale pour les mineurs."

Les quatre hommes exécutés au matin du 21 octobre 2009 étaient :

Mohammad Hassan B (25 ans), condamné pour meurtre,

Mehran (âge non précisé), condamné pour meurtre,

Ali (32 ans), condamné pour meurtre,

Saeed (32 ans), condamné pour meurtre.

Source: Iran Human Rights, 21 octobre 2009

mardi 13 octobre 2009

La peine de mort au Japon et le bouddhisme

Le Japon fait partie, avec les Etats-Unis, l’Inde et Taïwan, de ces rares démocraties libérales à appliquer encore aujourd’hui la peine capitale, avec chaque année de nouvelles exécutions. L’écrasante majorité de Japonais favorables à la peine de mort (81% selon un sondage de 2007 réalisé pour le quotidien Asahi) et la confidentialité du débat critique (au détriment du suicide, lui abondamment commenté voire esthétisé) ne doivent pas pour autant naturaliser ce châtiment.

Tout d’abord, la peine de mort n’a rien de consubstantiel au Japon. Si elle semble remonter à l’origine de l’histoire nationale, elle a pourtant été abolie en 724 par l’empereur Shômu, sous l’influence du bouddhisme. Elle le resta pendant trois cent quarante-sept ans, de 810 à 1156, faisant peut-être du Japon la première nation abolitionniste. Elle a refait surface en 1156 à la suite de la rébellion Hogen à Kyoto — rivalités à l’intérieur de la maison impériale et dans celle des régents Fujiwara. La longue tradition de la peine de mort ne saurait donc voiler sa révocabilité : si l’abolition a eu lieu une fois, elle peut de nouveau advenir.

Actuellement, l’article 36 de la Constitution interdit la torture et tout châtiment cruel, mais une sentence de la Cour suprême, en 1948, a reconnu la constitutionnalité de la peine de mort au motif que le mode d’exécution par pendaison ne peut être qualifié de cruel. En théorie, la peine capitale s’applique à dix-huit types de délits, même si dans les faits seuls les meurtres sont ainsi sanctionnés. Un arrêt de la Cour suprême de 1983 l’estime nécessaire lorsque le criminel a plusieurs victimes à son actif — mais ce n’est pas une règle ; en témoigne par exemple la condamnation à mort de l’assassin du maire de Nagasaki tué en mai 2008. Il la justifie également lorsque l’acte est considéré comme particulièrement cruel et ajoute qu’il faut prendre en compte le sentiment de la famille.

Une fois la condamnation prononcée, la décision d’exécuter la sentence dépend d’une seule personne : le ministre de la justice. En effet, la loi exige qu’un ordre d’exécution soit personnellement signé par le ministre de la justice pour chaque condamné à mort. De 1989 à 1993, les exécutions ont été suspendues, ce qui avait laissé augurer d’une prochaine abolition de la peine de mort.

Mais, dès 1993 et l’arrivée du gouvernement Miyazawa Kiichi, les exécutions ont repris. Le ministre de la justice d’alors, M. Gotoda Masaharu, partisan pourtant déclaré de l’abolition, signa immédiatement trois autorisations d’exécution, expliquant qu’il n’avait pas à mettre ses convictions devant son devoir de ministre, qui était de respecter la sentence des tribunaux.

Au fil du temps, la position de l’Etat japonais s’est durcie, de nombreuses condamnations à de la prison à perpétuité étant commuées en peine de mort. Un exemple : alors que Nagayama Norio, condamné pour le meurtre de quatre personnes en différents endroits de l’Archipel entre 1968 et 1969, avait obtenu en appel que sa peine soit commuée en prison à perpétuité en 1981, la Cour suprême acceptait le recours de la partie civile qui contestait la décision, et ainsi la sentence de mort fut à nouveau prononcée en 1990 et finalement exécutée en 1997. Ce cas s’est reproduit en cette même année 1997, où trois condamnés à la perpétuité ont vu leur peine commuée en peine capitale. Pendant quinze mois, en 2005 et 2006, le ministre de la justice, M. Sugiura Seiken, avait bloqué les exécutions, refusant de les signer, par conviction bouddhiste.

