Odell Barnes Jr.

L'association Lutte Pour la Justice (LPJ) a été créée en 1999 pour soutenir Odell Barnes Jr., jeune afro-américain condamné à mort en 1991 à Huntsville (Texas) pour un crime qu'il n'avait pas commis et exécuté le 1er mars 2000 à l'aube de ses 32 ans. En sa mémoire et à sa demande, l'association se consacre à la lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et en particulier au Texas. (voir article "Livre "La machine à tuer" de Colette Berthès en libre accès" )

vendredi 22 janvier 2021

Donald Trump «the Killer», par Robert Badinter

 

Pour ses amis, une pluie de grâces présidentielles a interdit les poursuites. Pour les misérables qui peuplaient les couloirs de la mort, les exécutions capitales se sont multipliées.

Tribune. Donald Trump va quitter la Maison Blanche en ­laissant derrière lui un cortège de morts, ceux des exécutions ­capitales qu’il a ordonnées. En fait, Donald Trump a cessé d’être président des Etats-Unis au soir des élections, le 3 novembre 2020. Le déni dans lequel Trump s’est plongé ne change rien à cette réalité. Vainement a-t-il multiplié les contestations et les recours. Toutes les instances institutionnelles et judiciaires saisies par lui ou ses partisans ont confirmé cette évidence : depuis le 14 décembre 2020, Donald Trump n’était plus qu’un président en ­titre des Etats-Unis qui ne pouvait qu’expédier les affaires courantes, en harmonie avec l’équipe du président-élu Joe Biden.

Or parmi toutes les prérogatives personnelles des présidents, il en est une qui moralement engage le plus profondément sa conscience. C’est l’usage du droit de grâce, l’«imperium principis», cette prérogative du souverain qui est, même dans une démo­cratie, le maître de la liberté, de l’honneur et là où la peine de mort subsiste encore, de la vie d’un justiciable.

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Pour Donald Trump, ce césar de carnaval, le choix était fait. Pour ses amis, une pluie de ­grâces présidentielles a interdit les poursuites ou effacé des condamnations. Pour les misérables qui peuplaient les couloirs de la mort dans les pénitenciers fédéraux, l’exécution capitale.

Selon une coutume largement respectée, lorsque le pouvoir du président est remis en jeu par une nouvelle et imminente élection, sa décision sur une grâce ­capitale est différée jusqu’à ­celle-ci. Donald Trump, lui, a fait des exécutions capitales un élément de sa campagne électorale destiné à séduire les électeurs les plus répressifs. Ainsi, en 2020, pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, Trump a fait exécuter par l’administration ­fédérale plus de condamnés à mort que la totalité des 50 Etats membres de l’Union (10 exécutions fédérales en 2020, tandis que les Etats ont exécuté ­7 condamnés). Parmi ces exécutions, six sont intervenues après que Trump a perdu les élections, défaite que dans son déni de réalité, et en dépit des décisions de toutes les instances judiciaires ou constitutionnelles, Trump a toujours ­refusé d’admettre, l’imputant à une fraude massive de ses ­adversaires démocrates.

Parmi les treize détenus assas­sinés par Trump pendant la campagne et après les élections, ­figure une femme, Lisa Montgomery, 52 ans. Incapable d’avoir un enfant, elle avait en 2004 repéré une femme enceinte, éleveuse de chiens, s’était présenté à son ­domicile et, après l’avoir étranglée, lui avait ouvert l’utérus et avait extrait le fœtus, puis l’avait abandonnée dans une mare de sang. Miraculeusement, le bébé avait survécu. Si l’acte était criminel, les circonstances mêmes ­témoignaient de la démence de son auteur. Lisa Montgomery fut cependant condamnée à mort, tous les recours intentés par la ­défense rejetés, y compris in fine par la Cour suprême des Etats-Unis à la composition récemment renouvelée par Trump. Et pour la première fois aux Etats-Unis ­depuis ­soixante-dix ans, une femme ­condamnée à mort a été exécutée sur ordre d’un président dont le mandat était expiré.

Et comme s’il fallait scander par ces exécutions le départ de l’ex-président Trump de la Maison Blanche, il a fait procéder le jeudi 14 janvier et le samedi 16 janvier à la mise à mort par injection létale de deux condamnés afro-américains, pour des faits remontant à 1992 et 1996.

Une coutume et l’humanité veulent pourtant qu’un chef d’Etat, dès l’instant où la campagne électorale pour son renouvel­lement ou sa succession s’est ­ouverte, s’abstienne d’ordonner une exécution. Ainsi, le président Giscard d’Estaing a laissé en suspens en 1981 le sort de Philippe Maurice, condamné à mort en instance de grâce ou d’exécution, jusqu’à l’élection présidentielle. Le président François Mitterrand a, comme il s’y était engagé, gracié Philippe Maurice. Celui-ci, à force de volonté, a réussi en ­prison toutes les étapes d’un parcours universitaire qui l’a mené à devenir docteur en histoire. Il est à présent maître de conférences dans une université.

Trump est politiquement vaincu. Mais la mort aura scandé les ­étapes de sa défaite. Puisse-t-il demeurer dans les annales de l’histoire des Etats-Unis avec le surnom de «Donald Trump, the Killer».

 
https://www.liberation.fr/debats/2021/01/18/donald-trump-the-killer-par-robert-badinter_1817886?fbclid=IwAR2gDLJgjXx8zy6-ccEpmPUb0GlJE6gdfiR01YkMltNfFqFNdugE4nksUOU 

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