Cette religion, présente dans l’Archipel depuis le Ve siècle, tend au droit à la vie, à la compassion et récuse l’esprit de vengeance. D’après son premier précepte, il faut s’abstenir de détruire la vie de tout être. Ainsi, en 1999, la secte bouddhiste Tendaï a lancé un appel en faveur de l’abolition de la peine de mort au profit de l’adoption de l’emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle.

Déjà sous Edo, l’argument de la dissuasion

A entendre ses partisans, la peine de mort serait dissuasive. C’est ainsi que sous Edo, quand la classe guerrière a imposé la paix, la peine de mort fut particulièrement fréquente par peur des soulèvements et d’un retour à l’anarchie. Afin de faire respecter l’ordre, les autorités avaient recours à « l’éclat des supplices », instrumentalisé à des fins d’exemplarité dissuasive. Les condamnés étaient exécutés par crucifixion, décapitation, ou encore immersion dans l’eau bouillante, dans deux lieux à l’extérieur de la ville, prévus à cet effet : au Nord à Asakusa haritsuke-jô (littéralement le lieu de crucifixion d’Asakusa) où, durant deux siècles et demi, on exécuta près de deux cent mille personnes ; au Sud, sur la route du Tokkaïdô, menant vers le Kansai. On y exhibait les têtes des suppliciés afin de rappeler à l’ordre tous ceux qui entraient à Edo, et on jetait leur cadavre dans des fosses communes. Les hinin, astreints à des tâches jugées répugnantes (transport dans des sacs de paille des cadavres des condamnés torturés, escorte des criminels promenés dans les rues avant leur supplice), étaient également chargés des exécutions et montaient la garde près des têtes des décapitées exposées aux passants. D’Asakusa haritsuke-jô, situé à proximité de l’actuelle gare de Minami-Senju, ne reste qu’une statuette de Bodhisavatta décapité, appelé Kubikiri-Jizô (le Jizô à la tête coupée), qu’on avait installée au milieu du XVIIIe siècle afin d’offrir compassion et réconfort aux victimes et à leurs familles. On édifia aussi un petit temple (Ekô-in) reconstruit depuis, où étaient inhumés les restes des criminels : dans son cimetière, les stèles portent le nom de condamnés à mort célèbres de la fin du shogunat (Lire Philippe Pons, Misère et crime au Japon, Gallimard, Paris 1999).

Aujourd’hui, au contraire, le secret est généralisé : les condamnés sont cachés, ils ne peuvent communiquer avec leurs proches, les médias sont avertis après l’exécution, les documents inaccessibles aux journalistes et universitaires, personne ne peut assister à l’exécution. Celle-ci doit, selon la loi, avoir lieu dans les six semaines qui suivent la condamnation. Mais en fait, parmi les condamnés qui attendent une exécution pouvant intervenir à tout moment, certains passent de longues années dans les couloirs de la mort, comme Hirasawa, qui au bout de trente ans est décédé de mort naturelle, ou Menda Sakae, qui après trente-deux d’attente a pu être innocenté en 1983 et recouvrer sa liberté. Il milite désormais pour l’éradication de la peine de mort.

Les condamnés, placés en isolement absolu, vivant dans la crainte quotidienne de leur exécution, sont pendus dans le plus grand secret. Leur famille n’est informée qu’après la mise à disponibilité de la dépouille de leur proche. Une situation régulièrement dénoncée par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et par le Conseil de l’Europe, qui envisage de retirer au Japon son statut d’observateur.

Cent deux prisonniers vivent actuellement dans les couloirs de la mort. Aucune révision de procès de condamné à mort n’a été acceptée depuis 1986, et aucun condamné n’a été gracié depuis 1975. La FIDH rappelle que, durant l’année 2008, treize exécutions ont eu lieu, un chiffre jamais atteint depuis 1975, où dix-sept pendaisons avaient eu lieu. Cela valut au ministre de la justice Hatoyama Kunio (frère de l’actuel premier ministre) le surnom de shinigami, « dieu de la mort » japonais dont la représentation ressemble à celle de la « faucheuse » des cultures occidentales. « Ces exécutions ont eu lieu dans une période de vide politique » , estime le secrétaire général d’Amnesty International pour le Japon, M. Teranaka Makoto. Lorsqu’on demande, aujourd’hui, à M. Hatoyama Kunio s’il ne faudra pas un jour supprimer la peine de mort, il répond clairement : « Absolument pas, c’est la seule chose qui rende encore le PLD populaire ! »

La plus grande opacité a donc remplacé l’obscénité de la monstration, permettant d’éviter les protestations, de rendre impossible le débat tout en conservant les visées dissuasives. Cette dissuasion est-elle effective ? Difficile à dire, les statistiques se contredisent, même s’il est certain que les crimes « anomiques », comme le massacre d’Akihabara en juillet 2008 (une camionnette avait foncé sur la foule, puis le chauffeur avait poignardé dix-huit personnes dans la rue), sont en nette recrudescence. L’augmentation des condamnations à mort ne semble en rien réduire les crimes, ce que les pays abolitionnistes savent depuis longtemps.

Quelles sont les chances de succès des abolitionnistes, sectes bouddhistes, catholiques et protestants, rejoints ces dernières années par des parlementaires qui ont déposé une proposition de moratoire aux exécutions ? Le quotidien conservateur Yomiuri Shimbun, qui avait eu l’audace de publier de mars à octobre 2008 une série d’articles sur le sujet en prenant, une fois n’est pas coutume, le parti des condamnés, avait dû, sous la contrainte d’un lectorat furieux, republier une nouvelle série d’articles clairement favorables à la peine capitale.

Le gouvernement s’appuie sur l’idée que la sécurité de tous prime sur l’individu au risque de condamner des innocents. Le manque de débat pour une peine considérée comme allant de soi, les questions biaisées posées lors des sondages afin d’obtenir les réponses souhaitées, vont dans le même sens. De plus, le Japon s’abrite, comme à l’accoutumée, derrière la position de l’allié américain, une position selon laquelle, dans une démocratie, le système judiciaire — avec son corollaire, la punition — doit refléter le sentiment de la majorité de la population. Il reste qu’aux Etats-Unis la condamnation à mort n’est pas soumise au secret et que les abolitionnistes se font entendre.

Mais, devant une telle résistance au débat, d’autres raisons doivent être évoquées. Le tragique de l’exécution capitale, qui a inspiré tant d’écrivains occidentaux (pensons à Victor Hugo, à Fedor Dostoïevski, à Robert Musil), trouble-t-il le Japon ? Peut-être que, dans une civilisation marquée par le bouddhisme, la mort n’apparaît pas comme une fin tragique, mais comme un passage normal, l’individu n’étant qu’un maillon dans la chaîne des vivants. Le « moi » n’est dans cette tradition qu’une illusion, et le sujet un leurre. Le peu de protestations s’expliquerait aussi par le confucianisme et son souci de l’ordre filial et social, affaiblissant tout esprit de revendication, de révolte, au profit de l’obéissance. Fondée sur l’immanence et non la transcendance, la pensée japonaise n’a jamais problématisé la question de la vérité et, comme le note justement Maurice Pinguet (La Mort volontaire au Japon, Gallimard, Paris, 1984), a fait « l’économie de la métaphysique », choisissant, à la place de l’idée transcendantale chère à nos sociétés occidentales, un présentéisme qui évite de se poser bien des questions.

Les principes immuables, les vérités ultimes qui servent de ligne directrice à la vie, n’ont jamais affecté le Japon. On agit suivant la situation du moment plutôt qu’en fonction de principes généraux. Comme l’écrit le musicologue Tamba Akira : « Une des caractéristiques de la civilisation japonaise réside dans la coexistence de plusieurs points de vue, de plusieurs espaces géographiques autonomes, de plusieurs couches historiques, sans recherche d’unification forcée. » Quelles en sont les raisons ? D’après Tamba, ce n’est pas simplement un opportunisme pragmatique, mais une conséquence du primat de la notion de devenir, avec comme corollaire le Temps comme maître absolu, devant tout volontarisme. Et Tamba de conclure : « Dans cette perspective du devenir, l’individu est moins valorisé que la force vitale attachée au dynamisme temporel [nous soulignons] dont il doit respecter le cours » (Lire Tamba Akira, Musiques traditionnelles du Japon, des origines au XVIe siècle, Paris, Cité de la Musique/Actes Sud, 1995.)

La thèse de Tamba nous permet ainsi de saisir dans un même mouvement la répugnance face au débat théorique et l’importance minimisée de l’individu, opposé à une « force vitale » qui l’emporterait. Ensuite, l’effet de groupe et le suivisme redoublent cette effacement de l’individu qui se fond dans la masse, au contraire des sociétés occidentales, pour qui l’individu est tout et sa disparition insupportable.

De récentes raisons d’espérer ?

Pourtant, le camp des abolitionnistes de la peine de mort reçoit un soutien inattendu : celui du Parti démocratique du Japon (PDJ). En effet, pour la première fois depuis la fin de la guerre, les conservateurs du PLD (Parti libéral-démocrate), qui ont avec une constance sans faille (à part une toute petite parenthèse en 1993-1994) exercé une domination sans partage sur la vie politique du pays, viennent d’être renversés par le PDJ de centre gauche (lire Odaira Mamihei, « Pourquoi le Japon a basculé », Le Monde diplomatique, octobre 2009, en vente actuellement dans les kiosques). Le nouveau premier ministre, M. Hatoyama Yukio, a nommé à la tête de la justice une femme, Mme Chiba Keiko , avocate de 61 ans, proche d’Amnesty International, et farouchement opposée au châtiment suprême, comme l’est d’ailleurs un autre ministre nouvellement nommé, celui des services financiers et postaux, M. Kamei Shizuka. Mme Chiba Keiko souhaite proposer un moratoire (ce qui en soit est déjà une révolution), mais elle veut également ouvrir un débat. Cette nomination revêt une signification d’autant plus importante que la ministre de la justice représente l’autorité ultime qui ratifie, en dernier recours, l’ordre d’exécution des sentences capitales. On pourrait donc attendre d’elle qu’elle ne signe pas facilement les ordres d’exécution des cent deux condamnés qui attendent dans les couloirs de la mort (rejoignant en cela d’autres ministres évoqués précédemment), et peut-être espérer une temporaire suspension des exécutions, même si elle ne s’est pas prononcée explicitement sur le sujet.

Si une majorité écrasante de Japonais ont pour la première fois voté pour une alternance au pouvoir, rien dans le programme du nouveau premier ministre ne faisait allusion à une abolition ou même à un tel débat – il ne s’est d’ailleurs pas exprimé sur le sujet, puisque personne ne le lui demandait. Il est fort à parier que la ministre de la justice sera isolée dans un gouvernement qui a été élu sur d’autres critères et qui, avec une opinion publique favorable à 70 %, ne cherchera pas à se mettre en difficulté. Mme Chiba devra probablement mettre en sourdine ses convictions si tant est qu’on ne le lui ait pas déjà fait comprendre au moment de sa nomination.

L’exemple de la Corée du Sud, qui observe un moratoire sur cette question depuis 1997, ne sera pas d’une aide précieuse aux abolitionnistes, compte tenu des rapports difficiles avec ce pays. Restent les Etats-Unis, démocratie à peine de mort, dont l’opinion compte sans doute le plus au Japon. Pour l’heure, ils permettent aux Japonais de se dédouaner. Mais, si une majorité d’Etats américains se décidaient en faveur de l’abrogation (ce qui n’est pas impossible), cela pourrait enclencher un débat pour l’instant encore largement tabou.

Christian Kessler est historien et professeur à l’Athénée Français de Tokyo, et aux universités Musashi et Aoyama Gakuin (Tokyo), auteur notamment du Petit Dictionnaire du Japon, Desclée de Brouwer, Paris, 1996.

Julien Bielka est professeur à l’Athénée Français de Tokyo.

Source: Planète Asie, Les blogs du Diplo, Le Monde diplomatique,12 octobre 2009

dimanche 11 octobre 2009

Iran : Behnou Shojaie, mineur au moment des faits, a été exécuté

Un Iranien de 21 ans, Behnoud Shojaie (ci-contre), condamné à mort pour un meurtre commis alors qu'il était mineur, a été exécuté par pendaison ce matin [11 octobre 2009], ont rapporté des agences de presse iraniennes.

Selon les agences Irna et Isna, il avait commis ce meurtre lors d'une rixe il y a quatre ans dans une résidence du nord de Téhéran. "Les parents de la victime, Ehsan Nasrollahi, ont eux-mêmes procédé à l'application de la peine à la prison d'Evine", dans le nord de Téhéran, a rapporté Isna. En juin 2008, l'ancien chef de la justice, l'ayatollah Mahmoud Hachémi Shahroudi, avait accordé un sursis à Behnoud Shojaie pour permettre à sa famille de convaincre les proches de la victime de renoncer à réclamer l'application de la peine de mort.

Selon la loi iranienne, si la famille de la victime accorde son pardon au meurtrier, celui-ci échappe à la mort, et doit purger une peine de prison. Le 8 septembre, la présidence de l'Union européenne avait exprimé sa vive inquiétude quant à la possible exécution de M. Shojaie.

Source : AFP, 11 octobre 2009


Iran Manif – Behnoud Shoja’i, 17 ans au moment de son arrestation, a été pendu en Iran. Des centaines de Téhéranais s’étaient rassemblés à l’aube devant la prison d’Evine pour demander sa grâce.

Dès 1h00 du matin locale, les gens avaient commencé à affluer devant la porte sud d’Evine et le groupe n’a cessé de grossir. Dans la foule, la famille de Behnoud, M. Abdollahi du bureau de l’UNICEF, les avocats de Behnoud, les mères des martyrs du soulèvement récent, les militants des droits des enfants, les militantes des droits des femmes et des étudiants.

Un grand nombre de mères des martyrs récents sont allées rencontrer le père, la mère et la sœur de la victime accidentelle de Behnoud, condamné à mort pour homicide. Tout en leur faisant part de leur compassion, elles leur ont demandé la grâce de Behnoud. La foule aussi a pressé les parents de la victime d’accorder leur pardon, en vain.

Puis la famille de la victime (le père, la mère et la sœur), les avocats de Behnoud, et qu’un représentant du parquet sont entrés dans la cour d’Evine où ils ont attendu l’arrivée du condamné. On est alors venu annoncer que la famille de la victime n’avait pas accordé de grâce. Behnoud est monté sur l’échafaud. Le bourreau lui a passé la corde au cou. Après six tentatives de pendaisons depuis sa condamnation, en ce 11 octobre, Behnoud a finalement été exécuté.

Le 19 août 2005, dans une bagarre collective au parc Vanak, Behnoud Shoja’i, alors âgé de 17 ans, avait causé la mort accidentelle d’un autre jeune. Il avait été arrêté et condamné à mort à Téhéran. Sa peine avait été confirmée par la Cour suprême. Par six fois il aura été amené à la potence et par six fois sa peine aura été repoussée.

Cliquez ici pour lire le communiqué d'Amnesty International au sujet de cette exécution.

Sources : iranmanif.org, Le Maroc contre la peine de mort, Death Penalty News, 11 octobre 2009